Une jeune femme qui fait partie de cette génération NEET à la santé mentale fragile.
Le Royaume-Uni utilise le l'expression NEET dès la fin des années 1990 pour qualifier des jeunes sortis des radars scolaires et professionnels. © Freepik

Ni en emploi, ni en études, ni en formation. Être NEET (de l’anglais Not in Employment, Education or Training), pour beaucoup de jeunes, n’est pas qu’un moment de flottement professionnel. C’est aussi, souvent, une période de vulnérabilité psychique. Anxiété, perte de repères, isolement, baisse de l’estime de soi… Rester durablement à l’écart de l’école et du travail pèse sur la santé mentale. Mais comment, exactement ? Et pourquoi cette phase, parfois transitoire, peut-elle laisser des traces plus profondes qu’on ne l’imagine ?

On parle beaucoup des NEET (pour Not in Employment, Education or Training) sous l’angle de l’emploi. Un peu moins sous celui de la santé mentale, pourtant indissociable de l’insertion sociale. Or, en France, les données convergent. Les jeunes NEET vont globalement moins bien psychologiquement que les autres.

Selon l’Insee, environ 15 % des 15-29 ans sont aujourd’hui NEET. Un chiffre stable en apparence, mais qui masque une réalité plus inquiétante. Plus la situation dure, plus le risque de mal-être augmente.

Le travail et les études ne servent pas seulement à gagner de l’argent ou à obtenir un diplôme. Ils structurent le temps, créent du lien social, donnent une place dans la société. Lorsqu’ils disparaissent, le vide n’est pas qu’économique.

Les enquêtes de la DREES montrent que les jeunes hors emploi et formation déclarent plus fréquemment :

  • un sentiment d’inutilité,
  • une perte de confiance en l’avenir,
  • une forte anxiété liée au regard des autres.

Ce déclassement symbolique est central. Beaucoup de jeunes NEET racontent la même chose : « je ne sais plus trop qui je suis socialement ». 

Anxiété et dépression comme compagnon

D’après Santé publique France, les jeunes adultes en situation d’inactivité subie présentent davantage de symptômes anxio-dépressifs que ceux en emploi ou en études. L’étude CoviPrev, menée après la crise sanitaire, a notamment montré que :

  • les jeunes sans emploi ni formation déclaraient plus de troubles du sommeil,
  • un sentiment de découragement chronique,
  • et un risque accru de dépression.

La pandémie n’a pas créé le problème, mais elle l’a amplifié. Elle a rendu visible ce que les chercheurs observent depuis des années. L’inactivité contrainte est un facteur de risque psychique, surtout chez les plus jeunes.

Le poids du temps : quand la situation dure

Tous les NEET ne vont pas mal. Et tous ne vont pas mal longtemps. Mais ce sont les situations prolongées qui inquiètent les professionnels de santé. Les travaux de l’OCDE montrent que plus un jeune reste éloigné de l’emploi ou de la formation, plus le risque de troubles anxieux, de symptômes dépressifs, ou d’isolement social durable augmente.

Et moins on va bien, plus il devient difficile de se projeter, de chercher un emploi, de se former. Moins on agit, plus le mal-être s’installe. Un cercle vicieux, parfois silencieux.

Isolement social : un facteur clé souvent sous-estimé

Être NEET, c’est aussi souvent être seul. Moins de contacts quotidiens, moins de routines, moins d’interactions sociales. Pour certains jeunes, notamment ceux vivant encore chez leurs parents ou dans des territoires peu connectés à l’emploi, l’isolement devient une réalité concrète.

Selon une étude de l’Insee, les jeunes NEET déclarent moins de relations sociales régulières et un sentiment de solitude plus élevé que la moyenne. Or, l’isolement est un déterminant majeur de la santé mentale, au même titre que la précarité financière.

La souffrance psychique des jeunes NEET ne peut être réduite à une question de motivation ou de fragilité individuelle. Elle révèle avant tout des mécanismes sociaux, économiques et sanitaires étroitement liés. Les autorités de santé rappellent que la prévention en santé mentale passe aussi par l’accès à l’emploi, à la formation et à l’autonomie, bien en amont d’un suivi médical.

Si la majorité des jeunes NEET finissent par retrouver un projet et un meilleur équilibre, les spécialistes insistent sur un point clé : intervenir tôt. Un accompagnement rapide, qu’il soit social ou psychologique, limite l’isolement et protège durablement la santé mentale.

À SAVOIR

Selon Santé publique France, les jeunes adultes de 18 à 24 ans présentent les niveaux les plus élevés de symptômes anxieux et dépressifs dans la population française. Ces troubles sont nettement plus fréquents chez les jeunes en situation d’inactivité ou de chômage que chez ceux en emploi ou en études.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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