Une femme faisant face à sa charge mentale, avec une foule de tâches à réaliser.
Le trop plein de tâches quotidiennes à réaliser, qu'elles soient professionnelles ou domestiques, a forcément des conséquences sur le moral. ©Freepik

Le rendez-vous de pédiatre, le dossier à rendre pour ce client, les courses pour le dîner, le cadeau pour l’anniversaire du copain, la réunion à préparer, la location pour les vacances… Ce flot de pensées relatives aux tâches à effectuer dans tous les domaines du quotidien, qui concerne majoritairement les femmes, est défini sous le concept de charge mentale. On le sait aujourd’hui, une charge mentale mal gérée peut rapidement finir par nous dévorer. Parmi les outils qui peuvent être utilisés pour prévenir et mieux gérer sa charge mentale, certains sont simples et à la portée de tous. C’est le cas, notamment, de la méditation : coup de projecteur.

La charge mentale, ou syndrome des femmes épuisées, serait-il le nouveau mal de notre siècle ? Le concept, en tout cas, est loin d’être nouveau. Il existe même depuis la généralisation du travail chez les femmes, sans que leur implication dans les tâches ménagères ne s’en trouve véritablement allégée.

63% des femmes se sentent davantage concernées par la charge mentale quotidienne contre 36% des hommes selon l’étude « Les Français et la charge mentale » réalisée par l’IPSOS en 2018.

Le sociologue au CNRS Jean-Claude Kaufmann explique cette différence en ce que la charge mentale renvoie pour les femmes à la fameuse thématique de la double-journée : « le fait de devoir penser à mille choses à la fois pour la famille, de prévoir, d’organiser l’essentiel de ce qui se passe dans la maison. Tout cela en pensant bien sûr à leur travail. C’est la thématique bien connue de la double-journée. Bien que le terme soit assez nouveau, il a immédiatement connu un succès d’audience auprès des Français, car il est cristallisateur d’une condition féminine qui désigne un problème central même s’il est mal identifié et mal compris par leur propre conjoint (…).

Qu’est-ce que la charge mentale exactement ?

La charge mentale a été définie dès 1984 par la sociologue Monique Haicault par le fait de « devoir penser simultanément à des choses appartenant à deux mondes séparés physiquement ». En 2020, Le Larousse a officiellement intégré dans ses pages le concept de « charge mentale » en en donnant la définition suivante : « un poids psychologique que fait peser (plus particulièrement sur les femmes) la gestion des tâches domestiques et éducatives, engendrant une fatigue physique et, surtout, psychique. »

La charge mentale, c’est lorsque le cerveau épuise le corps. Une quantité astronomique d’informations traversent votre esprit matin et soir, des sollicitations en tout genre. Ce sont les réseaux sociaux, la myriade d’informations qui nous assaille en continue dans les médias ou encore ces pensées qui surgissent tout au long de la journée dans votre tête. Lorsque par exemple vous êtes occupée au travail et que vous vous souvenez qu’il va falloir s’occuper des factures, ou encore lorsque vous vous couchez et pensez déjà à l’organisation du lendemain.

Cela peut sembler insignifiant mais accumulées tout au long de la journée, ces petites pensées prennent la forme d’un flot constant qui crée une mise en alerte permanente de l’esprit. Si on la laisse nous dévorer, la charge mentale débouche sur un sentiment d’obligation de performance constante qui nourrit un stress quotidien… épuisant à la longue.

La méditation, un bon allié contre la charge mentale

Tatiana Raitif est accompagnatrice en méditation et yoga dans le Rhône. Elle explique comment la méditation peut aider à gérer cette charge mentale et donc le stress quotidien. Elle a notamment réalisé à ce sujet une intervention au sein du Secrétariat Général de l’Administration pour le Ministère de l’Intérieur (SGAMI) de Lyon… Entretien.

En quoi cette intervention auprès du ministère de l’intérieur est-elle novatrice ?

J’ai été sollicitée par le Secrétariat Général de l’Administration pour le Ministère de l’Intérieur (SGAMI) de Lyon pour intervenir sur la question de la qualité de vie au travail et plus particulièrement sur la place de la charge mentale sous forme d’ateliers. Une démarche inédite auprès du SGAMI de Lyon, initiée par une psychologue du travail.

Nous avons exploré comment décrypter le fonctionnement du cerveau et en particulier des mécanismes de l’attention nous permettant de mettre en place une hygiène mentale au quotidien, et ainsi se préserver de la surcharge mentale.

De quelle façon la méditation peut-elle aider à ne pas se laisser « dévorer » par la charge mentale ?

La méditation est d’abord un travail de stabilisation de l’esprit. Apprendre à stabiliser son esprit en prenant ancrage dans le corps, et ainsi s’entraîner à se centrer dans le réel. En cela, elle est un exercice de concentration et va aider à limiter la tendance habituelle de l’esprit à se disperser. La méditation est ensuite un exercice d’ouverture au réel. Apprendre à accueillir ce qui est là sans jugement. Notamment nos états émotionnels. Elle nous invite à entrer en amitié avec nos émotions, les laisser circuler.

En cultivant cette double attitude, un esprit stable et ouvert, je peux aborder mon quotidien plus sereinement, me recentrer en situation de stress, faire plus facilement le tri dans les choses importantes et urgentes. Et ainsi limiter ma surcharge mentale.

Par ailleurs, quand je médite, je prends conscience de mon état du moment et peux ainsi ajuster la charge des tâches que je pourrai assumer. Nous ne pouvons pas toujours être à 100%. Cette quête perpétuelle de la performance est inadaptée à la façon dont nous sommes faits. En prenant en compte mes possibilités du moment, je me préserve dans la durée et peux plus facilement éviter le surmenage.

La méditation est-elle à la portée de tous ?

Oui, à partir du moment où l’on ressent cet élan, cette curiosité à méditer, il faut y aller ! Mais se « forcer » à méditer est contreproductif et va à l’encontre de la philosophie méditative.

À quelle fréquence doit-on méditer pour avoir des résultats ?

Pour être efficace, l’exercice de la méditation doit être effectué régulièrement, quelques minutes par jour suffisent. Cela demande un certain effort puisqu’il ne s’agit pas d’un simple exercice de relaxation. Cela nécessite un certain entrainement. De même que si vous n’avez jamais couru de votre vie, vous ne pouvez pas faire un marathon !

Mais comme nous le disions précédemment, la méditation ne doit pas devenir une contrainte. Elle consiste au contraire à sortir du circuit quotidien de cette quête de performance. Cela peut sembler déroutant au début, mais avec la méditation, il n’y a rien à attendre, pas d’objectif. Ce qui en fait un véritable refuge de l’esprit…

Quels sont les moments les plus propices pour méditer ?

La méditation peut aider lorsque l’on se sent mal, que l’état émotionnel est un peu bas. Mais il faut également préciser qu’à côté de la pratique très formelle, dans le silence, il y a aussi d’autres formes de pratiques qui entrent aussi dans la sphère de la méditation. La marche méditative par exemple, cuisiner en pleine conscience ou simplement s’allonger dans l’herbe et s’offrir un moment de présence à ce qui est là.

À chacun de trouver la meilleure façon pour lui de se raccorder à l’instant présent. La méditation est un concept, un état d’esprit. Dans notre société, nous sommes constamment dans l’action, tournés vers l’extérieur, un rythme souvent bien éloigné de notre corps. S’offrir cette pose méditative, même durant une poignée de minutes, c’est déjà énorme…

À SAVOIR

Une petite initiation à la méditation en 3 minutes chrono ? Il s’agit simplement de prendre conscience du moment présent. Prenez une position confortable, fermez les yeux ou gardez-les mi-clos. À présent, prenez une grande respiration en inspirant par le nez en gonflant votre ventre et expirez lentement par la bouche. Maintenant, observez simplement les sensations dans votre corps, en passant par chacune des parties qui le compose. Observez les émotions et pensées qui vous traversent sans les juger ni chercher à les combattre. Ne les retenez pas, laissez-les défiler comme des nuages dans le ciel…

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