Une infirmière s'occupe de la vaccination d'un nourrisson.
Malgré leurs 11 vaccins obligatoires, les nourrissons sont les premiers à pâtir du recul des couvertures vaccinales.©Freepik

La couverture vaccinale générale aurait-elle fait les frais de la crise Covid-19 ? Les autorités sanitaires, en effet, craignent un recul des autres vaccinations et tirent notamment la sonnette d’alarme face à l’explosion des cas de rougeole dans le monde depuis le début de l’année 2022. Responsable du pôle de veille sanitaire à l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes, le Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron rappelle tous les enjeux d’une vaccination complète, alors que deux nouvelles recommandations sont désormais inscrites dans le calendrier vaccinal 2022: vaccination coqueluche pour les femmes enceintes et vaccination méningocoque B pour les nourrissons.

Oui, une vaccination peut en cacher une autre. Alors que l’attention s’est naturellement focalisée, depuis deux ans, sur celle du virus de la Covid-19, les autres vaccins ont eu tendance à passer au second plan. Et ce malgré leur importance : l’OMS, le 27 avril, a ainsi alerté sur une recrudescence des cas de rougeole (+79% en janvier et février dans le monde) et appelé à rattraper le retard pris dans la vaccination des enfants.

Les enjeux vaccinaux, de manière globale, restent très élevés. Et les campagnes en faveur de la vaccination contre la Covid-19 ne doivent pas reléguer les autres vaccins aux oubliettes. Le point avec le Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron, responsable du pôle de veille sanitaire à l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes.

La vaccination en général a-t-elle reculé depuis le début de l’épidémie de Covid-19 ?

Depuis deux ans, on parle en effet beaucoup de la vaccination contre la Covid-19. La crise sanitaire et l’incitation à la vaccination ont retenu toute l’attention, probablement au détriment des autres vaccins pour lesquels il est indispensable de rappeler l’importance.

Le phénomène est-il perceptible en Auvergne-Rhône-Alpes ?

Contre toute attente, nous ne constatons pas de diminution importante des couvertures vaccinales dans la région. Cela nous étonne, car les confinements et l’impossibilité de voir son médecin en direct laissaient présager le contraire. Tout cela est donc faussement rassurant et cela nous incite à ne surtout pas baisser la garde.

La vaccination, premier rempart contre la rougeole

L’OMS et l’Unicef ont lancé une alerte face à la recrudescence de cas de rougeole dans le monde. La faute à un retard vaccinal ?

On constate en effet une forte hausse des cas de rougeole dans le monde sur les deux premiers mois de l’année. Il s’agit sans doute de la conséquence de la crise Covid et du désintérêt pour les autres vaccinations. Les seuils vaccinaux ont baissé, alors que c’est une maladie très contagieuse et loin d’être banale, puisqu’elle peut se traduire par des séquelles neurologiques graves, voire le décès. Pour avoir une couverture vaccinale optimale, il faut avoir bénéficié de deux doses du vaccin, qui est combiné avec ceux des oreillons et de la rubéole. Et tous les Français nés après 1980 doivent être à jour.

La menace peut-elle concerner Auvergne-Rhône-Alpes ?

Bien sûr. Dans la région, les taux sont loin d’être suffisants. 86% de la population a bénéficié des deux doses. Nous sommes donc loin des 95% qui garantirait une immunité collective susceptible d’enrayer les foyers épidémiques. Et deux départements, de manière historique, sont en deçà de ces chiffres : l’Ardèche et la Drôme, où les réticences ont toujours été fortes et où les mouvements antivaccins sont importants.

Vaccination : êtes-vous certain d’être à jour ?

Le mouvement antivaccins a-t-il une influence sur la diminution de la couverture vaccinale ?

Il y a toujours eu des réfractaires à la vaccination, même avant la crise Covid. Y compris parmi les professionnels de santé. Ces derniers restent toutefois les meilleurs relais pour sensibiliser à la vaccination. Les pédiatres vérifient systématiquement le carnet vaccinal, mais ce réflexe doit se généraliser. Cela devrait être le cas lors d’une consultation chez un généraliste ou en médecine du travail. Mais les médecins n’ont pas toujours le temps, ou n’y pensent pas, alors que nous disposons d’un calendrier vaccinal simplifié depuis 2013. C’est pourquoi nos efforts de sensibilisation se tournent aussi vers les professionnels de santé.

Du fait de ce défaut de vaccination, peut-on redouter d’autres épidémies ?

On peut en effet craindre de nouvelles épidémies de coqueluche ou de poliomyélite, même si ces maladies sont moins contagieuses que la rougeole. Ces maladies d’antan n’ont pas été totalement éradiquées, à la différence de la variole, qui a disparu grâce à la vaccination. Si nous baissons la garde, nous prenons le risque de voir ressurgir des cas dans le monde et qui pourrait toucher la France en raison de la généralisation des voyages.

Nouveaux-nés : gare à la coqueluche !

11 vaccins sont obligatoires en France depuis 2018. Quelles sont les nouveautés 2022 sur le front vaccinal ?

La vaccination contre le méningocoque B, recommandée chez les nourrissons, avec trois doses à 3, 5 et 12 mois, est remboursée par la Sécurité Sociale depuis le 30 avril. On incite ainsi fortement les adolescents qui n’auraient pas ces trois doses à se faire vacciner.  Ne serait que parce qu’une infection invasive au méningocoque B sur cinq se solde par un décès…
Autre nouveauté cette année, la vaccination contre la coqueluche pour la femme enceinte, au deuxième trimestre de la grossesse. Très exactement entre la 20eme et la 36eme semaine d’aménorrhées. L’idée est de privilégier la transmission des anticorps au futur bébé, qui ne recevra sa première dose de vaccin contre la coqueluche qu’à l’âge de deux mois. Avant cela, le nourrisson n’est que très peu protégé et le risque de décès, en cas de coqueluche maligne, est réel. Cette vaccination pour la femme enceinte, couplée à la diphtérie, au tétanos et à la poliomyélite, n’est pas obligatoire, mais elle est chaudement recommandée.

La vaccination contre le HPV a-t-elle également perdu en efficacité ?

Oui, et ce malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation menées notamment en Auvergne-Rhône-Alpes. Dans la région, l’élargissement de la vaccination aux jeunes garçons de 11 à 14 ans a entraîné une hausse de de 4,9 % de la couverture vaccinale à 2 doses (couverture vaccinale de 37,2%)  Mais c’est encore éloigné des objectifs nécessaires pour éviter des cancers comme celui du col de l’utérus, qui fait mille morts par an. En France, on estime à 6300 le nombre de nouveaux cas de cancers attribués chaque année aux infections liées au papillomavirus. Un tiers de ces cas concernent des hommes, avec à la clé des cancers ORL. Ce fléau reste encore trop méconnu du grand public.

À SAVOIR

L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes organise le 12 mai 2022 un webinaire spécifiquement dédié aux professionnels de santé. L’objectif ? Sensibiliser les soignants aux enjeux de la vaccination, entre état de la couverture vaccinale dans la région, rappel des publics à risque et nouveautés 2022.

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