Une femme ressentant une douleur thoracique et un essoufflement, elle suspecte une cardiomyopathie.
La cardiоmyоpathie est une affectiоn du muscle cardiaque pоuvant entraîner un essоufflement et qui requiert une prise en charge rapide afin d'éviter une insuffisance cardiaque. ©DrazenZigic

Palpitations, épuisement chronique, souffle court… Derrière ces symptômes peut se cacher une cardiomyopathie, une maladie du muscle cardiaque. Comment la détecter ? Quelles sont ses causes ? Comment prévenir ses complications ? Le point.

Dans une sociĂ©tĂ© oĂą la performance et la productivitĂ© sont valorisĂ©es, le corps est souvent poussĂ© au-delĂ  de ses limites, parfois au mĂ©pris des signaux de fatigue. Pourtant, le cĹ“ur n’est pas un organe inĂ©puisable.

Sous l’effet d’efforts rĂ©pĂ©tĂ©s ou de prĂ©dispositions gĂ©nĂ©tiques, son fonctionnement peut se dĂ©tĂ©riorer : ses parois peuvent s’Ă©paissir, se rigidifier ou se dilater. Ce phĂ©nomène porte le nom de cardiomyopathie.

Asymptomatique au dĂ©but, cette atteinte du muscle cardiaque peut Ă©voluer et entraĂ®ner un essoufflement progressif. Elle reprĂ©sente l’une des principales causes d’insuffisance cardiaque, qui touche aujourd’hui plus de 1,3 million de personnes en France et provoque près de 180 000 hospitalisations chaque annĂ©e.

Dans ce contexte, il devient urgent de dĂ©tecter les premiers signes d’alerte pour Ă©viter que la maladie s’aggrave, comme en tĂ©moigne Michelle, atteinte Ă  la soixantaine.

La cardiomyopathie est une maladie du muscle cardiaque. Le myocarde, qui permet au cĹ“ur de se contracter et de faire circuler le sang, perd progressivement en efficacitĂ©. Toutes les cardiomyopathies ne se ressemblent pas. Elles touchent directement le muscle cardiaque, contrairement Ă  d’autres maladies liĂ©es aux artères, comme des formes d’infarctus appelĂ© myocarde et valvulopathies.

On distingue plusieurs formes principales de cardiomyopathies, chacune ayant un fonctionnement et des conséquences spécifiques :

  • Cardiomyopathie dilatĂ©e : elle se caractĂ©rise par une dilatation des ventricules, notamment du gauche. Le muscle cardiaque s’Ă©tire davantage, s’affaiblit, et voit sa capacitĂ© de contraction diminuer. Le cĹ“ur pompe alors le sang de manière moins efficace, ce qui contribue Ă  l’insuffisance cardiaque.
  • Cardiomyopathie hypertrophique : ici, le muscle cardiaque s’épaissit de manière anormale, souvent au niveau du septum (la paroi entre les ventricules). Cet Ă©paississement peut gĂŞner la circulation du sang Ă  l’intĂ©rieur du cĹ“ur et provoquer une obstruction Ă  l’éjection, avec un risque accru de troubles du rythme.
  • Cardiomyopathie restrictive : plus rare, elle correspond Ă  un durcissement du muscle cardiaque. Les parois deviennent rigides, ce qui empĂŞche le cĹ“ur de se remplir correctement lors de la diastole. Le problème n’est pas la contraction, mais le remplissage sanguin insuffisant.
  • Cardiomyopathie ischĂ©mique (cas particulier) : elle est liĂ©e Ă  un manque d’apport sanguin du muscle cardiaque, souvent après un infarctus du myocarde ou en cas de maladie coronarienne. Elle n’est pas classĂ©e parmi les formes primaires, car elle rĂ©sulte d’une atteinte des artères coronaires, mais elle entraĂ®ne les mĂŞmes consĂ©quences sur la fonction cardiaque.

Les causes des cardiomyopathies sont multiples. Certaines sont gĂ©nĂ©tiques, notamment dans les formes hypertrophiques, oĂą une anomalie du muscle cardiaque est transmise au sein de la famille.

D’autres sont appelées acquises. Une hypertension artérielle prolongée, un infarctus du myocarde ou une maladie coronarienne peuvent fragiliser le muscle cardiaque.

Des infections comme la myocardite, des troubles métaboliques, l’alcool ou certains traitements médicamenteux peuvent également être en cause.

Lorsqu’aucune cause n’est identifiée, on parle de cardiomyopathie idiopathique.

La cardiomyopathie peut évoluer longtemps sans provoquer de symptômes visibles. Mais à mesure que la maladie progresse, certains signes deviennent plus marqués et doivent alerter.

  • Essoufflement (dyspnĂ©e) : souvent le premier symptĂ´me. Il survient d’abord Ă  l’effort, puis peut apparaĂ®tre au repos. Il s’accompagne frĂ©quemment d’une fatigue persistante. Un gonflement des jambes peut Ă©galement apparaĂ®tre, liĂ© Ă  un Ĺ“dème provoquĂ© par une mauvaise circulation veineuse.
  • Palpitations : des troubles du rythme cardiaque peuvent survenir, comme une fibrillation auriculaire ou des tachycardies. Certains patients ressentent aussi une gĂŞne thoracique, voire des douleurs proches de celles de l’angine de poitrine.

Dans les formes les plus avancées, des malaises ou des syncopes peuvent survenir, traduisant une perturbation importante du rythme cardiaque. Plus rarement, certaines formes, notamment hypertrophiques, peuvent entraîner un décès.

Les premiers tests permettant de la détecter

Le diagnostic de la cardiomyopathie repose sur un ensemble d’examens permettant d’évaluer à la fois la structure et le fonctionnement du cœur.

  • Examen clinique : lors de la consultation, le mĂ©decin recherche des signes Ă©vocateurs d’insuffisance cardiaque ou de troubles du rythme, Ă  travers l’auscultation et l’analyse des symptĂ´mes dĂ©crits par le patient.
  • Électrocardiogramme (ECG) : cet examen permet d’enregistrer l’activitĂ© Ă©lectrique du cĹ“ur afin de dĂ©tecter d’éventuelles anomalies du rythme ou de la conduction.
  • Échocardiographie : il s’agit de l’examen de rĂ©fĂ©rence. Cette Ă©chographie cardiaque permet de visualiser les cavitĂ©s, les valves et d’évaluer la capacitĂ© du muscle cardiaque Ă  se contracter.

Des examens complémentaires

Dans certaines situations, des examens complémentaires peuvent être nécessaires pour préciser le diagnostic :

IRM cardiaque : elle offre une analyse plus fine du muscle cardiaque et permet d’identifier certaines anomalies structurelles ou inflammatoires.

Scintigraphie cardiaque : utilisĂ©e dans des cas spĂ©cifiques, elle permet d’étudier la perfusion du muscle cardiaque.

Coronarographie : cette intervention mĂ©dicale permet d’explorer les artères coronaires (situĂ©es Ă  la surface du cĹ“ur), notamment en cas de suspicion de maladie ischĂ©mique.

Soulager le cĹ“ur et prĂ©venir les complications 

La prise en charge de la cardiomyopathie repose principalement sur des traitements visant à soulager les symptômes, ralentir l’évolution de la maladie et prévenir les complications.

Traitements mĂ©dicamenteux : les bĂŞtabloquants, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) et les diurĂ©tiques permettent de diminuer la charge de travail du cĹ“ur, d’amĂ©liorer la circulation sanguine et de limiter les symptĂ´mes liĂ©s Ă  l’insuffisance cardiaque.

PrĂ©vention des complications thromboemboliques : en cas de troubles du rythme, notamment comme la fibrillation auriculaire, des anticoagulants peuvent ĂŞtre prescrits afin de rĂ©duire le risque de formation de caillots et d’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral.

L’interventiĐľn mĂ©dicale en dernier recĐľurs

Dans certains cas, les traitements médicamenteux ne suffisent pas. Le recours à des interventions médicales peut alors être envisagé :

  • Dispositifs implantables : cette intervention s’inscrivant dans les avancĂ©es de la chirurgie cardiaque, consiste Ă  implanter sous la peau, le plus souvent sous la clavicule, un pacemaker (stimulateur cardiaque) ou un dĂ©fibrillateur automatique. Le boĂ®tier est reliĂ© au cĹ“ur par de fins fils passant par une veine. Ce dispositif permet de surveiller et de rĂ©guler le rythme cardiaque en continu, afin de prĂ©venir des troubles du rythme potentiellement graves.
  • Transplantation cardiaque : dans les formes les plus avancĂ©es, lorsque le muscle cardiaque est Ă©puisĂ© et que les traitements ne suffisent plus, une greffe peut ĂŞtre envisagĂ©e. Cette intervention consiste Ă  ouvrir la cage thoracique pour retirer le cĹ“ur malade et le remplacer par un cĹ“ur sain provenant d’un donneur. Le nouveau cĹ“ur est ensuite reconnectĂ© aux principaux vaisseaux sanguins pour rĂ©tablir la circulation.

La cardiomyopathie reste une maladie chronique nécessitant un suivi régulier en cardiologie. Un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée permettent toutefois de stabiliser son évolution et d’améliorer durablement la qualité de vie des patients.

Ă€ SAVOIR

Pendant longtemps, l’idée de « mourir de chagrin » ou d’avoir le « cœur brisé » relevait davantage de la métaphore que de la réalité médicale. Pourtant, dans les années 1990, des cardiologues japonais ont mis en évidence l’existence d’un phénomène, qu’ils ont nommé la cardiomyopathie de Tako-tsubo.

Inscrivez-vous Ă  notre newsletter
Ma Santé

Article précédentPerte de masse musculaire : peut-on freiner la sarcopénie ?
Article suivantCes produits soi-disant sains ne sont pas si bons pour la santé !
Avatar photo
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici