Le PMA est autorisé en France depuis juin 2021.
Le PMA est un parcours difficile pour les parents souffrant d'infertilité, nécessitant soutien et suivi d'un psychologue. © Freepik

Accessible en France aux femmes seules ou en couple, la fécondation in vitro, ou FIV, est l’une des techniques de procréation médicalement assistée (PMA) destinées à répondre au désir de grossesse. Elle permet de reproduire en dehors du corps de la femme, en laboratoire, la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde. Le parcours en PMA pouvant s’avérer particulièrement éprouvant en fonction des situations, un recours à une assistance psychologique peut s’avérer très utile. C’est ce qu’explique le Dr Béatrice Stalloni, psychiatre à Lyon, sur le plateau de l’émission Votre Santé du 14 mars 2023.

Le recours à la PMA, et notamment le parcours jusqu’à la FIV, s’inscrit dans un contexte potentiellement difficile pour les couples ou les femmes seules qui s’y engagent. L’assistance d’un psychologue peut s’avérer particulièrement précieux, selon les cas et les expériences. Invitée de l’émission Votre Santé, le 14 mars 2023 sur BFM TV Lyon, le Dr Béatrice Stalloni, psychiatre à la Clinique du Val d’Ouest, à Lyon, évoque les difficultés de ce parcours et les effets bénéfiques d’un soutien spécifique.

Parcours en PMA, une affaire de couple

PMA, FIV c’est quoi la différence ?

PMA est l’acronyme de procréation médicalement assistée, qui englobe différents traitements et parcours pour les femmes. La FIV est une fécondation in vitro, utilisée généralement en fin de parcours parce qu’un bilan est généralement effectué avant la FIV afin de comprendre où est le problème de fertilité et à quel stade. On peut faire un traitement de stimulation, d’insémination, puis il y a la FIV elle-même.

Est-ce que ce sont les médecins qui envoient les patients ?

Les gynécologues et andrologues vont d’abord dépister les choses qu’il faut peut être creuser chez l’homme, la femme ou même dans le fonctionnement du couple. Les gynécologues ayant des consultations courtes ne peuvent pas se permettre de prendre du temps de parole, d’élaboration. Dans ce contexte, je suis l’endroit où l’on vient déverser, creuser les parcours de vie de chacun. Parfois il s’agit de poser une indication : est ce qu’il est judicieux de commencer un traitement maintenant ? Est-ce que le couple va bien ? Est-il suffisamment fort pour traverser le parcours de PMA ? Les couples comportant de grandes différences d’âge peuvent questionner les équipes médicales. Parfois les hommes comme les femmes éprouvent le besoin de parler et viennent par curiosité sans avoir jamais consulté de psychologue auparavant. Ils ont besoin d’évacuer, de se faire aider et de comprendre.

On peut ressentir un sentiment d’impuissance face à la PMA.

Quel est le principal motif de visite chez une psychologue comme vous ?

Les patient cherchent du soutien parce que c’est un parcours qui est compliqué. Une patiente, qui en est à 5 ans de poursuite de traitement, me parlait de « leçon de vie ». C’est dire qu’il faut beaucoup de patience. La PMA est comparable aux montagnes russes parce qu’il y a la phase d’attente, d’espoir, d’échec. Ce parcours est compliqué pour les femmes comme pour les hommes, mais surtout pour le couple.

Vous aidez les femmes avant, pendant et après le parcours ?

Exactement. Il est arrivé que je suive des patientes pendant le parcours du transfert d’embryons concernant la FIV et ça marche. Parfois cela marche et on en est content, et parfois cela ne va pas. Est-ce que je vais être une bonne mère ? Est-ce que je vais y arriver ? Vais-je avoir mal ? Est-ce que mon corps va se déformer ? Il y a de multiples peurs, ce n’est pas simple. Parfois les femmes enceintes continuent de me parler que ce soit dans la clinique ou mon cabinet.

Généralement vos patients viennent en couple ou seuls ?

Un peu des deux, même si les femmes ont plus de facilité à parler que les hommes. Ils ne viennent que lorsque qu’il y a une infertilité au spermogramme. Il est compliqué pour un homme d’entendre qu’il n’y a pas de spermatozoïdes au spermogramme. Qu’est-ce qu’il m’est arrivé ? Qu’est ce que je peux en faire ? Les hommes ont tendance à confondre infertilité et impuissance. Les couples viennent pour parler de leur vie intime parce que le PMA met à mal l’intimité et la sexualité dans le couple. C’est un long parcours qui nécessite de la communication pour pouvoir continuer à s’aimer, faire des projets et être ensemble pour pouvoir tenir le coup.

“L’enjeu est lourd, financier, psychologique et familial”

L’attente est ce qui est le plus compliqué pour un couple ?

Même sans PMA, une femme qui a pour projet un enfant connaît son cycle, quand est le moment de la fécondation où le rapport sera fécondant. Elles attendent si les règles arrivent ou non. L’attente est toujours là, surtout concernant la PMA car l’enjeu est lourd, financier, psychologique et familial.

Y a-t-il un discours spécifique à avoir ?

Il faut avoir à la fois un discours de psychologue, avoir également quelques notions de gynécologie et évidemment de sexologie. Ma formation de médecine me permet d’avoir toute cette écoute globale, intéressante pour les patients.

Assurez-vous un rôle rassurant en permanence ?

Il y a tous types de patients qui peuvent capter cette “rassurance” et pour qui cela fait du bien. Ils peuvent être anxieux. Car quoi qu’on fasse ou dise, ils sont obsédés par cette idée de bébé et prêts à faire n’importe quoi et parfois beaucoup trop. Je suis là pour limiter, les prévenir qu’ils vont trop loin et qu’il faut faire des pauses.

Est ce que l’infertilité est souvent liée à un traumatisme ?

Je ne peux pas faire de généralité. Quand on parle de traumatisme, on retrouve les fausses couches, abus et agressions, maltraitances parentales, avoir une mère dont on ne veut pas s’identifier… Le blocage s’effectue inconsciemment.

Retrouvez le replay de l’émission Votre Santé du 14 mars 2023 sur Ma Santé TV.

À SAVOIR

En France, la PMA est intégralement remboursée par la sécurité sociale, mais seulement jusqu’à l’âge de 43 ans. L’âge est un facteur primordial. Selon Ameli, “La FIV voit son taux de réussite diminuer avec l’âge: 20 % de taux de réussite par cycle avant 35 ans, 16% à 38 ans et 9% à 42 ans”.

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