Une personne ressentant des douleurs urinaires et se tenant au niveau des parties génitales, suspectant des symptômes potentiels du cancer de l'urètre.
Le cancer de l'urètre est une tumeur rare des vоies urinaires qui se fоrme dans la muqueuse urétrale et peut peu à peu gêner l'évacuatiоn nоrmale des urines. ©krakenimages.com / Freepik

Brûlures lors des mictions, présence de sang dans les urines, besoin fréquent d’uriner… Si ces symptômes indiquaient autre chоse qu’une simple infectiоn urinaire ? Le cancer de l’urètre est une maladie rare. Cependant, il peut progressivement affecter l’ensemble du système urinaire. Comment identifier les signes de cette tumeur des voies urinaires ? Quels sont les facteurs de risque et les traitements possibles ? Explications.

Brûlures quand vous allez aux toilettes, présence de sang dans les urines, besoin fréquent d’uriner ou sensation de gêne persistante dans le bas-ventre… Ces symptômes sont souvent liés à une cystite, une infection urinaire ou une hyperplasie bénigne de la prostate (un gonflement de la prostate). Cependant, dans de rares cas, ils peuvent révéler un cancer de l’urètre.

Ce type de cancer urologique reste extrêmement rare comparé au cancer de la vessie ou à celui de la prostate. Selon les experts (urologues et oncologues), il représente une part très faible des cancers des voies urinaires.

Les tumeurs urétrales constituent d’ailleurs moins de 1 % des cancers urogénitaux diagnostiqués. En France, leur incidence est estimée à environ un à deux cas pour 100 000 habitants chaque année. Cette rareté explique pourquoi le diagnostic est parfois posé tardivement. Les premiers signes peuvent être invisibles, intermittents et facilement confondus avec des troubles urinaires courants.

Pourtant, l’urètre est un organe essentiel au système urinaire. Ce petit conduit permet l’évacuation de l’urine depuis la vessie vers l’extérieur du corps. Chez les hommes, il traverse la prostate et le pénis et mesure environ vingt centimètres.

Chez la femme, il est beaucoup plus court, environ quatre centimètres, et situé près du vagin. Lorsqu’une tumeur urétrale se développe, elle peut peu à peu perturber tout le mécanisme de la miction (terme médical utilisé pour désigner l’action d’uriner).

Le cancer de l’urètre correspond au développement de cellules cancéreuses dans la muqueuse urétrale. Ces cellules tumorales prolifèrent de manière anormale et finissent par former une tumeur capable d’envahir les tissus voisins.

Certaines tumeurs restent localisées au début de la maladie. D’autres deviennent plus agressives et peuvent atteindre les structures voisines comme la vessie, la prostate, le vagin, les ganglions lymphatiques ou les tissus du périnée. Les médecins distinguent plusieurs formes de cancers urétraux selon le type de cellules touchées.

  • Carcinome épidermoïde : forme de cancer qui se développe à partir des cellules de la muqueuse interne de l’urètre. Il s’agit de l’une des formes les plus fréquentes de cancer urétral.
  • Adénocarcinome : tumeur qui prend naissance dans les cellules glandulaires présentes autour de l’urètre ou dans certaines glandes urinaires.
  • Mélanome primitif de l’urètre : forme très rare et particulièrement agressive de cancer développée à partir des cellules pigmentaires appelées mélanocytes.
  • Tumeur localisée : cancer limité uniquement à l’urètre au début de la maladie, sans extension aux organes voisins.
  • Tumeur invasive : forme plus avancée capable d’envahir les tissus proches comme la vessie, la prostate, le vagin, le périnée ou les ganglions lymphatiques.
  • Cancer associé à une inflammation chronique : certaines irritations prolongées de l’urètre, comme les infections urinaires répétées, les inflammations chroniques ou les sténoses urétrales, peuvent favoriser l’apparition de cellules cancéreuses.
  • Cancer secondaire chez les patients urologiques à risque : les médecins observent un risque plus élevé chez les personnes ayant déjà souffert d’un cancer de la vessie ou présentant des antécédents urologiques importants.

Le problème du cancer de l’urètre réside dans des symptômes souvent similaires à ceux d’une infection urinaire classique ou d’un trouble prostatique bénin.

Le signe le plus fréquent reste la présence de sang dans les urines, aussi appelée hématurie. Cette hématurie peut être visible à l’œil nu ou détectée uniquement lors d’une analyse urinaire. Lorsque vous allez aux toilettes, vous pourriez également remarquer quelques gouttes de sang au niveau du méat urinaire, et cela peut se produire même en dehors des moments où vous allez aux toilettes.

Des brûlures urinaires, une gêne pendant la miction ou une sensation de vidange incomplète de la vessie peuvent également apparaître. Certains patients ressentent une douleur pelvienne ou une gêne dans le bas-ventre.

Chez l’homme, un écoulement urétral inhabituel ou une douleur au niveau du pénis peut survenir. Chez la femme, la tumeur peut provoquer des douleurs vaginales, des troubles urinaires persistants ou une incontinence urinaire. Certaines patientes peuvent même percevoir une excroissance au niveau de l’urètre.

Lorsque la tumeur progresse, elle peut entraîner une obstruction urinaire. L’urine circule alors difficilement dans les voies urinaires, ce qui peut provoquer une rétention urinaire ou une insuffisance rénale si les reins sont touchés. Le jet urinaire peut devenir plus faible, dévié ou interrompu.

Dans certaines formes avancées, des ganglions peuvent apparaître dans la région pelvienne (bas-ventre, c’est-à-dire toute la zone située à l’intérieur de la cuvette osseuse du bassin entre les os des hanches), ou inguinale (pli de l’aine, la ligne de jonction exacte où le bas du ventre s’attache au haut de la cuisse).

Le cancer de l’urètre n’est pas une maladie contagieuse. Il ne s’attrape pas comme une infection bactérienne classique.

Plusieurs facteurs de risque peuvent favoriser les anomalies cellulaires au niveau de la muqueuse urétrale (une fine peau humide). Les inflammations chroniques jouent un rôle important. Des infections des voies urinaires répétées, une urétrite chronique ou certaines irritations prolongées augmentent le risque de transformation cancéreuse.

Certaines infections sexuellement transmissibles chroniques, notamment liées au papillomavirus humain (HPV), semblent également impliquées dans certains cas. Les médecins estiment que certaines souches virales peuvent favoriser des anomalies cellulaires persistantes au niveau des tissus urinaires.

Chez certains patients, des antécédents de cancer de la vessie ou de tumeurs urologiques augmentent également le risque.

Le tabac reste aussi un facteur reconnu dans de nombreux cancers des voies urinaires. Les substances toxiques filtrées par les reins se retrouvent dans l’urine et peuvent durablement irriter les tissus urinaires. Le risque apparaît nettement plus élevé chez les fumeurs réguliers.

Les médecins observent également que certaines anomalies anatomiques, certaines sondes urinaires prolongées, des rétrécissements de l’urètre ou certaines interventions chirurgicales anciennes peuvent favoriser l’apparition de lésions urétrales.

  • Examen clinique urologique : il permet d’analyser les symptômes urinaires, d’évaluer les douleurs, les troubles urinaires et de rechercher des anomalies physiques au niveau de l’appareil urinaire.
  • Analyse d’urine : sert à détecter la présence d’anomalies dans les urines, comme du sang, des bactéries ou des cellules inhabituelles.
  • ECBU (Examen CytoBactériologique des Urines) : permet d’écarter une infection urinaire classique en identifiant d’éventuelles bactéries présentes dans les urines.
  • Cytologie urinaire : consiste à rechercher des cellules cancéreuses ou anormales dans les urines afin d’orienter le diagnostic.
  • Cystoscopie / urétroscopie : examen endoscopique réalisé avec une petite caméra introduite dans l’urètre pour visualiser directement la muqueuse urétrale et la vessie, afin de repérer une tumeur, une lésion ou une anomalie suspecte.
  • Scanner : examen d’imagerie permettant d’évaluer l’extension de la tumeur et de rechercher un éventuel envahissement des tissus voisins ou des ganglions.
  • IRM pelvienne : fournit des images très précises du bassin afin d’analyser la localisation exacte de la tumeur et son extension éventuelle.
  • Échographie : permet d’obtenir une première visualisation des organes urinaires et de détecter certaines anomalies ou masses suspectes.
  • Biopsie : consiste à prélever un fragment de tissu tumoral pour analyser précisément les cellules cancéreuses et déterminer le grade de la tumeur.
  • Téléconsultation (en complément uniquement) : peut aider à discuter des symptômes ou du suivi après le traitement, mais ne remplace jamais les examens tels que l’endoscopie ou la biopsie nécessaires au bon diagnostic.

Le traitement varie en fonction de la taille de la tumeur, de son emplacement et de son étendue. Lorsqu’elle est détectée rapidement, une chirurgie conservatrice peut parfois suffire. Une résection endoscopique ou une exérèse chirurgicale permet d’éliminer les cellules cancéreuses.

Dans les cas de cancer les plus avancés, l’intervention peut être plus lourde. Certaines localisations exigent une chirurgie plus étendue, touchant une partie de l’urètre, la vessie ou les structures avoisinantes.

La radiothérapie et la chimiothérapie peuvent venir compléter le traitement, notamment lorsque les cellules cancéreuses ont commencé à se propager. Aujourd’hui, certaines innovations thérapeutiques ouvrent aussi de nouvelles perspectives dans les formes avancées ou rares.

L’immunothérapie, utilisée dans plusieurs cancers urogénitaux, fait partie des pistes explorées pour améliorer le contrôle tumoral tout en limitant certaines chirurgies très mutilantes. Dans certains cas complexes, une dérivation urinaire ou une reconstruction chirurgicale du bas appareil urinaire peut s’avérer nécessaire afin de préserver le confort urinaire du patient.

Les décisions thérapeutiques sont généralement prises lors de réunions multidisciplinaires réunissant urologues, oncologues, radiothérapeutes et chirurgiens spécialisés pour adapter le traitement au profil précis du patient.

Lorsque la tumeur reste localisée, les taux de survie peuvent dépasser 80 % à cinq ans. Des brûlures urinaires persistantes, une hématurie ou des troubles urinaires inhabituels qui reviennent régulièrement doivent donc toujours inciter à consulter rapidement un médecin traitant ou un urologue.

À SAVOIR

Depuis l’Antiquité et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, en Égypte, de nombreux habitants vivant le long du Nil auraient présenté du sang dans les urines de façon chronique. Ce phénomène aurait parfois été considéré comme un passage naturel à l’âge adulte. La médecine identifiera plus tard la cause : Schistosoma haematobium, un ver parasite transmis par les eaux stagnantes et responsable de la bilharziose urinaire. Le parasite migrerait vers les vaisseaux autour de la vessie, où ses œufs provoqueraient une inflammation chronique et des lésions des voies urinaires. Avec le temps, cette irritation répétée favoriserait des mutations cellulaires et augmenterait fortement le risque de cancers de la vessie. Aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la santé classe ce parasite parmi les agents biologiques cancérigènes reconnus chez l’être humain.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentAlzheimer : les tests sanguins peuvent-ils accélérer le diagnostic ?
Article suivantLes cas de rougeole ont explosé en France en 2025
Avatar photo
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici