Une femme est intimidée par son conjoint.
Les pervers narcissiques sont souvent charismatiques, charmants en apparence, mais derrière cette façade se cache un comportement toxique caractérisé par la manipulation émotionnelle, la domination psychologique, la dévalorisation constante de leurs victimes et l'absence d'empathie envers autrui. © Freepik

Il (ou elle) vous critique beaucoup, semble manquer d’empathie… Mais cela fait-il vraiment de votre partenaire un(e) pervers(e) narcissique ? Psychologue à Brignais (Rhône), Amélie Fournier nous aide à y voir plus clair et explique les véritables mécanismes de la perversion narcissique, maladie psychique aux terribles répercussions.

« La perversion narcissique est une maladie psychique. Elle a d’ailleurs sa place dans le DSM-5, le manuel diagnostique des troubles mentaux et des troubles psychiatriques », explique Amélie Fournier. « C’est une pathologie du lien. On n’est pas pervers tout seul ! » Cela se joue très souvent dans le couple, mais un collègue, un ami, un frère… peuvent aussi être la victime d’un pervers narcissique. « Ce dernier choisit une proie », et l’emmène dans une spirale destructrice.

D’autant plus déstabilisant qu’en général, il se comporte normalement avec tous les autres. Lors d’un dîner avec des amis, il pourra par exemple se montrer très agréable, avant de reprendre son attitude de bourreau lorsqu’il se retrouve seul avec sa partenaire, sans témoins.

On ne naît pas pervers narcissique, on le devient

« Les pervers narcissiques ont souvent grandi dans des familles avec de grosses carences en termes d’affection et/ou de considération. Enfants, ils n’ont pas été respectés dans ce qu’ils étaient. Cela crée un vide affectif intense. » Ils ne s’aiment pas, et pour survivre, pour se valoriser, tenter de combler leur vide intérieur, ils vont commencer à rabaisser les autres.

Peu à peu, cela devient un automatisme duquel ils ne pourront plus sortir. « Il y a autant d’hommes que de femmes touchés. » Du côté des victimes, on retrouve souvent « des personnes altruistes, compréhensives, à l’écoute, avec beaucoup de joie de vivre. »

Portrait-robot d’un pervers narcissique

« Il est dénué d’empathie. Il considère les autres comme des objets, pas du tout comme des sujets. Autrement dit, les autres doivent être utiles pour lui » Très toxique, il fait souvent vivre un véritable enfer à ses proies, qu’il dévalorise et fait culpabiliser.

C’est un pro de l’inversion de situation : il accuse sa victime de quelque chose qu’il a fait lui-même. Il humilie l’autre, en prétendant vouloir son bonheur. Ne ressent ni peine, ni culpabilité face à la souffrance qu’il provoque. A un besoin intense d’être admiré. Ne pense qu’à assouvir ses besoins, aux dépens de ceux des autres. Et ne supporte ni la critique, ni la frustration.

Un conte de fées… au début

« Souvent, les pervers narcissiques sont merveilleux au premier abord. » Ils savent se montrer très séduisants, flatteurs, charmeurs, pour mieux installer l’emprise. Et font tout pour faire plaisir à l’autre, lui disent ce qu’elle veut entendre. « Ils vous mettent sur un piédestal, vous font vivre un conte de fées. » C’est un rôle qu’ils jouent pour mieux faire succomber leur victime, la rendre amoureuse.

Une fois que c’est fait, leur comportement change, le rêve devient cauchemar. Le pervers narcissique commence par faire le vide autour de sa victime, avant de la dévaloriser, à coup de petites phrases assassines. « Il se met à critiquer la famille, les amis… Il commence à souffler le chaud et le froid, en disant des phrases du type ”Tu es très belle, mais tu serais mieux avec quelques kilos en moins”, ou ”Tu es intelligente, mais un peu moins que ta copine”. »

L’emprise se met en place. La confusion s’installe du côté de la victime. « Isolée, elle est dévalorisée. » Elle trouve des excuses à l’autre, et peut finir par penser que c’est elle qui ne fait pas bien les choses.

Une seule issue, la fuite

Le pervers, égocentrique, exige de l’autre rien de moins que la perfection. Il se montre souvent très jaloux, ne supporte pas la moindre critique, et peut entrer en un claquement de doigts dans de terribles colères.

Les victimes perdent leur sérénité et leur confiance en elles. Elles se mettent à faire attention à tout ce qu’elles font ou disent pour ne pas contrarier l’autre. « Certaines nourrissent l’illusion qu’en s’adaptant aux demandes de l’autre, en faisant tout ce qu’il/elle demande, tout ira mieux. C’est faux, quoi qu’elles fassent, cela ne changera rien ! Il n’y a jamais d’évolution positive chez les pervers narcissiques. Ils sont incapables de se remettre en question, et n’en ont d’ailleurs aucune envie. Il faut absolument s’échapper de ces relations si destructrices. Le pervers a un vide intérieur et se nourrit de l’autre pour survivre. Rester auprès d’eux, c’est prendre le risque d’un épuisement psychique, et d’une dépression. »

Mais reprendre sa liberté peut alors être compliqué. Avec un pervers narcissique, un conseil : ne pas le prévenir en avance, et partir vite, si possible en demandant de l’aide à des proches. Préparer son départ en toute discrétion est indispensable. L’après ? Il faut absolument couper tout contact. Un préalable pour pouvoir se reconstruire, et (ré)apprendre à aimer la vie.

À SAVOIR

On y pense trop peu. Pourtant, grandir avec un parent pervers narcissique peut faire beaucoup de dégâts. « L’enfant n’est pas considéré pour ce qu’il est, les émotions sont niées. Cela entraîne beaucoup de souffrance, de l’insécurité. Cette pathologie est destructrice pour tout l’entourage. »

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