Laurent Wauquiez, président de la région AuRA, prend la parole pour présenter la prochaine mutuelle régionale de l'Auvergne-Rhône-Alpes.
Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, présente le projet de nouvelle mutuelle régionale, en présence notamment du vice-président Renaud Pfeffer (à gauche), maire de Mornant où a été proposé en 2015 la toute première mutuelle communale de la région. © FMI

La santé, ça coûte cher, et de plus en plus. Et alors que les complémentaires santé peinent à couvrir cette hausse, nombre de Français choisissent de se passer de mutuelle. Une solution inacceptable, pour la Région Auvergne-Rhône-Alpes et son président, Laurent Wauquiez, qui a décidé de déployer à l’échelle régionale une initiative testée il y a neuf ans à Mornant, dans le Rhône : celle d’une mutuelle communale spécifiquement proposée aux habitants de la commune. L’objectif de cette initiative, qui pourrait se concrétiser à l’été 2024 : offrir une couverture complète des soins à moindre coût. Explications.

Trop chères, incomplètes… En France, 3 millions de Français ne possèdent pas de mutuelles. Et presque la moitié de la population se prive de certains types de soins en raison de leur coût parfois élevé. Face à cela, à l’instar de la commune de Mornant, la Région Auvergne-Rhône-Alpes a décidé de créer sa propre mutuelle et de la proposer à tous les habitants qui le souhaitent. Le but principal ? Réduire les inégalités concernant l’accès au soin.  

Laurent Wauquiez : « 300 000 habitants de la Région ne bénéficient pas d’une mutuelle »

Aujourd’hui, les enjeux concernant la santé publique et son impact sur le pouvoir d’achat sont particulièrement préoccupants. Un nombre croissant de familles éprouvent des difficultés à accéder à des soins de santé abordables.

Dernière illustration en date : depuis le 1er octobre, le déremboursement des soins dentaires a eu un impact majeur, en particulier pour les patients non couverts par une mutuelle, soit 3 millions de Français. Le taux de remboursement pour les soins dentaires est passé de 70% à 60%. 10% qui peuvent s’avérer décisifs pour des familles en situation de précarité. 

Cette situation engendre une forme de discrimination dans l’accès aux soins de santé : environ 45% de la population ont dû renoncer à des soins dentaires en raison de leur coût élevé. Et il est prévu qu’en moyenne 9 Français sur 10 aient besoin de soins bucco-dentaires au courant de leur vie.

« Ce mode de fonctionnement ne concorde pas avec ma vision pour notre région ni pour notre pays. Je refuse de rester les bras croisés alors que notre système de santé est en train de s’effondrer », explique Laurent Wauquiez, le président de la Région AuRA. « Dans notre région, 300 000 personnes ne bénéficient pas d’une mutuelle, cela représente un véritable défi à relever. »

Une mutuelle innovante 

La Région a donc pris l’initiative de mettre en place une mutuelle régionale. Avec comme ambition première de fournir une couverture complète des soins à un coût réduit.

Trois objectifs clés ont été définis : éliminer toute forme de discrimination, garantir l’accessibilité à tous et réduire les coûts. L’objectif à long terme est de concilier ces trois aspects dans le projet. Aucun questionnaire médical préalable ne sera donc requis, assurant l’acceptation de tous, indépendamment des antécédents médicaux. Les délais de carence seront également supprimés.

Cette mutuelle comportera trois niveaux de couverture, visant à s’adapter aux besoins de chaque individu : le premier niveau couvrira les soins essentiels, y compris les soins dentaires et les soins esthétiques post-cancer. Le deuxième niveau sera intermédiaire, et le troisième niveau sera haut de gamme.

La région cible des tarifs inférieurs de 20% par rapport aux offres comparables du marché.

Dans le but de recruter des spécialistes, la région lance un appel, offrant des avantages significatifs pour eux, car ils auront l’opportunité de développer leur clientèle dans toute la région.

L’exemple de la commune de Mornant 

Il y a 9 ans, la commune de Mornant (Rhône), avait déjà lancé avec succès une mutuelle solidaire. L’idée avait germé dans l’esprit de son maire, Renaud Pfeffer, actuel vice-président de la région chargé de la sécurité. L’initiative avait vu le jour en pleine crise du pouvoir d’achat en 2015. Le but ? Permettre à toutes les tranches d’âge de cotiser de manière solidaire pour une complémentaire santé. Et de nombreux habitants s’étaient laissés séduire par la proposition.

D’autres communes et collectivités ont ensuite reprise l’idée à leur compte. Mais l’expérience menée à Mornant a rapidement révélé que l’échelon communal était trop limité pour le déploiement d’un tel service. Notamment pour des raisons administratives et législatives. D’où l’intérêt d’une initiative portée à l’échelle régionale.

L’intérêt est partagé, car la Région a besoin de relais locaux, dans les communes et communautés de communes, pour que l’initiative porte ses fruits et touche le plus grand nombre possible d’habitants. En Île-de-France, un projet similaire avait en effet été initié, mais n’avait pu aboutir faute d’un soutien suffisant de la part des collectivités locales. Autre raison de l’échec de cette première initiative régionale : le modèle parisien reposait sur un tarif unique et une seule gamme d’offre de couverture de soin (contre trois pour le projet déployé par la Région AuRA), ce qui s’est révélé trop restrictif.

Quand pourra-t-on bénéficier de la mutuelle de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ? 

La Région Auvergne-Rhône-Alpes a programmé une analyse approfondie de ses partenariats d’ici janvier et février 2024. Cette phase d’étude a pour objectif d’évaluer les diverses possibilités et de sélectionner les partenaires les mieux adaptés pour la création de la mutuelle régionale.

À la suite de cette analyse, il est envisagé que les accords soient finalisés d’ici le mois de mai 2024. Cette étape sera cruciale pour définir les modalités, les avantages proposés et les coûts associés à la mutuelle.

Ainsi, en tenant compte de ces échéances, la mutuelle régionale devrait voir le jour au plus tôt durant l’été 2024. Ce délai permettra d’assurer un processus rigoureux et bien planifié, garantissant une mutuelle solide et répondant aux besoins des citoyens de la région.

À SAVOIR

La toute première mutuelle régionale et solidaire en France est apparue en 2012, à Caumont-sur-Durance, une petite commune du vaucluse. Par la suite nombreuses sont les communes ayant sauté le pas, y compris en Auvergne-Rhône-Alpes, à l’image de Mornant (Rhône), dès 2015, ou encore Montluçon (Allier), Chambéry (Savoie), Annecy (Haute-Savoie), Bourgoin-Jallieu (Isère)…

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