
Longtemps considérés comme impropres à l’usage, les médicaments périmés ne sont pas toujours synonymes d’inefficacité. Quarante ans de données scientifiques montrent que nombre d’entre eux conservent leurs propriétés au-delà de la date indiquée, notamment pour les comprimés. Alors que la France cherche à réduire le gaspillage médicamenteux, doit-on vraiment s’en débarrasser au-delà de la date de préremption ? Explications.
La date de péremption inscrite sur les boîtes n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, un seuil toxicologique. Il s’agit d’un engagement du fabricant, qui garantit la stabilité du produit jusqu’à cette échéance uniquement, dans des conditions de conservation contrôlées : température stable, protection contre l’humidité, lumière limitée.
Passé cette date, le médicament ne devient pas dangereux, mais il perd… la garantie officielle de stabilité. Pas son efficacité potentielle, donc.
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle que la date limite est une obligation réglementaire, pas un indicateur de dangerosité. Elle marque la fin de la période durant laquelle le fabricant a apporté les preuves scientifiques que son médicament reste conforme. Rien n’indique que, le lendemain, la molécule se dégrade brutalement.
Aux USA, le programme SLEP prouve la longévité des médicaments
À la fin des années 1980, le Département américain de la Défense et la Food and Drug Administration (FDA) a lancé le Shelf Life Extension Program (SLEP). L’objectif est d’évaluer la durée de vie réelle des médicaments stockés par l’armée, afin d’éviter un gaspillage colossal.
Selon les résultats, publiés notamment dans le Journal of Pharmaceutical Sciences :
- 88 % des lots testés restaient stables après leur date de péremption,
- avec une prolongation moyenne de 66 mois,
- certains conservant leur efficacité plus de 10 ans après.
Ces données concernent principalement les formes sèches : comprimés, gélules, poudres injectables non reconstituées. Leur stabilité s’explique par l’absence d’eau, facteur clé de dégradation chimique.
Péremption : certains médicaments ne supportent pas le temps
Les formes liquides : les plus fragiles
La généralisation serait dangereuse. La stabilité d’un médicament dépend de sa composition, de sa forme galénique (comprimé, gélule, sirop, collyre, crème, solution injectable, etc.) et de ses conditions de conservation.
Solutions buvables, sirops, suspensions, collyres… Leur teneur en eau favorise la dégradation, l’impact de la température et, dans certains cas, le risque de contamination microbienne. Les collyres, par exemple, ne doivent pas être utilisés au-delà de 28 jours après ouverture, même si la date limite est encore lointaine.
Insuline : une molécule particulièrement instable
L’insuline fait partie des médicaments qui ne tolèrent ni le dépassement de date ni les variations de température. Sa structure peptidique se détériore facilement, entraînant une baisse nette d’efficacité.
Une insuline périmée peut conduire à un déséquilibre glycémique important, voire à des complications aiguës. C’est pourquoi les autorités sanitaires sont catégoriques : on ne doit jamais utiliser d’insuline périmée, même en dépannage.
Auto-injecteurs d’adrénaline : une marge de sécurité insuffisante
Les stylos d’adrénaline (type EpiPen) nécessitent une précision absolue du dosage pour agir en urgence lors d’un choc allergique. Or, plusieurs analyses nord-américaines ont montré que les stylos périmés délivrent 40 à 70 % seulement de la dose prévue.
Dans une situation où chaque seconde compte, cette diminution peut compromettre la prise en charge. Ici, la règle est : jamais d’adrénaline périmée.
Un coût sanitaire, économique et écologique : le gaspillage français
Chaque année, la France élimine près de 12 000 tonnes de médicaments non utilisés, selon Cyclamed. Une partie non négligeable correspond à des boîtes encore intactes, parfois simplement jugées trop proches de leur date de péremption pour rester dans les circuits.
On estime que ce gaspillage représente entre 800 millions et 1 milliard d’euros par an. À cela s’ajoute une dimension environnementale souvent sous-estimée. Les médicaments collectés sont essentiellement incinérés, un procédé énergivore qui génère des émissions polluantes et sollicite des filières de traitement spécialisées.
Alors, peut-on prendre un médicament périmé ?
Sur le plan strictement scientifique, de nombreux médicaments, en particulier les comprimés et gélules, conservent une stabilité et une efficacité satisfaisantes au-delà de leur date de péremption. Mais la science ne se substitue pas à la réglementation, ni aux exigences de sécurité clinique.
La date inscrite sur la boîte demeure un repère officiel, et certains traitements perdent trop en puissance pour être utilisés sans risque. Les médicaments vitaux ou injectables, eux, ne doivent jamais être consommés après leur échéance.
Concrètement :
- Pour un antalgique périmé depuis peu, le risque reste faible et la diminution d’efficacité généralement limitée.
- Pour les molécules sensibles (insuline, adrénaline, solutions liquides) l’usage après la date est formellement proscrit.
Et en cas d’incertitude, demandez conseil à votre pharmacien, seul à même d’évaluer la situation en fonction du médicament concerné.
À SAVOIR
En France, les médicaments périmés doivent impérativement être rapportés en pharmacie, et non jetés à la poubelle. Le dispositif Cyclamed, agréé par les pouvoirs publics, permet de collecter et d’éliminer ces produits en toute sécurité, évitant ainsi leur dispersion dans l’environnement.







