L'éaddiction aux médicaments est le plus souvent la conséquence d'une consommation injustifiée.
Psychotropes, antidouleurs, épileptiques... Les addictions peuvent aussi être le fruit d'une surprescription de médicaments. ©Pixabay

Antidouleurs, anxiolytiques, somnifères… La consommation régulière ou excessive de certaines substances médicamenteuses peut générer une situation de dépendance. A partir de quand suis-je addict ? Quels sont les risques ? Les réponses du professeur Benjamin Rolland, professeur d’addictologie aux Hospices Civils de Lyon.

Quand est-on considéré comme addict aux médicaments ?

En fait, il y a deux types de situation d’addiction aux médicaments. D’une part, une situation de dépendance liée à un traitement pris à doses stables sur une longue durée. Une baisse des doses va générer des symptômes de manque (Ndlr : tremblements, transpiration excessive, anxiété, maux de tête, vertiges, difficultés de concentration). L’autre type de situations est relative à la prise excessive de médicaments pour traiter certaines pathologies (troubles psychiatriques, douleurs chroniques, troubles du sommeil…). À la clé, une perte de contrôle.

Quels sont les médicaments concernés par ces addictions ?

D’abord, les benzodiazépines (Ndlr : Valium, Temesta, Lexomil…), les psychotropes les plus prescrits en France. Des traitements d’appoint pour l’anxiété et les troubles du sommeil qui doivent être prescrits pour quelques semaines. Or, trop de praticiens renouvellent le traitement au long cours, avec l’apparition de situations de dépendance, voire de perte de contrôle. Autres médicaments favorisant les addictions, les opioïdes. Certains patients abusent de ces antidouleurs puissants, type tramadol, codéïne, morphine… Un phénomène particulièrement grave aux Etats-Unis où la mortalité liée aux overdoses d’opioïdes dépasse aujourd’hui celle des accidents de la route (1). Enfin, certaines addictions concernent la consommation élevée d’épileptiques comme le Lyrica.

Y a-t-il certaines populations particulièrement à risques ?

Le Lyrica se développe dans les populations très précaires, migrantes, souvent droguées de force par des passeurs aux pratiques mafieuses. Une fois addictes, ces personnes fragiles sont ensuite beaucoup plus malléables pour les contraindre à des pratiques illicites, que ce soit des vols, des trafics de drogue ou de la prostitution.

Addictions aux médicaments : les jeunes particulièrement touchés

Toutes les tranches d’âges sont-elles concernées par les addictions aux médicaments ?

Oui, mais pas avec les mêmes addictions. Chez les personnes âgées, ce sont surtout les benzodiazépines pour combattre les troubles du sommeil. À ce sujet, des doutes subsistent sur les conséquences de ces psychotropes susceptibles de développer des déclins cognitifs, voire Alzheimer. Le problème, c’est qu’il est très compliqué d’arrêter le traitement d’une personne sous traitement depuis des années. C’est son quotidien. Son rituel d’endormissement.

Et les jeunes, sont-ils aussi parfois addicts ?

Oui, mais ils sont plus sujets à des consommations récréatives pouvant déboucher sur une addiction. Il y a quinze ans, on a vu apparaître la mode du « purple drug », cocktail associant de l’alcool et de la codéine. Aujourd’hui, on voit émerger l’usage de nouveaux médicaments en soirée. Ce phénomène doit être pris au sérieux.

Des effets délétères et difficiles à traiter

Quelles sont les conséquences d’une addiction aux médicaments ?

Les effets aigus sont liés à la sédation de ces produits. Un surdosage est parfois synonyme de comas, voire de mort. Autre danger qui guette l’addict, la perte de vigilance. Avec, parfois, des conséquences dramatiques sur la route, des agressions physiques ou sexuelles. Sur le long cours, les principaux effets néfastes concernent la perte de repères, la désocialisation, la dégénérescence cognitive.

Comment traiter ces addictions ?

Le principe du sevrage, c’est de réduire la consommation de médicaments de manière très progressive. Plus la réduction est lente, plus elle est efficace. Sinon, on risque de voir apparaître des symptômes de sevrage et le risque de rebond est réel. L’une des solutions consiste à changer la galénique, autrement dit la formulation du médicament. Ainsi, pour remplacer la prise de gélules ou de comprimés, on utilise des sirops. Ils permettent une réduction très progressive, presque goutte par goutte. Pour les opioïdes, on a recours aux traitements de substitution. Comme pour les consommateurs d’héroïne, on change de molécule en administrant de la buprénorphine ou de la méthadone n’induisant pas de perte de contrôle.

1. Selon une étude du Washington Post publiée en décembre dernier, les overdoses liées à la consommation d’opioïdes seraient aujourd’hui la principale cause de décès chez les 18-49 ans aux Etats-Unis. 

À SAVOIR

Selon un récent rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), la consommation de médicaments psychotropes a fortement augmenté depuis la crise sanitaire. Ainsi, plus de 12 % de la population française consommerait « des médicaments en lien avec des problèmes d’anxiété, de sommeil ou de dépression ». Cette consommation serait plus élevée chez les femmes et aurait tendance à augmenter avec l’âge.

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