
Invisible, sans goût ni odeur, le cadmium s’invite dans notre quotidien sans qu’on s’en rende compte, niché dans le pain, les pâtes ou les céréales. Ce métal cancérogène est aujourd’hui présent en quantités croissantes dans l’alimentation des Français. Un motif de préoccupation pour les scientifiques.
Certains préjugés ont la dent dure. La preuve ? Les aliments les plus anodins, voire même ceux que l’on associe volontiers à une alimentation simple et équilibrée, sont devenus l’une des principales sources d’exposition au cadmium en France. C’est le principal enseignement de plusieurs études menées en France et au niveau européen.
Au banc des accusés, le cadmium, un métal lourd naturellement présent dans l’environnement, mais dont la concentration a fortement augmenté sous l’effet des activités humaines, notamment agricoles. Il se fixe dans les sols, est absorbé par les plantes, puis se retrouve dans la chaîne alimentaire.
Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’alimentation constitue la principale source d’exposition au cadmium pour la population générale non fumeuse. En France, cette exposition est aujourd’hui jugée préoccupante.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) alerte régulièrement sur ce sujet. Dans ses travaux, elle souligne que les produits céréaliers, en particulier ceux à base de blé, figurent parmi les principaux contributeurs à l’exposition alimentaire au cadmium.
Pain, pâtes, biscuits, céréales du petit-déjeuner… Autant d’aliments consommés quotidiennement, parfois plusieurs fois par jour, qui constituent ainsi de véritables “nids à cadmium”.
Du champ à l’assiette : comment le cadmium s’infiltre partout ?
Petit rappel. Le cadmium est présent naturellement dans certaines roches, mais sa concentration a été amplifiée par l’usage d’engrais phosphatés. Ces fertilisants, utilisés pour améliorer les rendements agricoles, contiennent souvent du cadmium en quantité variable.
Au fil des années, ce métal s’accumule dans les terres cultivées. Les plantes, notamment les céréales comme le blé, l’absorbent par leurs racines. Ainsi, la farine, puis tous les produits qui en sont issus, en contiennent à leur tour.
L’Anses précise que les végétaux sont particulièrement concernés, car ils constituent un vecteur direct entre le sol et l’alimentation humaine. Contrairement à d’autres contaminants, le cadmium ne disparaît pas à la cuisson ni lors de la transformation des aliments.
Une exposition massive, mais peu visible
Selon les données de biosurveillance analysées par Santé publique France (programme Esteban), le cadmium est détecté dans l’organisme de la quasi-totalité de la population française.
Les niveaux observés varient selon les habitudes alimentaires et le mode de vie, mais ils témoignent d’une exposition généralisée.
Plus inquiétant encore, une part significative de la population dépasse les seuils toxicologiques recommandés. L’EFSA a fixé une dose hebdomadaire tolérable (DHT) à 2,5 microgrammes par kilogramme de poids corporel.
Or, certains groupes, notamment les enfants et les grands consommateurs de produits céréaliers, peuvent s’en approcher, voire la dépasser.
Cette exposition chronique ne provoque pas de symptômes immédiats. Elle s’installe lentement, au fil des repas, ce qui contribue à son invisibilité.
Le cadmium, un métal qui s’accumule dans le corps
Le cadmium ne se contente pas de traverser l’organisme. Il s’y installe durablement. Après ingestion, il est partiellement absorbé par l’intestin, puis transporté vers différents organes, en particulier les reins et le foie.
Et ce métal a la particularité de s’éliminer très lentement. Selon l’Anses, il peut y rester entre 10 et 30 ans. Cela signifie que même de faibles doses, répétées quotidiennement, peuvent conduire à une accumulation progressive.
Le cadmium est classé cancérogène certain pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il est également associé à :
- des atteintes rénales,
- une fragilisation osseuse (ostéoporose),
- des troubles du système reproducteur.
Ces effets apparaissent généralement après une exposition prolongée, ce qui renforce l’idée d’une “bombe à retardement” sanitaire.
Les aliments du quotidien en première ligne
Tous les aliments ne contribuent pas de la même manière à l’exposition. En France, les principales sources alimentaires de cadmium identifiées par l’Anses sont donc :
- les produits céréaliers (pain, pâtes, biscuits, céréales),
- les pommes de terre,
- certains légumes.
Les produits céréaliers occupent une place centrale parce que leur consommation est élevée et régulière. Même si leur teneur individuelle en cadmium reste généralement faible, leur poids dans l’alimentation quotidienne en fait un contributeur majeur.
Chez les enfants, cette exposition est particulièrement surveillée. Leur consommation proportionnellement plus élevée de certains produits (comme les céréales du petit-déjeuner) et leur poids corporel plus faible les rendent plus vulnérables.
Tabac et alimentation : des expositions qui se cumulent
Si l’alimentation est la principale source pour la majorité de la population, elle n’est pas la seule.
Le tabac constitue une source importante de cadmium. La plante de tabac absorbe naturellement le cadmium présent dans les sols. Lorsqu’une cigarette est fumée, ce métal est libéré dans la fumée et inhalé. Il passe alors directement dans les poumons, puis dans le sang, ce qui en fait une voie d’exposition particulièrement efficace.
Les fumeurs présentent généralement des concentrations sanguines plus élevées que les non-fumeurs, comme le montrent les données de Santé publique France.
Cadmium : peut-on vraiment s’en protéger ?
Face à un contaminant aussi diffus, les marges de manœuvre individuelles restent limitées. Pas question de supprimer les céréales, essentielles à l’équilibre alimentaire. En revanche, varier son alimentation peut aider à réduire l’exposition.
Quelques réflexes simples :
- alterner les sources de féculents
- diversifier les céréales
- intégrer davantage de légumineuses
En résumé, l’objectif n’est pas d’éliminer le risque, mais d’éviter de l’accumuler toujours au même endroit. À méditer avant de faire vos courses…
À SAVOIR
Le cadmium peut être plus facilement absorbé par l’organisme en cas de carence en certains nutriments essentiels. Selon l’Anses, un apport insuffisant en fer, en calcium ou en zinc favorise son passage dans le sang au niveau intestinal.







