
Pendant des années, le diagnostic de la maladie d’Alzheimer s’est souvent heurté à des délais importants, des examens spécialisés peu accessibles et une errance diagnostique parfois longue pour les patients comme pour leurs proches. Mais de nouveaux tests sanguins capables de détecter certains marqueurs biologiques de la maladie ouvrent aujourd’hui de nouvelles perspectives. En France, Roche Diagnostics France a annoncé, lundi 18 mai, vouloir accélérer l’accès à ces analyses afin de réduire l’errance diagnostique des patients.
Vieillir et oublier un prénom de temps en temps n’a rien d’inhabituel. Mais lorsque les troubles de la mémoire deviennent plus fréquents, plus gênants, ou commencent à perturber le quotidien, une autre angoisse apparaît souvent en silence : « Et si c’était Alzheimer ? ».
Pour beaucoup de familles, c’est là que commence un parcours long, flou et parfois épuisant. Consultations à répétition, délais pour obtenir un rendez-vous en neurologie, examens invasifs, doutes persistants… Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer reste encore aujourd’hui compliqué à confirmer rapidement.
Selon la Stratégie nationale des maladies neurodégénératives 2025-2030, la maladie d’Alzheimer touche environ 1,4 million de personnes en France. Et derrière ces chiffres, ce sont aussi près de 2,5 millions d’aidants concernés au quotidien.
Lundi 18 mai, Roche Diagnostics France a annoncé vouloir faciliter l’accès à des tests sanguins capables d’aider à confirmer biologiquement la maladie, notamment grâce à l’analyse d’un biomarqueur appelé « p-tau217 ».
Depuis plusieurs années déjà, les chercheurs travaillent sur ces biomarqueurs sanguins. Mais leur arrivée progressive dans les laboratoires de biologie médicale pourrait désormais rendre ces analyses beaucoup plus accessibles aux patients.
Pourquoi le diagnostic d’Alzheimer arrive-t-il souvent tard ?
Diagnostic : un long parcours du combattant
La maladie d’Alzheimer ne se diagnostique pas avec une simple prise de sang classique comme le diabète ou le cholestérol. Du moins, pas encore totalement.
Aujourd’hui, le diagnostic repose d’abord sur une évaluation clinique : tests de mémoire, consultation neurologique, analyse des symptômes, retentissement dans la vie quotidienne. Ensuite viennent parfois des examens dits « de confirmation biologique », destinés à vérifier la présence des lésions caractéristiques de la maladie dans le cerveau.
Le problème, c’est que ces examens sont souvent lourds, coûteux ou difficiles d’accès. Deux méthodes sont principalement utilisées :
- la ponction lombaire, qui consiste à prélever du liquide céphalorachidien dans le bas du dos ;
- le PET scan amyloïde, un examen d’imagerie médicale très spécialisé permettant de visualiser certains dépôts anormaux dans le cerveau.
Or, ces examens ne sont pas disponibles partout. La ponction lombaire reste aussi très anxiogène pour certains patients, même si elle est réalisée couramment à l’hôpital. Quant au PET scan, il nécessite des équipements lourds présents seulement dans certains centres spécialisés.
Une errance diagnostique encore massive
Beaucoup de patients attendent longtemps avant d’obtenir une réponse claire. Selon le World Alzheimer Report publié par Alzheimer’s Disease International, jusqu’à 75 % des personnes vivant avec une démence dans le monde ne seraient pas diagnostiquées.
Une méta-analyse publiée en 2025 dans l’International Journal of Geriatric Psychiatry estime par ailleurs que le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic atteint environ 3,5 ans.
Alzheimer : ce que les chercheurs cherchent dans le sang
Depuis plusieurs années, la recherche tente donc de développer des tests plus simples, plus rapides et moins invasifs. Le principe repose sur les biomarqueurs, des substances biologiques détectables dans l’organisme et associées à la maladie.
Dans Alzheimer, deux protéines intéressent particulièrement les chercheurs :
- la bêta-amyloïde, qui forme des plaques entre les neurones ;
- la protéine Tau, qui s’accumule anormalement à l’intérieur des neurones.
Lorsque cette protéine Tau subit certaines modifications chimiques, elle devient un indicateur particulièrement intéressant pour les neurologues. C’est le cas de la protéine appelée « p-tau217 », aujourd’hui au cœur de nombreux travaux scientifiques.
Selon Roche Diagnostics France, les recherches récentes montrent que le taux de p-tau217 dans le sang serait fortement corrélé à la présence des lésions cérébrales caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.
Une simple prise de sang… mais pas un test miracle
Attention toutefois, ces analyses ne remplacent pas totalement le diagnostic médical. Comme le confirme Roche Diagnostics France, le diagnostic d’Alzheimer reste aujourd’hui « clinico-biologique ».
En clair, un résultat sanguin ne suffit pas à lui seul pour affirmer qu’une personne est atteinte d’Alzheimer. Les médecins doivent toujours tenir compte des symptômes, de l’examen clinique, de l’histoire du patient et parfois d’autres examens complémentaires.
D’ailleurs, la Haute Autorité de santé (HAS) reste prudente sur l’intégration généralisée de ces nouveaux biomarqueurs dans le parcours de soins. Les spécialistes attendent encore davantage de données sur leur utilisation à grande échelle, leur précision selon les profils de patients et leur place exacte dans la stratégie diagnostique.
Mais malgré ces précautions, beaucoup de neurologues y voient déjà un tournant important. Car l’enjeu n’est pas seulement scientifique. Il est aussi très concret : désengorger les centres spécialisés et raccourcir les délais d’attente.
Un enjeu majeur avec l’arrivée des nouveaux traitements
Cette accélération du diagnostic prend aussi une importance particulière avec l’arrivée progressive de nouveaux médicaments ciblant les plaques amyloïdes. Ces traitements, encore très débattus dans la communauté scientifique internationale, semblent surtout efficaces lorsqu’ils sont administrés très tôt dans la maladie, avant une destruction trop avancée des neurones.
Autrement dit, plus le diagnostic est posé tardivement, plus la fenêtre thérapeutique pourrait se réduire. C’est précisément ce qui pousse aujourd’hui de nombreux systèmes de santé à s’intéresser de près aux tests sanguins.
Aux États-Unis, plusieurs tests de biomarqueurs sanguins sont déjà utilisés dans certains centres spécialisés. En Europe, le mouvement reste plus progressif, mais les travaux s’accélèrent.
En France, cette problématique se heurte également au manque de neurologues et aux importantes inégalités territoriales d’accès aux consultations mémoire.
À SAVOIR
Selon France Alzheimer, les femmes représentent près de deux tiers des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer en France, notamment en raison d’une espérance de vie plus élevée.







