Armand Thoinet est un aventurier diagnostiqué de la sclérose en plaques.
Armand Thoinet, malgré sa sclérose en plaques, est allé d'Évian à Lyon en "Handbike" ©DR

Atteint d’une sclérose en plaques diagnostiquée à 19 ans, Armand Thoinet prend de vitesse la maladie en multipliant les périples aux quatre coins du globe. Après avoir rallié le 80e parallèle Nord en kayak, l’aventurier lyonnais se prépare pour de nouveaux défis. Une formidable leçon de vie.

Son chemin de vie, il le trace à la force du jarret et de ses bras sculptés. Sa motivation, il la puise dans sa rage de vivre au quotidien. À tout juste trente ans, Armand Thoinet est un aventurier en sursis.

« J’avais 19 ans lorsque l’on m’a diagnostiqué une sclérose en plaques. Les premiers symptômes sont apparus cinq ans plus tôt, avec une perte de vue à l’effort, des problèmes d’équilibre et de motricité, de la fatigue chronique et un changement de voix. L’annonce du diagnostic a été un bouleversement. Tout s’est brusquement écroulé du jour au lendemain. Il m’a fallu trois ans pour l’accepter, sept ans pour vraiment rebondir », explique le Décinois (Rhône), qui trouvera dans le sport et l’activité physique intensive « un équilibre, un nouveau un projet de vie ».  

Sclérose en plaques : quand le handicap rend plus fort (témoignage)

Témoignage d'Armand Thoinet, atteint de la sclérose en plaques.
Armand Thoinet, diagnostiqué de la sclérose en plaques. ©Pascal Flamant

Compétiteur dans l’âme, successivement rugbyman, tennisman, adepte de la course à pied, de cyclisme et de ski avant la maladie, Armand Thoinet va alors décider de concrétiser son rêve d’enfant : devenir aventurier. « Je voulais me lancer dans des aventures uniques, inédites, pour transmettre des messages humains. Le fait de devenir handicapé m’a donné la force de réaliser ce projet un peu fou ».

En août 2015, le Lyonnais boucle ainsi un demi-tour de Corse à la rame, à bord d’un kayak, de Saint-Florent à Bonifacio. Douze jours de mer, 250 km parcourus à la force des bras. L’aboutissement de quatre mois d’entraînement à suer tous les week-ends sur les eaux de Miribel-Jonage. « À l’origine, je ne savais pas pagayer ! J’en ai bavé, seul sur mon bateau. Mais je voulais me prouver que je pouvais me surpasser. Tout le monde me disait que je n’y arriverais pas. La rage en moi m’a permis d’avancer ».

Après cette première expédition couronnée de succès, Armand Thoinet multiplie les défis en vélo, en kayak ou à pied. Il relie ainsi Lyon à Montélimar puis Périgueux à Montpellier en tandem « car seul, je n’ai pas assez d’équilibre ». À la marche, il traverse le désert des Argiates, fait le parcours entre Lyon et Le Puy ou la grande traversée du Jura, participe au semi-marathon de Paris. Sur son embarcation, il descend le Haut-Rhône et l’Ain, boucle le tour du lac du Bourget. 

Témoignage d’Armand Thoinet : l’aventure aux confins du globe

Mais son plus grand défi, il le réalise à l’une des extrémités du globe. « L’objectif était de rallier le pôle Nord, en kayak, avec un message simple : ensemble, on peut aller au bout du monde ».

Armand Thoinet, diagnostiqué de la sclérose en plaques, témoigne des défis qu'il a  réussi !
En 2019, malgré son handicap, Armand Thoinet a réussi le défi de rallier le 80e parallèle Nord en kayak bi-place. ©DC

Le 28 juillet 2019, une expédition composée de quatre athlètes atteints de sclérose en plaques et de sept sportifs valides embarque en direction de l’île de Spitzberg, un bout de terre situé dans un archipel au nord de la Norvège, entre la mer du Groenland, la mer de Barents et l’océan Arctique. Objectif : rallier le 80e parallèle Nord en kayak bi-place. Un défi réalisé seulement par une poignée d’aventuriers. 

Après quinze heures de transfert maritime au départ du port de Longyearbyen, l’équipée pose pied à terre à Texas Bar, à l’extrême nord du Spitzberg. Le début d’un périple réfrigérant de 250 km pour les cinq kayaks et leur guide, à l’ombre du soleil de minuit. « A cette période, le soleil ne se couche jamais. Et le danger est permanent ».

Un matin, la petite bande est réveillée en sursaut par le guetteur. Un énorme ours blanc se rapproche dangereusement du campement. « On savait que l’ours polaire a un excellent odorat mais une piètre vue. On s’est donc rassemblé pour ne former qu’un groupe compact. L’animal a pris peur devant cette masse informe. Nous avons ainsi pu éviter l’usage de nos pistolets d’alerte ». 

Les derniers jours d’expédition sont particulièrement éprouvants. À quinze kilomètres de leur destination, une tempête arctique met les organismes à rude épreuve. La neige, le froid, le vent… « On a attendu quatre jours une fenêtre météo. Certains valides du groupe voulaient abandonner. On s’est alors rendu compte que les aidants n’étaient pas forcément ceux auxquels on pensait ! Bref, les malades ont pris le relais. Une belle leçon de vie ».

Prochains défis, les JO de Paris et le pôle Sud

Finalement, au terme d’une expédition de près de trois semaines, Armand Thoinet et ses équipiers touchent au but. Le 15 août 2019, ils posent pour la postérité sur les dernières terres émergées du globe dans l’hémisphère Nord :  le 80e parallèle.

Depuis, l’aventurier lyonnais s’est offert d’autres défis insensés, dont un tour de Corse en pédalo, une traversée de la France en tandem, du Mont Saint-Michel savoyard au Mont Saint-Michel normand. Plus récemment, le Décinois a réalisé l’ascension du Mont Toubkal, le plus haut sommet d’Afrique du Nord, dans l’Atlas, à 4 167 mètres d’altitude.

Autant d’épopées qu’il relate avec moults détails lors de conférences agrémentées de la diffusion de ses films d’aventure. « J’interviens auprès des collèges, des lycées, dans les entreprises, avec un message positif sur la différence. Car c’est mon handicap, cette différence, qui m’a permis de réaliser mon rêve : devenir aventurier ».

Son prochain challenge ? À l’occasion des jeux Olympiques de Paris, Armand Thoinet envisage de rallier la Tour Eiffel depuis Big Ben, à Londres, en poussant un fauteuil roulant. « L’objectif sera d’interpeler le grand public, de démontrer que le handicap, ce n’est pas seulement un fauteuil roulant ». À plus long terme, le Lyonnais rêve d’accomplir « l’aventure ultime », en l’occurrence rejoindre le pôle Sud en ski de randonnée. On the road again

Retrouvez le témoignage d’Armand Thoinet sur le plateau de l’émission Votre Santé du mardi 5 décembre 2023 sur BFM TV Lyon.  

À SAVOIR

Maladie auto-immune, la sclérose en plaques affecte le système nerveux central avec, à la clé, des troubles de la motricité, sensitifs, cognitifs, visuels ou urinaires. La maladie, évolutive, touche essentiellement les femmes et se déclare en moyenne autour de 30 ans, parfois beaucoup plus tôt comme pour Armand Thoinet. Les traitements disponibles , notamment à base de corticoïdes, ne permettent pas de guérir la maladie, mais ils préviennent les poussées dans les formes rémittentes de la SEP.

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