
Yannick Neuder, l’ex-ministre de la Santé, a annoncé sur X le futur remboursement du dépistage de l’exposition au cadmium en laboratoire de ville, sur prescription médicale. Jusqu’ici réservé à certains contextes hospitaliers, ce test pourrait devenir plus accessible dans les prochains mois. Mais pourquoi élargir ce dépistage aujourd’hui ? Sommes-nous déjà tous contaminés au cadmium ? Le point.
Jusqu’à présent, le dépistage de l’exposition au cadmium, un métal lourd toxique, était principalement réalisé à l’hôpital, dans des situations ciblées, le plus souvent liées à des expositions professionnelles. Mais cette approche est en train de changer.
En juin 2025, Yannick Neuder, alors Ministre chargé de la Santé, avait annoncé vouloir étendre le remboursement de ce dépistage à la médecine de ville pour les personnes à risque, comme c’est déjà le cas à l’hôpital. Une évolution motivée par une exposition au cadmium jugée élevée, notamment via l’alimentation, en lien avec l’utilisation d’engrais phosphatés en agriculture.
Un an plus tard, la mesure se concrétise. « C’est désormais en passe de devenir réalité. L’Assurance maladie et les syndicats de biologie médicale ont conclu un accord sur le tarif de ce test. La Haute Autorité de santé avait aussi recommandé une prise en charge de longue date », a indiqué Yannick Neuder sur le réseau X (ex Twitter).
Dans les prochains mois, ce dépistage devrait ainsi être accessible en laboratoire de ville, sur prescription médicale, via un simple prélèvement urinaire.
Cadmium : d’où vient ce métal lourd ?
Le cadmium est un métal naturellement présent dans l’environnement, mais dont la concentration a fortement augmenté avec les activités humaines, notamment industrielles et agricoles.
Classé cancérogène certain pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer, il est aussi reconnu pour ses effets toxiques sur :
- les reins
- les os
- le système cardiovasculaire
Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’exposition chronique au cadmium constitue aujourd’hui la principale source d’inquiétude.
Car contrairement à d’autres polluants, le cadmium s’accumule dans l’organisme. Une fois absorbé, il est très peu éliminé. Sa demi-vie (le temps nécessaire pour que sa concentration diminue de moitié) peut atteindre plusieurs décennies.
Cadmium : sommes-nous tous contaminés ?
Une exposition qui passe surtout… par l’assiette
Longtemps associé aux milieux industriels, le cadmium dépasse aujourd’hui le seul cadre professionnel. L’alimentation en est devenue la principale source d’exposition.
Selon l’ANSES, la majorité de l’exposition des Français au cadmium provient des aliments du quotidien, en particulier :
- les céréales et produits céréaliers (pain, pâtes, riz)
- les pommes de terre
- les légumes
- certains fruits de mer
Cette présence s’explique par la contamination des sols agricoles, en partie liée à l’utilisation d’engrais phosphatés, qui contiennent naturellement du cadmium. Les cultures l’absorbent ensuite par leurs racines, ce qui entraîne sa diffusion tout au long de la chaîne alimentaire.
Les Français particulièrement concernés
D’après l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, près de la moitié de la population française présente des niveaux d’exposition au cadmium supérieurs aux valeurs de référence, avec une imprégnation observée à tous les âges, y compris chez les enfants.
L’ANSES souligne par ailleurs que certaines populations sont plus à risque :
- les enfants, en raison de leur poids et de leurs habitudes alimentaires
- les fumeurs, le tabac étant une source importante de cadmium
- les personnes ayant une alimentation riche en produits végétaux contaminés par les sols agricoles
Ce métal, très peu éliminé par l’organisme, est classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Dans ce contexte, la Haute Autorité de santé recommande depuis 2024 un dépistage ciblé, notamment pour les personnes vivant dans des zones où les sols sont contaminés.
Remboursement du dépistage : le signe d’un problème déjà bien installé ?
Un remboursement encadré et sous surveillance sanitaire
Un cadre précis a toutefois été fixé pour ce futur remboursement, avec à la fois des modalités financières et des garde-fous. « Un accord a été trouvé mi-mars, dans le cadre de la commission de hiérarchisation des actes de biologie médicale », a indiqué à l’AFP François Blanchecotte, président du syndicat SDBIO. Concrètement, le dispositif prévoit :
- un tarif fixé à 27,50 euros pour le dosage du cadmium (sanguin ou urinaire)
- une prise en charge à 60 % par l’Assurance maladie
- un complément à 40 % par les mutuelles
Mais ce déploiement restera encadré. Les syndicats et l’Assurance maladie ont introduit une limite : si le nombre de dépistages du cadmium dépasse celui du plomb, ils devront se réunir pour revoir, et possiblement diminuer, le tarif du test.
L’accord doit encore franchir plusieurs étapes avant son application, notamment une validation par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam), puis une publication au Journal officiel, attendue dans un délai de deux à trois mois selon le syndicat SNMB.
Pourquoi rembourser le dépistage maintenant ?
Rembourser un dépistage, ce n’est pas seulement faciliter un acte médical. C’est reconnaître que :
- le risque existe à une échelle significative
- il mérite d’être identifié chez les individus
- il peut nécessiter un suivi ou des mesures de prévention
En rendant ce test accessible en ville, les autorités permettent aux médecins de mieux repérer les personnes les plus exposées, notamment celles présentant des facteurs de risque ou des signes cliniques évocateurs.
Le test repose généralement sur une analyse d’urine, qui permet d’évaluer la charge corporelle en cadmium. Il s’agit d’un marqueur de l’exposition chronique, et non d’une exposition récente ponctuelle.
À SAVOIR
Une exposition élevée au cadmium peut entraîner des effets graves sur la santé. Au début du XXe siècle, la maladie Itai-itai (« aïe-aïe ») apparaît au Japon, avec des douleurs osseuses intenses, des fractures spontanées et des atteintes rénales.
Pendant des décennies, son origine est restée inconnue, avant que les autorités japonaises ne reconnaissent officiellement en 1968 que le cadmium était à l’origine de cette maladie.







