Deux lycéens qui ont commencé à fumer la cigarette électronique.
En l'espace de dix ans, la proportion de lycéens qui expérimente la cigarette électronique est passée de 35% à 46%, selon l'étude de l'OFDT. ©  Freepik

Les adolescents fument moins de cigarettes classiques, mais vapotent davantage. Selon les dernières données publiées par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) en 2026, l’usage de la cigarette électronique progresse fortement chez les lycéens en France. Mais pourquoi les jeunes vapotent-ils davantage ? 

Pendant des années, la lutte contre le tabac chez les adolescents semblait avancer dans le bon sens. Les campagnes de prévention, l’augmentation du prix du paquet, l’interdiction de fumer dans les lieux publics et une image sociale moins valorisée de la cigarette ont contribué à faire reculer le tabagisme des plus jeunes. Mais un autre usage s’installe. 

La cigarette électronique, longtemps présentée comme un outil d’aide au sevrage chez les adultes fumeurs, séduit désormais massivement les lycéens.

Selon l’OFDT, près d’un lycéen sur deux a déjà expérimenté la cigarette électronique en France en 2024. Surtout, 6,8 % des lycéens déclarent vapoter tous les jours, soit une progression de 79 % en deux ans. 

Le vapotage consiste à inhaler un aérosol produit par un appareil chauffant un liquide. Ce liquide peut contenir ou non de la nicotine, substance responsable de la dépendance au tabac. Il contient aussi des arômes (fruits rouges, menthe glaciale, bonbon cola, mangue givrée… la créativité commerciale ne manque pas) et divers solvants.

Contrairement à la cigarette classique, il n’y a pas combustion du tabac. Cela réduit l’exposition à certains toxiques. Mais cela ne signifie pas absence de risque, surtout chez les adolescents.

Le cerveau continue de se développer jusqu’à environ 25 ans. Selon Santé publique France, une exposition précoce à la nicotine peut favoriser la dépendance et modifier certains circuits liés à l’attention, à l’apprentissage ou à la gestion des récompenses.

Des produits pensés pour plaire

Design coloré, formats compacts, usage discret, odeurs sucrées… La vape a adopté les codes des objets du quotidien. Certains modèles ressemblent davantage à un accessoire high-tech qu’à un produit nicotinique.

Les arômes jouent aussi un rôle majeur. Selon plusieurs travaux internationaux, notamment une revue publiée dans Tobacco Control, les saveurs fruitées ou gourmandes augmentent l’attrait du vapotage chez les jeunes. Difficile de rivaliser, il est vrai, entre “tabac brun froid du matin” et “pastèque tropicale”.

Une image moins dangereuse

De nombreux adolescents considèrent la cigarette électronique comme “moins grave” que le tabac. Sur un point strictement toxicologique, vapoter expose généralement à moins de substances cancérogènes que fumer une cigarette classique. Mais cette nuance peut être interprétée, à tort, comme une innocuité totale.

Or, selon l’OMS, les produits de vapotage ne sont pas sans risque, en particulier pour les mineurs et les non-fumeurs.

Un usage social et banal

Partager une puff entre amis, tirer quelques bouffées en soirée, tester un nouveau goût… Pour certains adolescents, la vape s’inscrit dans des codes de sociabilité ordinaires. Elle circule dans les groupes, accompagne les sorties et peut devenir un geste collectif.

Contrairement à la cigarette classique, souvent perçue comme plus sale, plus odorante ou plus risquée, la cigarette électronique bénéficie d’une image plus acceptable. Elle laisse peu d’odeur, se cache facilement et ressemble parfois davantage à un objet tendance qu’à un produit addictif.

Le basculement est désormais visible dans plusieurs enquêtes européennes. Selon l’étude ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs), menée auprès des adolescents de 15 à 16 ans dans de nombreux pays européens et publiée en 2024, 5,8 % des jeunes Français de 16 ans vapotent quotidiennement, contre 3,1 % qui fument du tabac chaque jour.

Chez une partie des jeunes, la consommation régulière de nicotine passe désormais davantage par la cigarette électronique que par la cigarette traditionnelle. Cela ne signifie pas la disparition du tabac, mais une mutation des usages.

Chez un adulte fumeur souhaitant arrêter le tabac, la cigarette électronique peut constituer un outil de réduction des risques. La Haute Autorité de santé reconnaît qu’elle peut être envisagée dans une démarche de sevrage tabagique.

Mais chez un adolescent qui ne fumait pas auparavant, la situation est différente. Il ne s’agit plus de sortir du tabac, mais d’entrer dans la nicotine.

Le risque de dépendance

La nicotine agit rapidement sur le cerveau en stimulant les circuits du plaisir et de la récompense. Elle peut procurer une sensation brève de détente, de concentration ou de stimulation, ce qui favorise la répétition du geste. 

Chez les adolescents, dont le cerveau est encore en développement, cette sensibilité peut être plus marquée et l’installation d’une dépendance plus rapide. Et un usage “pour essayer”, occasionnel ou festif, peut progressivement devenir une habitude quotidienne, parfois sans que le jeune ait le sentiment d’être dépendant.

Une possible passerelle vers le tabac

La question reste débattue scientifiquement et toutes les études n’aboutissent pas aux mêmes conclusions. Mais plusieurs travaux, notamment publiés dans JAMA Pediatrics, montrent qu’un adolescent non-fumeur qui vapote présente un risque plus élevé d’expérimenter ensuite la cigarette classique qu’un adolescent qui ne vapote pas.

Cela ne signifie pas que la vape conduit automatiquement au tabac. D’autres facteurs entrent en jeu, comme l’entourage, la curiosité ou le contexte social. Mais elle peut familiariser avec le geste, la nicotine et l’idée même de fumer, ouvrant ainsi une porte vers d’autres consommations.

Face à la montée du phénomène, les pouvoirs publics renforcent progressivement leur arsenal. 

En 2023 puis 2024, plusieurs initiatives législatives ont visé l’interdiction des cigarettes électroniques jetables, jugées problématiques à la fois sur le plan sanitaire, environnemental et marketing.

Le débat porte aussi sur les arômes, les emballages colorés et la visibilité commerciale de ces produits.

Les spécialistes recommandent d’éviter les discours catastrophistes ou moralisateurs, souvent peu efficaces. Mieux vaut informer clairement :

  • la vape peut contenir de la nicotine, même quand cela semble flou ;
  • la dépendance peut s’installer rapidement ;
  • “moins nocif que la cigarette” ne veut pas dire “sans danger” ;
  • commencer jeune augmente le risque d’usage durable.

À l’école, la prévention gagne à parler le langage réel des adolescents : produits utilisés, réseaux sociaux, effets recherchés, pression du groupe, stratégies marketing.

À SAVOIR 

Certaines cigarettes électroniques jetables de type puff peuvent contenir jusqu’à 40 mg de nicotine, soit une quantité comparable à celle délivrée par un paquet de cigarettes en ordre de grandeur, selon le mode d’utilisation. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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