Un médecin de campagne assurant des soins à une personne âgée.
Trop peu nombreux, les médecins libéraux font les frais d'un manque d'anticipation des pouvoirs publics français. ©Shutterstock

Revalorisation des consultations, simplification des démarches administratives, manque de reconnaissance… Depuis plusieurs mois, les médecins libéraux expriment leur colère. L’analyse du docteur Sylvie Filley-Bernard, présidente de l’URPS Médecins Libéraux Auvergne-Rhône-Alpes.

Depuis plusieurs mois, les médecins libéraux expriment leur colère. Pourquoi ?

Sylvie Fillet-Bernard, présidente de l’URPS Médecins-Libéraux Auvergne-Rhône-Alpes.©DR

Parce les médecins libéraux se sentent stigmatisés comme les boucs émissaires de la dégradation de notre système de santé. Malgré toute leur bonne volonté, ils ne sont plus en capacité de répondre à toutes les demandes de soins. Ce diagnostic alarmant tient à plusieurs facteurs, en particulier démographique avec un accroissement et un vieillissement de la population, mais aussi médical avec un développement des maladies chroniques.

Les précédentes politiques de santé n’ont pas su anticiper cette forte augmentation de la demande. Au contraire, durant des années, on a privilégié une approche purement comptable incitant à réduire le nombre de praticiens. Moins de médecins signifiait moins de prescriptions médicales, donc moins de dépenses de santé. Il n’y a pas eu suffisamment de vision prospective de la santé en France. Les responsables politiques auraient pu se douter que l’allongement de l’espérance de vie s’accompagnerait inéluctablement d’un accroissement de la demande de soins du fait du vieillissement de la population. Résultat, on se retrouve aujourd’hui en situation d’extrême tension, avec des médecins libéraux dans l’impossibilité d’honorer toutes les sollicitations et des pouvoirs publics qui ont tendance à leur rejeter la faute…

Comment résoudre le problème des déserts médicaux, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes ?

De notre point de vue, nous ne cautionnons pas le terme « Désert Médical » qui sous-entend une responsabilité médicale mais préférons parler d’inadéquation entre l’offre et la demande de soins. Nous avons bien conscience du problème et de ses conséquences désastreuses pour tout un chacun.

Dès 2022, l’URPS Médecins Libéraux Auvergne-Rhône-Alpes a mené une réflexion assez large autour de cette notion de « désert médical ». Nous avons alors constaté que cela ne concernait pas exclusivement les zones rurales excentrées mais aussi les grandes agglomérations. Si nous ne disposons pas de solution miracle clé en main, il nous a paru essentiel d’aller à la rencontre de tous nos confrères libéraux en exercice dans la région, pour les interroger sur leurs pratiques, les adaptations qu’ils avaient mis en place pour répondre au mieux à la demande de soins et déterminer avec eux les facteurs d’attractivité susceptibles de séduire de jeunes praticiens.

Nous souhaitons mener une démarche positive, bien loin de la stigmatisation systématique des médecins libéraux. Cette démarche est en cours dans tous les départements de notre région et nous avons pour objectif de faire émerger des solutions pragmatiques, émises par ceux qui sont au quotidien sur le terrain. Nous devons trouver des solutions connectées aux réalités.

Donc, ce n’est pas qu’une question d’argent…

Bien sûr que non ! C’est à la fois une question d’organisation de notre système de santé et de juste reconnaissance, de valorisation de la profession. Pour aider une personne, il faut d’abord savoir l’écouter, la comprendre pour prendre en compte son problème. En d’autres termes, pour être entendu, il faut d’abord être écouté. Et aujourd’hui, malheureusement, les libéraux ont la désagréable impression de ne pas être écoutés !

Nous sommes à l’ère de l’immédiateté alors qu’il s’agit d’une question de long terme. Cela se traduit par une double offense faite aux praticiens. D’une part, on leur reproche de ne pas traiter suffisamment de patients alors qu’ils ne sont pas responsables des politiques de santé entérinées auparavant. D’autre part, on se refuse de prendre en considération leurs requêtes. Comme si on niait leur existence. En médecine, pour bien soigner, il faut prendre le temps de faire le bon diagnostic. Nos politiques feraient bien de s’inspirer de nos pratiques…

À SAVOIR

L’URPS Médecins Libéraux Auvergne-Rhône-Alpes représente 13 500 médecins libéraux répartis sur douze départements. Ses principales missions : représenter et accompagner les praticiens, faire le lien avec les institutions, promouvoir et accompagner l’exercice coordonné et déployer les outils numériques.

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