
Selon le bilan annuel publié le lundi 18 mai 2026 par Santé publique France, 873 cas de rougeole ont été recensés dans l’Hexagone en 2025, soit une hausse de 80 % par rapport à 2024. Sept décès ont été signalés et plus de 300 personnes ont dû être hospitalisées. Mais comment expliquer une telle flambée ?
Alors que la rougeole avait fortement reculé en France au cours des dernières décennies grâce à la vaccination, les autorités sanitaires observent aujourd’hui une nette reprise de la circulation du virus. Le bilan publié le 18 mai 2026 par Santé publique France fait état de 873 cas recensés en 2025, contre 484 en 2024, soit une augmentation de 80 % en un an. Plusieurs centaines de patients ont été hospitalisés et sept décès ont été signalés.
Cette hausse s’inscrit dans un contexte plus large de recrudescence de la rougeole en Europe et dans le monde. L’OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) alertent depuis plusieurs mois sur la reprise des foyers épidémiques dans plusieurs pays, favorisée notamment par des couvertures vaccinales insuffisantes dans certaines populations.
Car contrairement à une idée encore largement répandue, la rougeole n’est pas une maladie bénigne. Extrêmement contagieuse, cette infection virale peut entraîner des complications pulmonaires, neurologiques ou inflammatoires parfois graves, en particulier chez les nourrissons, les personnes immunodéprimées et certains adultes non ou insuffisamment vaccinés.
Rougeole : une maladie extrêmement contagieuse
La rougeole est provoquée par un virus respiratoire qui se transmet par l’air, notamment lorsqu’une personne infectée tousse, éternue ou parle. Selon l’OMS, une seule personne malade peut contaminer jusqu’à 15 à 20 personnes non immunisées autour d’elle.
À titre de comparaison, c’est bien plus contagieux que la grippe ou même que de nombreux variants du Covid-19. Le problème, c’est que le virus peut aussi se transmettre avant même l’apparition des boutons caractéristiques. Il circule donc souvent discrètement avant d’être identifié.
Les symptômes commencent généralement par :
- une forte fièvre ;
- une grande fatigue ;
- une toux ;
- un nez qui coule ;
- une conjonctivite ;
- puis une éruption cutanée rouge quelques jours plus tard.
Dans la majorité des cas, la maladie guérit. Mais elle peut aussi entraîner des complications sévères, parfois mortelles.
Rougeole : le nombre de cas a explosé en France en 2025
Sept décès et des centaines d’hospitalisations
Le bilan publié par Santé publique France montre justement que l’année 2025 a été marquée par plusieurs formes graves.
Selon l’agence sanitaire :
- 319 personnes ont été hospitalisées ;
- 15 patients ont été admis en réanimation ;
- 121 cas ont présenté des complications ;
- sept décès ont été recensés.
Parmi ces morts, Santé publique France précise que quatre concernaient des adultes immunodéprimés ayant contracté une rougeole en 2025. Les autres décès correspondent à des infections antérieures ou à des situations complexes déjà suivies médicalement.
Les complications les plus fréquentes restent les pneumopathies, c’est-à-dire des infections pulmonaires parfois très sévères. Mais la rougeole peut également provoquer des atteintes neurologiques rares, comme des encéphalites, qui peuvent laisser des séquelles importantes.
Chez les nourrissons, les femmes enceintes ou les personnes fragiles immunitairement, le risque augmente nettement.
Rougeole : pourquoi les cas repartent-ils à la hausse ?
D’abord, la vaccination reste insuffisante dans certaines classes d’âge. Pour stopper efficacement la circulation du virus, les autorités sanitaires estiment qu’il faut atteindre au moins 95 % de couverture vaccinale avec deux doses.
Or, selon Santé publique France, cette couverture demeure incomplète chez certains adolescents et jeunes adultes nés avant le renforcement des politiques vaccinales.
Beaucoup de personnes pensent être protégées alors qu’elles n’ont reçu qu’une seule dose, ou ignorent totalement leur statut vaccinal.
Aussi, depuis la pandémie de Covid-19, plusieurs pays européens ont observé des retards de vaccination et une baisse du suivi médical préventif. L’OMS et l’UNICEF alertent d’ailleurs depuis plusieurs années sur le risque de “retour” de maladies évitables par la vaccination.
Et la France n’est pas isolée. L’ECDC observe depuis 2024 une augmentation des foyers de rougeole dans plusieurs pays européens, notamment en Roumanie, en Italie, en Belgique ou encore en Allemagne.
Des adolescents et des adultes de plus en plus touchés
Contrairement à l’image d’une maladie strictement infantile, la rougeole touche désormais aussi de nombreux adolescents et adultes. Selon Santé publique France, l’âge médian des cas recensés en 2025 était de 16,7 ans. Les jeunes de 15 à 19 ans représentaient à eux seuls 12 % des cas déclarés, tandis que les adultes de 40 ans et plus comptaient pour 14 % des contaminations recensées.
Cette évolution inquiète particulièrement les infectiologues, car les formes graves sont généralement plus fréquentes chez les adultes. Pneumonies sévères, complications neurologiques, hospitalisations longues… Plus l’infection survient tardivement, plus le risque de complications augmente.
Les données de Santé publique France montrent d’ailleurs qu’en 2025, 35 à 36 % des personnes contaminées ont dû être hospitalisées. Quinze patients ont été admis en réanimation et plus de 120 complications ont été recensées, principalement des pneumopathies.
Pendant longtemps, beaucoup de familles considéraient encore la rougeole comme une sorte de “passage obligé” de l’enfance. Aujourd’hui, les spécialistes rappellent au contraire qu’il s’agit d’une infection potentiellement grave, y compris dans des pays disposant d’un système de santé performant.
De nombreux adultes ignorent encore qu’ils ne sont pas correctement vaccinés. Selon Santé publique France, parmi les personnes qui auraient dû être vaccinées et dont le statut vaccinal était connu, près des deux tiers étaient non vaccinées ou incomplètement vaccinées.
Rougeole : le vaccin reste l’arme principale
Face à cette reprise épidémique, les autorités sanitaires rappellent que la vaccination demeure le moyen le plus efficace pour éviter les formes graves et limiter la circulation du virus.
En France, le vaccin contre la rougeole est administré via le vaccin ROR, qui protège également contre les oreillons et la rubéole. Le calendrier vaccinal prévoit :
- une première dose à 12 mois ;
- une seconde dose entre 16 et 18 mois.
Pour les personnes nées après 1980, deux doses sont aujourd’hui recommandées si elles n’ont jamais eu la maladie.
Selon la Haute Autorité de santé (HAS), le vaccin ROR présente une très forte efficacité après deux injections. Les autorités sanitaires recommandent aussi de vérifier son carnet de vaccination avant un voyage, notamment dans les zones où le virus circule activement.
À SAVOIR
Le virus de la rougeole peut rester en suspension dans l’air jusqu’à deux heures après le passage d’une personne infectée dans une pièce. Autrement dit, il est possible d’être contaminé sans avoir croisé directement le malade, simplement en entrant ensuite dans le même espace mal ventilé.







