
Alors que les ados tournent (enfin) le dos à l’alcool et au tabac, une étude européenne révèle une tendance bien plus sournoise : les comportements addictifs ne disparaissent pas, ils changent de visage. Cigarette électronique, médicaments en libre-service, jeux en ligne… Ces nouvelles formes d’addictions gagnent du terrain, parfois en silence. Explications.
Ils ne boivent plus autant, ils fument moins, ils expérimentent moins le cannabis. Bonne nouvelle ? Oui… mais pas complètement. Car une autre réalité se dessine dans le sillage de ces progrès : celle de nouvelles addictions chez les adolescents en Europe.
Moins visibles, plus insidieuses, elles se glissent dans les poches via une vapoteuse, dans l’armoire à pharmacie familiale ou dans une console connectée.
Une récente enquête menée par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EUDA) auprès de 100 000 jeunes de 15 à 16 ans dans 35 pays européens offre une photographie à la fois rassurante et inquiétante : si les consommations classiques baissent, de nouveaux comportements à risque apparaissent. Et ils ne sont pas anodins.
Addiction : par quoi les adolescents ont-ils remplacé l’alcool ?
Le vapotage : +57 % d’utilisateurs en cinq ans
En 2019, 14 % des ados européens déclaraient avoir déjà vapoté. En 2024, ils sont 22 %. Une progression nette, et un changement de profil : les filles sont désormais légèrement plus nombreuses que les garçons à utiliser la cigarette électronique.
Pourquoi un tel engouement ? Parce qu’elle est perçue comme inoffensive, voire cool. Mais la nicotine reste bien présente dans la majorité des e-liquides, et avec elle, un risque de dépendance réel. Loin de servir de tremplin pour arrêter de fumer, la vapoteuse ou la puff peuvent devenir une addiction en soi, ou pire, une porte d’entrée vers d’autres produits.
Les médicaments : l’automédication à haut risque
L’étude pointe également une hausse préoccupante de la consommation de médicaments sans ordonnance. Antidouleurs, somnifères, anxiolytiques, stimulants : les ados s’automédiquent souvent sans mesurer les dangers.
Selon l’enquête ESPAD 2024, 14 % des adolescents européens ont consommé des tranquillisants, sédatifs ou antalgiques sans ordonnance, un phénomène plus fréquent chez les filles.
Le souci ? Ces substances ne sont pas anodines. Leur mésusage peut entraîner une accoutumance, des effets secondaires graves et des interactions dangereuses. D’autant plus que l’encadrement médical est inexistant dans ces cas-là. Comme le souligne la Fédération Addiction, “ce phénomène est souvent invisible, mais ses conséquences peuvent être profondes”.
Les jeux en ligne, nouvelle arène de l’addiction
Les jeux vidéo ? Un passe-temps banal. Mais quand ils deviennent envahissants, qu’ils grignotent le sommeil, l’attention, les résultats scolaires… ils se transforment en piège.
L’étude européenne évoque aussi l’essor des jeux d’argent en ligne chez les jeunes, rendus accessibles via smartphone. Le risque : basculer dans une spirale addictive, avec des impacts sur la santé mentale, l’estime de soi et le lien social. L’OMS a d’ailleurs reconnu l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie en 2018.
Que faire face à l’émergence de ces nouvelles addictions ?
Pourquoi ces nouvelles addictions séduisent autant ?
Ces nouvelles formes d’addictions ont plusieurs points communs. Elles sont faciles d’accès, peu stigmatisées, et souvent perçues comme des outils pour gérer le stress, l’ennui ou l’anxiété. Depuis la pandémie de Covid-19, beaucoup de jeunes expriment un mal-être diffus, qu’ils tentent d’apaiser par ces biais.
Le problème, c’est qu’en remplaçant une addiction par une autre, on ne règle rien. On déplace juste le symptôme.
Parler vrai, parler tôt
Les professionnels de santé et les associations appellent à une évolution des politiques de prévention. Fini le discours moralisateur, il faut des messages clairs, des formats interactifs, et surtout une écoute bienveillante.
Des programmes comme Unplugged ou Prométhée, soutenus par Santé Publique France, misent sur le renforcement des compétences psychosociales des jeunes : apprendre à dire non, gérer ses émotions, reconnaître ses besoins. Car prévenir, c’est aussi outiller.
Et du côté des parents ? Il est essentiel d’ouvrir le dialogue, d’observer sans surveiller, et de ne pas hésiter à solliciter l’aide d’un professionnel si des comportements inquiétants apparaissent.
À SAVOIR
Selon l’enquête ESPAD 2024, à peine 59 % des adolescents de 15 à 16 ans déclarent se sentir en bonne santé mentale. Un chiffre qui tombe à 49 % chez les filles, contre 70 % chez les garçons. Une fragilité psychologique qui peut favoriser l’apparition de nouvelles addictions.







