Un patient qui vient chercher sa prescription de médicaments remboursés.
En 2024, 61,8 millions d'assurés ont bénéficié du remboursement d'au moins un médicament. © Freepik

Quand on sort de la pharmacie sans rien payer, ou presque, on oublie facilement que les médicaments ont un prix. Et en 2024, la facture des médicaments remboursés par l’Assurance Maladie a atteint un nouveau niveau record. Décryptage. 

Selon le communiqué publié le 14 janvier 2026 par l’Assurance Maladie, 27,2 milliards d’euros ont été remboursés en 2024 pour les médicaments délivrés en pharmacie de ville, après prise en compte des remises négociées avec l’industrie pharmaceutique. Cela représente une hausse de 7,2 % par rapport à 2023.

Cette progression s’inscrit dans une tendance observée depuis plusieurs années. Elle concerne l’ensemble du territoire et touche la majorité de la population : 61,8 millions de personnes ont bénéficié d’au moins un remboursement de médicament en 2024.

Vu de loin, des milliards d’euros restent abstraits. Mais ramenée à l’échelle individuelle, la dépense devient plus parlante. Selon le communiqué, en moyenne, 437 euros de médicaments ont été remboursés par assuré en 2024, pour 41 boîtes délivrées sur l’année.

Ces chiffres englobent aussi bien une boîte d’antalgique occasionnelle qu’un traitement pris tous les jours pendant des années. Et c’est là toute la particularité du système. Pour le patient, cette dépense passe souvent inaperçue. Au comptoir, le prix réel du médicament n’est presque jamais réglé intégralement, grâce au remboursement et au rôle des complémentaires santé.

Mais invisibilité ne veut pas dire gratuité. La facture existe bel et bien, et elle est collective.

Remboursement : mais qui paie les médicaments, au juste ?

Eh bien, “c’est Nicolas qui paie !”, pour reprendre la formule anti-impôts du moment. Le remboursement des médicaments repose sur le modèle solidaire de la Sécurité sociale. Ce sont les cotisations sociales, les impôts et différents mécanismes de régulation qui financent la prise en charge des traitements par l’Assurance Maladie.

Même si le patient ne paie presque rien à la pharmacie, le médicament n’est jamais gratuit, il est réglé collectivement, en amont.

Avec le temps, cette prise en charge s’est renforcée. Le taux moyen de remboursement atteint 87,6 % à la mi-2025, contre environ 80 % dix ans plus tôt. Résultat, une part de plus en plus importante du coût des médicaments est assumée par la collectivité.

Médicaments : pourquoi la note grimpe-t-elle ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette hausse n’est pas due à une explosion des prescriptions de médicaments du quotidien. Les traitements les plus délivrés restent globalement peu coûteux : antalgiques, médicaments respiratoires ou traitements courants.

L’augmentation des dépenses s’explique surtout par des évolutions de fond.

Ces traitements concernent moins de patients, mais leur coût unitaire pèse lourd dans la balance.

Beaucoup de boîtes… mais surtout quelques médicaments très chers

Selon les données de l’Assurance Maladie , les médicaments les plus souvent délivrés en pharmacie (antalgiques, traitements respiratoires ou médicaments du quotidien) figurent en tête des volumes, mais leur coût reste relativement modéré pour le système de santé.

À l’inverse, une part importante des dépenses est concentrée sur un nombre restreint de traitements innovants, prescrits à moins de patients mais affichant des prix bien plus élevés. Ces médicaments, souvent utilisés pour des maladies graves, rares ou chroniques, pèsent lourd dans les comptes, même s’ils circulent moins.

Dans l’immédiat, les conséquences sont limitées pour la grande majorité des patients. Grâce au remboursement par l’Assurance Maladie et à l’intervention des complémentaires santé, le reste à charge demeure généralement faible, voire nul pour certains traitements. La hausse des dépenses de médicaments ne se ressent donc pas directement au moment du passage en pharmacie.

En revanche, son impact est bien réel à l’échelle collective. Cette augmentation contribue au déséquilibre des comptes sociaux, déjà fragilisés. En 2024, le déficit de la Sécurité sociale a atteint 15,3 milliards d’euros, toutes branches confondues. Les médicaments ne sont pas l’unique facteur de ce déficit, mais ils représentent un poste de dépense de plus en plus lourd, qui alimente les débats sur la maîtrise des dépenses de santé à moyen et long terme.

La question ne se limite pas à un débat de chiffres ou de lignes budgétaires. Elle concerne directement l’organisation du système de soins et les choix collectifs qui l’accompagnent. Comment continuer à garantir l’accès aux traitements les plus efficaces, tout en maîtrisant une dépense publique qui progresse année après année ?

Les pistes de réflexion reposent sur :   

  • le bon usage des médicaments, pour éviter les prescriptions inutiles,
  • le développement des génériques, moins coûteux, 
  • une évaluation plus fine de l’intérêt médical réel des nouveaux traitements. 

Autre sujet sensible, les conditions de remboursement des innovations thérapeutiques. Ces nouveaux médicaments, souvent très attendus par les patients et les médecins, apportent de réels progrès, parfois décisifs. Mais leur coût élevé interroge sur leur juste place dans un système solidaire, où les ressources ne sont pas illimitées.

À SAVOIR

Selon les données de l’Assurance Maladie, les patients atteints d’une affection de longue durée (ALD), soit environ 20 % des assurés, concentrent près des deux tiers des dépenses de médicaments remboursés.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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