Un agriculteur qui cultive du blé sur des sols contaminés au cadmium.
La proportion d’adultes dépassant les seuils critiques de cadmium atteint désormais 47,6 % et poursuit sa progression. © Freepik

Yannick Neuder, l’ex-ministre de la Santé, a annoncé sur X le futur remboursement du dépistage de l’exposition au cadmium en laboratoire de ville, sur prescription médicale. Jusqu’ici réservé à certains contextes hospitaliers, ce test pourrait devenir plus accessible dans les prochains mois. Mais pourquoi élargir ce dépistage aujourd’hui ? Sommes-nous déjà tous contaminés au cadmium ? Le point. 

Jusqu’à présent, le dépistage de l’exposition au cadmium, un métal lourd toxique, était principalement réalisé à l’hôpital, dans des situations ciblées, le plus souvent liées à des expositions professionnelles. Mais cette approche est en train de changer.

En juin 2025, Yannick Neuder, alors Ministre chargé de la Santé, avait annoncé vouloir étendre le remboursement de ce dépistage à la médecine de ville pour les personnes à risque, comme c’est déjà le cas à l’hôpital. Une évolution motivée par une exposition au cadmium jugée élevée, notamment via l’alimentation, en lien avec l’utilisation d’engrais phosphatés en agriculture.

Un an plus tard, la mesure se concrétise. « C’est désormais en passe de devenir réalité. L’Assurance maladie et les syndicats de biologie médicale ont conclu un accord sur le tarif de ce test. La Haute Autorité de santé avait aussi recommandé une prise en charge de longue date », a indiqué Yannick Neuder sur le réseau X (ex Twitter).

Dans les prochains mois, ce dépistage devrait ainsi être accessible en laboratoire de ville, sur prescription médicale, via un simple prélèvement urinaire.

Le cadmium est un métal naturellement présent dans l’environnement, mais dont la concentration a fortement augmenté avec les activités humaines, notamment industrielles et agricoles.

Classé cancérogène certain pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer, il est aussi reconnu pour ses effets toxiques sur :

  • les reins
  • les os
  • le système cardiovasculaire

Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’exposition chronique au cadmium constitue aujourd’hui la principale source d’inquiétude.

Car contrairement à d’autres polluants, le cadmium s’accumule dans l’organisme. Une fois absorbé, il est très peu éliminé. Sa demi-vie (le temps nécessaire pour que sa concentration diminue de moitié) peut atteindre plusieurs décennies.

Une exposition qui passe surtout… par l’assiette

Longtemps associé aux milieux industriels, le cadmium dépasse aujourd’hui le seul cadre professionnel. L’alimentation en est devenue la principale source d’exposition.

Selon l’ANSES, la majorité de l’exposition des Français au cadmium provient des aliments du quotidien, en particulier :

Cette présence s’explique par la contamination des sols agricoles, en partie liée à l’utilisation d’engrais phosphatés, qui contiennent naturellement du cadmium. Les cultures l’absorbent ensuite par leurs racines, ce qui entraîne sa diffusion tout au long de la chaîne alimentaire.

Les Français particulièrement concernés

D’après l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, près de la moitié de la population française présente des niveaux d’exposition au cadmium supérieurs aux valeurs de référence, avec une imprégnation observée à tous les âges, y compris chez les enfants. 

L’ANSES souligne par ailleurs que certaines populations sont plus à risque :

Ce métal, très peu éliminé par l’organisme, est classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Dans ce contexte, la Haute Autorité de santé recommande depuis 2024 un dépistage ciblé, notamment pour les personnes vivant dans des zones où les sols sont contaminés.

Un remboursement encadré et sous surveillance sanitaire

Un cadre précis a toutefois été fixé pour ce futur remboursement, avec à la fois des modalités financières et des garde-fous. « Un accord a été trouvé mi-mars, dans le cadre de la commission de hiérarchisation des actes de biologie médicale », a indiqué à l’AFP François Blanchecotte, président du syndicat SDBIO. Concrètement, le dispositif prévoit :

  • un tarif fixé à 27,50 euros pour le dosage du cadmium (sanguin ou urinaire)
  • une prise en charge à 60 % par l’Assurance maladie
  • un complément à 40 % par les mutuelles

Mais ce déploiement restera encadré. Les syndicats et l’Assurance maladie ont introduit une limite : si le nombre de dépistages du cadmium dépasse celui du plomb, ils devront se réunir pour revoir, et possiblement diminuer, le tarif du test. 

L’accord doit encore franchir plusieurs étapes avant son application, notamment une validation par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam), puis une publication au Journal officiel, attendue dans un délai de deux à trois mois selon le syndicat SNMB.

Pourquoi rembourser le dépistage maintenant ?

Rembourser un dépistage, ce n’est pas seulement faciliter un acte médical. C’est reconnaître que :

  1. le risque existe à une échelle significative
  2. il mérite d’être identifié chez les individus
  3. il peut nécessiter un suivi ou des mesures de prévention

En rendant ce test accessible en ville, les autorités permettent aux médecins de mieux repérer les personnes les plus exposées, notamment celles présentant des facteurs de risque ou des signes cliniques évocateurs.

Le test repose généralement sur une analyse d’urine, qui permet d’évaluer la charge corporelle en cadmium. Il s’agit d’un marqueur de l’exposition chronique, et non d’une exposition récente ponctuelle.

À SAVOIR 

Une exposition élevée au cadmium peut entraîner des effets graves sur la santé. Au début du XXe siècle, la maladie Itai-itai (« aïe-aïe ») apparaît au Japon, avec des douleurs osseuses intenses, des fractures spontanées et des atteintes rénales. 

Pendant des décennies, son origine est restée inconnue, avant que les autorités japonaises ne reconnaissent officiellement en 1968 que le cadmium était à l’origine de cette maladie.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentPhtalates : ces plastiques du quotidien sont dangereux pour les bébés
Article suivantContamination au cadmium : “nous sommes très, très inquiets pour l’avenir”
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici