Un homme consulte son médecin pour échapper aux fausses informations qui prolifèrent sur Internet.
Et vous, faites vous encore confiance à votre médecin ? © Freepik

Alors que les médecins et les chercheurs travaillent à diffuser des preuves scientifiques rigoureuses, de nombreux citoyens continuent d’être séduits par des messages alternatifs, parfois dépourvus de base factuelle. Pourquoi la vérité scientifique ne suffit-elle plus à convaincre ? Et quelles sont les conséquences pour notre système de soins ?

En France, une enquête dévoile que 47 % des personnes interrogées affirment avoir déjà été confrontées à une information fausse ou trompeuse dans le domaine de la santé. Parmi elles, 43 % déclarent avoir déjà agi d’après cette fausse information. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avertit que ces phénomènes « peuvent causer des dommages et représenter une menace pour la santé publique ».

En France, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) explique que la diffusion massive de messages non validés, combinée à la rapidité du numérique, crée un contexte où la publication d’articles destinés à démystifier des messages trompeurs peut paradoxalement contribuer à leur visibilité.

Depuis les traitements miracles présentés sur Internet jusqu’aux théories complotistes sur les vaccins ou les maladies infectieuses, les canaux sont nombreux, les cibles variées et les effets potentiels réels. Alors, pourquoi la parole scientifique ne parvient-elle pas toujours à s’imposer ?

Un écosystème de l’information transformé

Les réseaux sociaux, les plateformes de messagerie, les blogs, les chaînes vidéo… tous participent à une saturation informationnelle où l’on avance vite, on clique plus vite encore, on partage encore plus vite. Dans cette course, l’information médicale traditionnelle, souvent longue à produire, soumise à validation, parfois complexe, peut apparaître “lente”, “lourde”, “réservée aux spécialistes”.

Une enquête de l’Inserm souligne que la meilleure stratégie ne consiste pas toujours à courir après toutes les rumeurs, mais à réduire leur visibilité et à « favoriser la diffusion d’une information fiable et validée ».

Des changements profondément humain

Par ailleurs, des mécanismes humains entrent en jeu. L’être humain cherche du sens, aime que les explications soient simples, directes, rassurantes. Une information qui suscite de l’émotion (peur, colère, mystère) aura plus de chance d’être mémorisée et partagée. Dans un contexte d’incertitude sanitaire, les voix qui défient l’autorité ou promettent des solutions simples rencontrent un terrain favorable.

Le sondage mené pour Harmonie Mutuelle / Inserm révèle que 66 % des Français estiment que le domaine de la santé est particulièrement exposé aux fausses informations.

Parmi ceux qui ont été confrontés à des fake news santé, 43 % déclarent y avoir déjà réagi. Cela suggère que l’impact ne reste pas théorique, il agit sur les comportements.

Santé publique : une confiance fragilisée

Les professionnels de santé sont toujours des acteurs majeurs dans l’information, mais leur position a changé. Le citoyen ne croit plus automatiquement plus que le docteur dit vrai. Des évolutions rapides de la science, des incertitudes plus visibles, une communication parfois mal perçue.

Cet affaiblissement de la confiance rend possible le glissement vers des sources alternatives, ressenties comme plus proches, plus accessibles, plus personnelles.

Si près de la moitié des Français disent avoir déjà croisé une infox santé, et près d’un sur deux des exposés ont déjà modulé une décision à cause de celle-ci, on devine l’ampleur.

Cela signifie que des patients peuvent retarder un traitement, refuser une intervention, utiliser un « remède maison » non validé. Ces comportements ont un coût pour l’individu, mais aussi pour le système de soins.

À plus grande échelle, la désinformation fragilise les campagnes de prévention, crée des hésitations vaccinales, ralentit l’adhésion aux recommandations. Elle fragilise la confiance collective et dans un contexte épidémique, cette confiance est un facteur de santé publique majeur.

Mieux informer, oui, mais autrement

Il ne suffit pas de dire la vérité, encore faut-il la rendre crédible, lisible, adaptée au public. L’Inserm suggère de favoriser la diffusion d’une information de qualité plutôt que de courir après chaque rumeur.

Cela implique de retravailler le format (vidéos courtes, infographies), d’utiliser les canaux que le public utilise, de parler un langage clair sans jargon inutile.

Restaurer la confiance au niveau individuel

Les soignants ont un rôle primordial. Le dialogue, l’écoute, la reconnaissance des doutes, l’explication des incertitudes peuvent aider à reconstruire un lien. Cela demande du temps, un luxe rare dans un cabinet ou une officine, mais c’est un investissement qui rapporte.

De plus, la littératie en santé, c’est-à-dire la capacité à analyser l’information, à comprendre les sources, à poser des questions, est un levier essentiel. Cela commence dans l’école, chez le jeune adulte, dans la formation aux médias.

 

À SAVOIR

Une enquête européenne de 2024 met en évidence que les seniors (65 ans et plus) figurent parmi les populations les plus exposées à la désinformation en santé du fait de faibles compétences numériques et d’un usage accru d’Internet pour la santé.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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