Le virologue lyonnais Bruno Lina explique l'évolution probable de l'épidémie de Covid-19 pour l'été 2022.
Pour le Pr Bruno Lina, la vaccination est le meilleur moyen "d'éviter une vague trop importante'' à la rentrée de septembre. ©Pascal Auclair

La France a tombé le masque au printemps au moment où l’Asie faisait face à un impressionnant rebond épidémique. Le Professeur Bruno Lina, virologue à Lyon et membre du Conseil scientifique, revient sur ce paradoxe qui illustre pourquoi, selon lui, l’épidémie de Covid-19 devrait ressurgir à l’automne dans des conditions maîtrisées, après un été d’accalmie.

La fin du Covid-19 ?

Bruno Lina, le virus du Covid-19 va-t-il disparaître ?

La réponse est non. Il va rester avec nous des dizaines d’années et nous allons encore entendre parler longtemps du SARS Cov2 et de la Covid-19. En revanche, le cycle épidémique, avec ses successions répétées de vagues, semble se terminer. Nous sommes entrés dans une période évolutive, avec un virus moins dangereux et plus transmissible, ce qui était attendu. Le scénario le plus optimiste est celui d’un été calme avant une reprise de circulation du virus à l’automne et à l’hiver.

Peut-on envisager la rentrée sereinement ?

Jusqu’à fin août, la situation sanitaire devrait être calme. Après, il reste beaucoup d’incertitudes à partir de septembre. Il est probable que le virus va de nouveau circuler et on n’est pas à l’abri de l’émergence d’un nouveau variant. En fait, l’avenir dépend de la capacité du virus à évoluer. Voilà pourquoi, dans tous les cas, la vaccination préventive sera nécessaire pour éviter une vague trop importante. Qu’on le veuille ou non, il faudra apprendre à vivre avec ce virus.

Covid-19 : “plus de 90% des Français sont immunisés”

Pourquoi a-t-on le sentiment que l’épidémie est derrière nous ?

Ce virus a une circulation mondiale, mais nous avons tendance à le regarder à l’échelle européenne. Toutes les régions du monde ne sont pas au même niveau immunitaire. Or le virus, lorsqu’il circule de manière virulente comme en Asie au printemps, peut faire émerger un nouveau variant. Et si un variant émerge, il mettrait environ deux mois à venir en Europe. Ce serait donc pour le mois d’août.

Le masque est-il tombé trop tôt, à quelques semaines des élections législatives ?

Le masque n’était plus porté que dans les transports et à l’hôpital. Le nombre de cas évités dans ces lieux est marginal. Il fallait envoyer un signal positif. De plus, depuis le début de la pandémie, on conseille aux politiques de prendre leurs décisions en fonction d’indicateurs. Or, nous avons connu une décroissance assez rapide de la circulation du virus, avec une immunisation collective post vaccinale et post infectieuse de haut niveau. Plus de 90% des Français sont immunisés. L’histoire montre que la circulation du virus est plus faible sur les mois de juin et juillet. Tout concourt donc à une baisse qui va s’accentuer.

Est-on pour autant à l’abri ?

Ce n’est pas parce qu’on n’a plus l’obligation de porter le masque qu’il est interdit de porter le masque ! Je le répète, il faut que l’on apprenne à vivre avec ce virus. Il n’y a plus de contraintes liées à l’urgence sanitaire. Maintenant, il faut s’approprier ce virus et c’est à chacun de décider s’il porte ou non le masque.

Vers une cinquième dose de vaccin à la rentrée

Après la quatrième dose de ce printemps, faudra-t-il encore une cinquième dose du vaccin ?

Après la troisième dose, qui était déjà une évidence, les virus ont encore évolué, avec toujours plus de transmissibilité. On a aussi compris aussi que l’immunité obtenue avec les vaccins ARN finit par baisser dans le temps. Et que l’on retrouve une exposition au risque d’infection au bout de 4 à 5 mois. Cela a coïncidé avec le mois de mars, au moment où Omicron circulait beaucoup. Si l’on savait que la vague allait décliner, il fallait tout de même protéger les plus fragiles, les plus de 60 ans, les immunodéprimés, avec une quatrième dose. Mais cette nouvelle protection va aussi baisser, de manière automatique. Et en septembre, alors que nous serons probablement à l’aube d’une nouvelle circulation du virus, il nous faudra donc très certainement proposer une cinquième dose de vaccin.

Pourquoi la Chine a-t-elle retrouvé un confinement strict, qui n’est plus du tout évoqué en Europe ?

Des logiques différentes se sont développées dans le monde. En France, avec la vaccination, nous sommes arrivés très rapidement à un niveau de protection collective qui a permis de réduire le risque de transmission et de formes graves. La Chine et d’autres pays asiatiques ont fait un autre choix que le nôtre, en décidant de vacciner non pas les plus fragiles en premier, mais les forces vives, avec des vaccins moins efficaces. En reprenant une vie normale, ils se sont retrouvés face à un Omicron très contagieux. Les personnes âgées pensant que le vaccin n’est pas pour eux, l’explosion épidémique va entraîner énormément de formes graves chez ce public. Or, leurs capacités de réanimation, à population équivalente, sont trois fois moindre qu’en France ! C’est un cercle infernal, car si l’on n’immunise pas les gens lorsqu’ils sont confinés, cela ne fait que repousser le problème…

Est-on à l’abri de l’apparition d’un super variant ?

Si « super variant » signifie taux de transmission et taux de mortalité élevés, c’est très peu probable. Évidemment, il faut être prudent car ce virus nous a souvent pris par défaut. Mais parmi les différents scenarii envisagés, c’est de loin le moins plausible…

La vaccination des enfants, un enjeu majeur

Y a-t-il vraiment des personnes « super-résistantes » au virus ?

S’il en existe peut-être, du fait de certains facteurs génétiques, il n’y a pas de profil de vrais résistants établis. On sait en revanche que 5 à 8% des gens sont de vrais asymptomatiques, ce qui est plus fréquent chez les jeunes. Beaucoup d’autres malades ont eu une forme paucisymptomatique, soit très peu de symptômes (rhume, mal de tête…). C’est typiquement l’infection du vacciné. Au final, ceux qui échappent complètement au virus de la Covid-19, soit parce qu’ils sont résistants, soit parce qu’ils sont asymptomatiques, ne représentent que 10% de la population.

Pourquoi la vaccination des enfants est-elle nécessaire ?

Les enfants sont moteurs des épidémies de virus respiratoires. Le virus de la grippe, par exemple, se multiplie d’abord chez les enfants, puis les adultes, puis les personnes âgées qui peuvent en mourir. En choix de santé publique, si on veut atteindre un niveau de 95% de vaccination pour bloquer la circulation du virus, on ne peut pas faire d’autre choix que de vacciner les enfants. D’autant que ceux-ci ne sont pas exempts de formes graves, de Covid long, d’atteintes cardiaques graves qui, même si elles sont rares, existent. Il faut ici examiner la balance risque / bénéfice. Et lorsque l’on compare le risque de nombre d’effets secondaires embêtants dûs à la vaccination, quasi nul, et le risques d’effets secondaires dûs à une infection, alors il n’y a aucun doute : il faut vacciner les enfants.

Comprenez-vous les réticences parentales ?

Ma position est avant tout médicale. Actuellement, ce virus de la Covid-19 pose un problème et on sait que le bénéfice de la vaccination des enfants est supérieur au risque. Cela relève ensuite d’un choix individuel, que je n’ai pas à juger. Mais si les parents ont beaucoup de mal à prendre cette décision, c’est souvent parce qu’ils ne savent pas pourquoi on doit vacciner les enfants et parce qu’ils ont l’impression que le virus n’est pas grave pour les plus jeunes. Ce n’est pas une critique, chacun fait ce qu’il veut et je comprends que l’on dise que l’on n’a pas envie. Mais encore faut-il savoir pourquoi on n’a pas envie.

À SAVOIR

5 millions de Français ne sont pas immunisés contre le virus de la Covid-19 (encore non vaccinés ou non infectés).

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