Un enfant qui mange des pâtes contaminées par du cadmium.
Selon l’Anses, les populations les plus exposées au cadmium en France sont les jeunes enfants et les femmes en âge de procréer, en raison de leur consommation alimentaire et de leur vulnérabilité physiologique. © Freepik

Longtemps ignoré du grand public, le cadmium s’impose aujourd’hui comme un enjeu de santé publique. Ce métal lourd, présent dans nos sols et nos assiettes, est classé cancérogène certain. Il s’accumule dans notre organisme pendant des décennies. Et les enfants sont en première ligne. On vous explique. 

Pain, pâtes, pommes de terre… Voilà une liste d’aliments rassurants, presque anodins. Et pourtant, tous peuvent contenir du cadmium, ce métal toxique qui inquiète de plus en plus les professionnels de santé.

Le cadmium, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’ampleur de l’exposition alimentaire. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), la majorité des Français y sont exposés sans le savoir, parfois au-delà des seuils recommandés. Un tiers des enfants de moins de 3 ans en consommeraient même trop. Ce constat, relayé dans plusieurs enquêtes récentes (Le Monde, Reporterre, France Info), a poussé les médecins à tirer la sonnette d’alarme.

D’où vient ce métal, et comment arrive-t-il dans notre assiette ?

Le cadmium est naturellement présent dans l’environnement, mais il est surtout introduit par l’agriculture. Les engrais phosphatés, utilisés massivement sur nos terres agricoles, en sont composés. Certains, notamment ceux importés du Maroc, sont riches en cadmium. Alors, les sols se contaminent, les plantes absorbent… et l’homme consomme.

C’est ainsi que ce métal se retrouve dans les produits les plus courants : céréales, légumes racines, légumes à feuilles, fruits de mer. Et ce n’est pas une contamination ponctuelle. Le cadmium s’accumule dans le corps, en particulier dans les reins, le foie et les os pendant 20 à 30 ans. Une toxicité chronique, donc, insidieuse et difficile à détecter.

Quels sont les dangers du cadmium dans l’alimentation ?

Une fois dans notre organisme, le cadmium ne fait pas qu’un simple passage. Il s’installe. Principalement dans les reins, le foie et les os, il peut y rester entre 20 et 30 ans. Cette longévité biologique est ce qui inquiète le plus les chercheurs. Même de faibles doses répétées au fil des années finissent par créer une charge toxique capable d’altérer notre santé.

Le cadmium est aujourd’hui classé cancérogène certain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il est notamment lié à des cancers du pancréas, du rein et de la prostate. Mais son action ne s’arrête pas là. Il fragilise les os, perturbe le fonctionnement rénal et interfère avec le système hormonal. Chez les enfants, il pourrait également jouer un rôle dans des retards de croissance ou des troubles du développement. Selon l’Anses, un tiers des enfants de moins de 3 ans en France dépassent la dose hebdomadaire tolérable.

Une alerte sanitaire ignorée pendant trop longtemps

Début juin 2025, plusieurs médecins libéraux ont publié une lettre ouverte au gouvernement, relayée par Le Monde et France Info. Ils y dénoncent une “bombe sanitaire silencieuse” et appellent à des mesures immédiates :

  • Réduction des teneurs autorisées en cadmium dans les engrais.
  • Renforcement des contrôles sur les produits alimentaires.
  • Promotion de l’agriculture biologique, moins exposée.
  • Campagnes de sensibilisation, en particulier auprès des jeunes parents.

Ce n’est pas faute d’alerter. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) propose depuis 2021 de réduire la teneur maximale en cadmium dans les engrais phosphatés à 20 mg/kg. Pourtant, certains engrais utilisés en France en contiennent encore jusqu’à 60 mg/kg.

Nos habitudes alimentaires doivent-elles changer ?

Si la situation est préoccupante, elle n’est pas sans issue. La première étape pour réduire l’exposition passe par le choix des aliments. 

  • Manger varié permet d’éviter les concentrations excessives d’un seul contaminant.
  • Privilégier les produits issus de l’agriculture biologique est également recommandé : ces cultures n’utilisent pas d’engrais phosphatés riches en cadmium.

Autre facteur majeur souvent oublié : le tabac. Le cadmium est naturellement présent dans les feuilles de tabac, ce qui fait du tabagisme une source d’exposition particulièrement élevée. Enfin, mieux s’informer sur la provenance des aliments, privilégier les circuits courts, et soutenir une agriculture moins dépendante des intrants chimiques.

À SAVOIR

L’étude nationale ESTEBAN, menée entre 2014 et 2016, a révélé que près de la moitié des adultes en France présentent des niveaux de cadmium dans l’urine supérieurs aux valeurs recommandées par l’Anses.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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