allergies pollen bouleau
Les personnes sont de plus en plus nombreuses à être allergiques en France. Cela concernerait, en 2050, 1 Français sur 2 selon l'allergologue Laure Bellange. ©wayhomestudio/Freepik

Atchoum ! Entre le nez qui coule, les yeux qui piquent et les éternuements, difficile de ne pas se rendre compte du retour des pollens. Le Rhône atteint même un pic d’allergies au pollen de bouleau. Combien de temps cela va-t-il durer ? Comment respirer sans éternuer ? Peut-on prévenir les allergies ? Le Dr Laure Bellange, allergologue à Lyon a répondu à ces questions dans l’émission Votre Santé, jeudi 14 avril.

La majorité des départements de la région Auvergne-Rhône-Alpes sont en rouge écarlate sur la carte de risque d’allergies au pollen. Seules exceptions : la Drôme, le Cantal et l’Ardèche, où le risque est considéré comme moyen. Dans le département rhodanien et sa métropole lyonnaise, les allergies au pollen du bouleau ont même atteint un pic. Le Dr Laure Bellange, allergologue à Lyon était l’invitée de l’émission Votre Santé du jeudi 14 avril sur BFM Lyon. Un rendez-vous santé hebdomadaire animé par Elodie Poyade et Pascal Auclair, rédacteur en chef du Groupe Ma Santé.

Les pollens “arrivent de plus en plus tôt”

Combien de temps la présence du bouleau va t-elle durer ?

Cela dépendra de la météo. Les années précédentes, la saison du bouleau était généralement en mars et avril. Avec le réchauffement climatique en revanche, il est difficile de prévoir car elle arrive de plus en plus tôt et dure plus longtemps. C’est également plus intense.

Quels sont les autres pollens fortement présents dans notre région ?

La région Auvergne-Rhône-Alpes est l’une des pires régions de France en termes de pollens. En ce moment, il y a les pollens de cyprès, d’oliviers, de graminées, de platane. Habituellement à cette période de l’année il n’y a pas encore de pollen de graminées, cette année il y en a déjà. Nous n’avons pas encore d’ambroisie, cela arrivera plus tard mais on a déjà beaucoup de pollens dans la région.

Allergies : une évolution courante vers l’asthme

On parle souvent de rhume des foins. À quels allergènes cela est dû exactement ?

Le rhume des foins ne veut en réalité pas dire grand chose. Il s’agit d’un terme générique qui fait référence à des symptômes de rhinite (nez bouché qui coule, qui gratte), de conjonctivite (yeux rouges qui grattent, qui coulent). Dans les cas plus graves, cela peut être aussi des symptômes respiratoires, de l’asthme. On peut également avoir des symptômes cutanés avec des pollens qui arrivent sur la peau telles que des plaques rouges d’urticaires qui démangent. Avant, le médecin parlait de rhume des foins plutôt pour les pollens des graminées mais en réalité tous les pollens donnent ces symptômes de rhume des foins.

Les symptômes des allergies au pollen peuvent-il varier d’une personne à l’autre ?

Cela peut varier bien que les symptômes de conjonctivite, de rhinite ou d’asthme peuvent se voir chez tout le monde. En revanche, un patient peut n’avoir que de la rhinite ou uniquement de la conjonctivite tandis que d’autres peuvent avoir les deux ou encore tous les symptômes. Cela dépend des patients mais peut évoluer également. On sait par exemple que le risque de la “simple” rhino-conjonctivite est l’évolution vers l’asthme.

Il est aussi possible d’avoir de l’asthme étant enfant par exemple, qui s’estompe au fil du temps ?

Cela s’estompe au fil du temps. Mais quand on a des allergies, si on ne fait rien cela peut évoluer ensuite vers de l’asthme.

Le nombre de personnes allergique “a doublé en 20 ans”

On a l’impression qu’il y a de plus en plus de personnes allergiques en France. Est-ce une réalité ?

C’est une réalité : actuellement 30% de la population est allergique. Ce chiffre a plus que doublé en 20 ans et d’ici 2050, on attend 50% de la population allergique en France. Il y a plusieurs raisons : d’une part le réchauffement climatique avec les pollens qui sont de plus en plus fréquents, les saisons de plus en plus longues et intenses. Les pollens ont aussi gagné en pouvoir allergisant. En ce moment, avec les vents et les sables qui remontent cela ajoute en facteurs d’irritation. La pollution est également de pire en pire, cela ne rend pas allergique mais ajoute de l’irritation et rend plus sensible au pollen.

Un autre facteur tient au fait que nous vivions dans des milieux beaucoup plus propres et aseptisés qu’avant. Nos anticorps étant faits pour se battre contre des microbes, notre système immunitaire s’ennuie. Il se trouve donc du travail avec les allergènes. Aussi, on est exposé à des milliers de molécules nouvelles et différentes que ce soit dans l’alimentaire ou encore dans la parfumerie. La chimie a fait de beaux progrès mais cela entraîne également énormément de nouveautés pour le corps qui n’a pas eu le temps de s’adapter et qui est finalement toujours en alerte.

Le Dr Laure Bellange, allergologue à Lyon, répond aux questions de Pascal Auclair, rédacteur en chef du Groupe Ma Santé.

Les allergies se déclarent-elles toujours à l’enfance ou peuvent-elles arriver uniquement à l’âge adulte ?

Il existe ce que l’on appelle la marche allergique. Les patients qui ont eu de l’eczéma dans l’enfance vont plus facilement développer de la rhinoconjonctivite. En revanche, des patients qui n’ont jamais rien eu, peuvent également développer des symptômes à l’âge adulte. J’ai même des patients âgés qui souffrent d’allergies de façon tout à fait nouvelle. Notre environnement joue ainsi un rôle dans les allergies. Un déménagement peut aussi être un facteur d’allergies. Lorsque l’on change de région on peut être amené à développer des allergies puisque l’on est confronté à des choses nouvelles. Cela peut ainsi survenir à tout âge.

“L’errance de diagnostic est de 7 ans en moyenne pour les allergies”

Parfois on peut sentir ses yeux qui grattent ou son nez qui coule alors que l’on a jamais été allergique. Donc concrètement, comment savoir que l’on devient allergique ?

Si on a des symptômes évocateurs de l’allergie, il est recommandé d’en parler à son médecin généraliste qui pourra mettre en place des traitements adaptés. Si les traitements contre les symptômes sont efficaces, il est donc intéressant de consulter un allergologue. La consultation d’un allergologue est d’autant plus importante que l’errance de diagnostic est de 7 ans en moyenne pour les allergies. On peut en effet faire des tests sur la peau, des prises de sang, on adapte les traitements des symptômes. Et si une allergie est mise en évidence, cela peut valoir le coup de faire des traitements de désensibilisation. Il s’agit de l’unique thérapie efficace pour gérer de l’allergie sur le long terme.

Pour ceux qui commencent à ressentir des symptômes d’allergie, y a t-il des moyens de les prévenir ?

Il existe des astuces. Aérer chez soi parce que la pollution intérieure est plus forte que celle à l’extérieur mais tôt le matin et tard le soir. Pendant la journée, il est préférable de laisser les fenêtres fermées puisqu’il y a plus de vents et donc les pollens vont plus rentrer. Quand on est dehors, il faut porter des lunettes de soleil et le masque pour les patients vraiment allergiques. En particulier quand il y a beaucoup de vent.

Quand on rentre chez soi, il faut également enlever tous les pollens que l’on a récupéré. Il est conseillé de se brosser les cheveux, de les attacher lorsque l’on sort et de les laver régulièrement. Il faut se laver aussi le visage, prendre une douche et changer de vêtements. Je préconise aussi à mes patients de ne pas faire sécher le linge à l’extérieur en saison pollinique. En voiture, il faut penser à bien fermer les fenêtres et, pour la climatisation, brancher la circulation de l’air intérieur pour éviter les pollens extérieurs. Ce sont des petites habitudes qui peuvent clairement aider !

À SAVOIR
Plus de 20 millions de personnes sont allergiques aux pollen, en France. C’est-à-dire 30% de la population. Les allergies aux pollens feraient leur apparition le plus fréquemment entre 7 et 9 ans.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici