Avoir des enfants pourrait-il influencer l’espérance de vie des femmes ? Plusieurs travaux scientifiques suggèrent qu’un nombre modéré d’enfants serait associé à une plus grande longévité, tandis que des grossesses très nombreuses pourraient accélérer certains processus de vieillissement biologique.
La maternité est souvent associée à l’image d’une vie plus longue et plus entourée. Mais le nombre d’enfants peut-il réellement influencer la durée de vie des femmes ?
Depuis plusieurs décennies, les scientifiques explorent le lien entre reproduction et vieillissement. Ces recherches s’appuient notamment sur la théorie du “soma jetable”, proposée à la fin des années 1970 par le biologiste britannique Thomas Kirkwood.
Elle suggère que l’organisme dispose d’une quantité limitée d’énergie, qu’il doit répartir entre plusieurs fonctions vitales : croissance, reproduction et entretien du corps. Selon cette hypothèse, investir beaucoup d’énergie dans la reproduction pourrait se faire au détriment des mécanismes de réparation de l’organisme.
Autrement dit, faire des enfants pourrait avoir un coût biologique.
Un lien possible entre nombre d’enfants et longévité
Plusieurs études épidémiologiques ont exploré le lien entre maternité et espérance de vie. Certaines observations suggèrent une relation en forme de U. Les femmes ayant eu un nombre modéré d’enfants vivraient en moyenne plus longtemps que celles n’en ayant pas eu… ou celles ayant eu une famille très nombreuse.
C’est ce que suggère notamment une étude menée en Finlande auprès de jumelles et publiée dans la revue scientifique Nature Aging en 2023. Les chercheurs ont analysé les données de santé et des marqueurs biologiques du vieillissement chez plusieurs milliers de femmes. Leurs résultats indiquent que :
- les femmes ayant eu deux ou trois enfants présentaient en moyenne un vieillissement biologique légèrement plus lent ;
- celles ayant eu davantage de grossesses montraient plus souvent des signes d’accélération du vieillissement.
Pour mesurer ce phénomène, les scientifiques se sont appuyés sur des modifications chimiques de l’ADN appelées méthylations, utilisées pour estimer l’âge biologique, c’est-à-dire l’âge réel des cellules, qui peut différer de l’âge chronologique.
La grossesse : un effort physiologique considérable
Porter un enfant mobilise énormément de ressources biologiques. Pendant neuf mois, le corps maternel subit de nombreuses adaptations : augmentation du volume sanguin, modification du métabolisme énergétique, transformation hormonale profonde.
Selon l’OMS, la grossesse entraîne notamment :
- une augmentation du débit cardiaque pouvant atteindre 50 %
- une élévation du métabolisme basal
- des besoins accrus en nutriments comme le fer, l’acide folique ou le calcium
Ces transformations sont parfaitement naturelles, mais elles sollicitent intensément l’organisme. Répétées de nombreuses fois, elles pourraient contribuer à un vieillissement biologique légèrement plus rapide.
Les chercheurs parlent parfois de “coût énergétique de la reproduction” : une idée bien connue en biologie évolutive, observée aussi chez de nombreuses espèces animales.
Pourquoi avoir quelques enfants pourrait être bénéfique ?
Certaines études suggèrent que l’absence d’enfant pourrait être associée à une espérance de vie légèrement plus courte.
D’abord, la parentalité peut influencer certains comportements de santé. Les parents adoptent parfois des habitudes plus protectrices, comme consulter plus régulièrement les services médicaux ou réduire certains comportements à risque ou manger plus seinement.
Les relations sociales jouent un rôle important dans la santé à long terme. Une méta-analyse publiée en 2010 dans la revue PLOS Medicine par la psychologue Julianne Holt-Lunstad a montré que les personnes disposant de relations sociales solides présentent une probabilité de survie environ 50 % plus élevée que celles ayant des liens sociaux plus faibles.
Dans cette perspective, les enfants peuvent constituer une source importante de soutien familial et relationnel, notamment avec l’avancée en âge. Un entourage proche et actif peut contribuer au bien-être, à la santé mentale et à l’accompagnement dans les moments de fragilité.
Une relation complexe, influencée par de nombreux facteurs
Les chercheurs insistent toutefois sur un point essentiel : le nombre d’enfants n’est pas un déterminant direct de la longévité. Les études observationnelles mettent en évidence des associations statistiques, mais il est difficile de démêler tous les facteurs en jeu.
De nombreux paramètres peuvent influencer à la fois la maternité et l’espérance de vie :
- le niveau socio-économique
- l’accès aux soins
- l’alimentation et le mode de vie
- la génétique
- l’âge à la première grossesse
Selon l’Institut national d’études démographiques (INED), l’âge moyen à la première maternité en France est aujourd’hui de 28,9 ans, un indicateur qui reflète l’évolution des trajectoires familiales et professionnelles.
Ces transformations sociales influencent aussi les résultats des études scientifiques.
Des résultats qui varient selon les populations
Les conditions de vie, l’accès aux soins ou encore les politiques familiales peuvent modifier la relation entre maternité et santé.
Dans les pays à faible revenu, par exemple, les grossesses répétées peuvent accroître les risques de complications médicales. Selon l’OMS, environ 800 femmes meurent chaque jour dans le monde de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement, principalement dans les régions où l’accès aux soins obstétricaux est limité.
À l’inverse, dans les pays à revenu élevé disposant de systèmes de santé solides, ces risques sont beaucoup plus faibles. En France, le taux de mortalité maternelle est estimé à 8,7 décès pour 100 000 naissances, selon Santé publique France.
À SAVOIR
Selon l’Institut national d’études démographiques (INED), les femmes ont en moyenne 1,8 enfant en France. Les familles nombreuses sont devenues plus rares, un contexte démographique qui influence aussi les recherches sur les liens entre maternité et santé.








