
Quitter ses parents plus tard, enchaîner études, stages et débuts de carrière incertains, chercher sa voie… Et si l’adolescence ne s’arrêtait plus vraiment à 18 ans ? De plus en plus de chercheurs évoquent une période de transition qui s’étire jusqu’au milieu de la vingtaine. Une jeunesse fragile ? Pas forcément. Peut-être simplement une société qui a changé de rythme.
À 25 ans, on se voit plutôt adulte, ou au moins en train de le devenir sérieusement. Pourtant, plusieurs chercheurs en psychologie et en neurosciences évoquent aujourd’hui une adolescence qui se prolonge jusqu’au milieu de la vingtaine.
Non pas parce que les jeunes seraient moins responsables. Mais parce que le monde autour d’eux a profondément changé.
En France, les parcours de vie se sont considérablement allongés. Les études durent plus longtemps, l’accès à l’emploi stable est plus tardif et les étapes classiques de l’âge adulte comme l’indépendance financière, le logement autonome, la vie de couple, arrivent souvent plus progressivement.
Selon l’Insee (2023), l’âge moyen de départ du domicile parental en France est d’environ 23,4 ans. Une réalité bien différente de celle des générations précédentes, pour lesquelles quitter la maison familiale se faisait plus tôt.
Adolescence : une période qui n’en finit plus
Un cerveau qui continue de grandir… après 18 ans
Pendant longtemps, on pensait que le cerveau atteignait sa maturité assez tôt dans la vie. Mais depuis une vingtaine d’années, les travaux d’imagerie cérébrale ont bousculé cette idée.
Des travaux d’imagerie cérébrale menés notamment par le neuroscientifique Jay Giedd au National Institute of Mental Health ont montré que certaines régions du cerveau continuent de mûrir jusqu’au début ou au milieu de la vingtaine.
C’est notamment le cas du cortex préfrontal, une zone essentielle pour :
- la prise de décision
- la planification
- la régulation des émotions
- le contrôle des impulsions.
Une nouvelle étape de la vie
Face à ces transformations sociales et biologiques, certains chercheurs parlent désormais d’une nouvelle étape du développement humain.
Le psychologue américain Jeffrey Arnett a proposé au début des années 2000 le concept d’“âge adulte émergent”. Dans un article publié dans American Psychologist (Arnett, 2000), il décrit la période entre 18 et 25 ans comme une phase spécifique de la vie.
Ni tout à fait adolescente. Ni complètement adulte. Cette période se caractérise notamment par :
- une exploration de l’identité
- des parcours parfois instables
- une autonomie en construction
- une recherche de sens et de direction.
Bref, un moment où l’on essaie, on tâtonne, on se découvre. Et où l’on construit peu à peu les bases de sa vie d’adulte.
Les amis, ce nouveau centre de gravité
Durant cette période, les relations sociales évoluent aussi. À mesure que les jeunes gagnent en autonomie, les amis prennent une place centrale. Les groupes de pairs deviennent souvent un espace d’échanges, de soutien et de partage d’expériences.
Ces relations jouent un rôle important dans la construction de l’identité et dans l’apprentissage de l’autonomie. Les amis peuvent être :
- un soutien émotionnel
- un lieu de confidences
- un terrain d’expérimentation sociale.
Mais cette influence peut aussi avoir un revers. Les comportements à risque (consommation d’alcool, de cannabis ou autres substances) sont parfois liés à la dynamique des groupes de pairs.
Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT, 2023), 44 % des jeunes de 17 ans ont déjà expérimenté le cannabis, et l’alcoolisation ponctuelle importante reste fréquente chez les jeunes adultes.
Les jeunes vraiment plus fragiles ?
Dans le débat public, la jeunesse est parfois décrite comme plus anxieuse, plus fragile, voire moins motivée que les générations précédentes. La réalité est plus nuancée.
Selon la Drees (2022), les troubles anxieux et dépressifs ont effectivement augmenté chez les 18-24 ans ces dernières années, notamment dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Les raisons sont multiples :
- précarité étudiante
- pression académique
- difficultés d’insertion professionnelle
- inquiétudes face à l’avenir.
Mais cela ne signifie pas que la jeunesse traverse systématiquement une crise profonde.
Les spécialistes du développement rappellent que la majorité des adolescents et jeunes adultes s’adaptent plutôt bien aux changements de cette période.
L’idée d’une adolescence prolongée alimente parfois l’image d’une jeunesse plus conflictuelle ou plus instable. Pourtant, les données scientifiques nuancent fortement cette perception. L’expertise collective Adolescence et santé publiée par l’Inserm en 2019 souligne que les relations familiales restent globalement positives pour la majorité des adolescents, même si des tensions apparaissent autour de l’autonomie.
Une transition plus longue… mais aussi plus riche
Ce qui change surtout aujourd’hui, c’est la manière d’entrer dans la vie adulte. Autrefois, les transitions étaient plus rapides et plus nettes. On quittait la maison familiale, on trouvait un emploi, on fondait parfois une famille dans un laps de temps relativement court.
Aujourd’hui, ces étapes sont plus progressives. Les jeunes passent davantage de temps à :
- se former
- explorer différentes trajectoires professionnelles
- construire leurs relations affectives
- définir leurs valeurs et leurs engagements.
Cette phase de transition peut sembler incertaine. Mais elle est aussi une période de possibilités et d’apprentissage. La plasticité du cerveau favorise l’acquisition de nouvelles compétences, l’adaptation aux changements et la découverte de soi.
Alors, à 25 ans, encore adolescent ?
Pas vraiment. Mais pas tout à fait adulte non plus. La période entre 18 et 25 ans ressemble de plus en plus à une zone de transition, un moment où l’on apprend à devenir adulte dans un monde plus complexe qu’autrefois.
Ce qui peut donner l’impression que la jeunesse dure plus longtemps. En réalité, ce n’est peut-être pas l’adolescence qui s’allonge. C’est le chemin vers l’âge adulte qui devient plus long, plus sinueux.
À SAVOIR
Dans les générations nées dans les années 1960, une grande partie des jeunes quittait le foyer parental autour de 20-21 ans en moyenne.







