Une femme faisant ses courses, influencée par les publicités pour des aliments ultra-transformés.
Les aliments ultra-transformés représentent 6 produits sur 10 dans les supermarchés. ©  Freepik

Foodwatch, Yuka et France Assos Santé ont lancé, mardi 29 avril, une pétition pour réclamer un encadrement plus strict des aliments ultra-transformés en France. Publicité ciblant les enfants, emballages séduisants, pression sur les décideurs publics… Les associations dénoncent des pratiques déjà observées dans d’autres secteurs, notamment celui du tabac. Avec, au bout de la chaîne, un enjeu de santé publique majeur.

Les céréales du petit-déjeuner au packaging criard, les nuggets “fun”, les biscuits enrichis “en vitamines”, les snacks qui promettent praticité et plaisir immédiat… Les aliments ultra transformés prennent une place croissante dans notre alimentation et celle de nos enfants.

Ce 29 avril, les associations foodwatch, Yuka et France Assos Santé ont décidé de hausser le ton en lançant une pétition nationale. Elles demandent un meilleur encadrement des aliments ultra-transformés et visent en priorité leur promotion auprès des enfants et réclament davantage de transparence de la part des industriels.

Leur message se veut direct. Selon elles, certaines stratégies utilisées par des acteurs de l’agroalimentaire rappellent celles longtemps employées par l’industrie du tabac. La comparaison est assumée. Elle ne concerne pas les produits eux-mêmes. Manger n’est évidemment pas fumer. Elle porte sur les méthodes commerciales, les techniques d’influence et la manière de freiner les régulations.

Le terme “ultra-transformé” vient de la classification NOVA, mise au point par des chercheurs brésiliens. Elle distingue les aliments bruts ou peu transformés, les ingrédients culinaires (huile, sucre, sel), les aliments transformés (pain, fromage, conserves simples) et les aliments ultra-transformés.

Ces derniers sont généralement des formulations industrielles composées d’ingrédients rarement utilisés dans une cuisine domestique :

  • additifs
  • arômes, 
  • texturants, 
  • émulsifiants, 
  • sirops, 
  • isolats de protéines, 
  • amidons modifiés… 

Leur objectif est d’améliorer la conservation, renforcer le goût, simplifier l’usage, standardiser la texture et stimuler l’achat répété.

Selon l’étude NutriNet-Santé, ils représentent environ 30 à 35 % des apports énergétiques chez les adultes français, avec de fortes variations selon l’âge et le niveau socio-économique.

Pourquoi les associations visent la publicité ? 

Le premier cheval de bataille de la pétition concerne la communication, notamment celle destinée aux plus jeunes. Et sur ce point, les données sont abondantes.

Selon Santé publique France, les enfants sont particulièrement sensibles aux messages publicitaires alimentaires, qui influencent leurs préférences, leurs demandes aux parents et leurs habitudes de consommation. 

L’OMS recommande depuis plusieurs années de restreindre le marketing des produits trop gras, trop sucrés ou trop salés auprès des mineurs. Car plus un enfant voit un produit, plus il le réclame. Et plus il est associé à des mascottes, des jeux, des héros ou des promesses amusantes, plus il devient désirable.

C’est précisément ce que dénoncent les associations : non pas la simple existence de biscuits ou de céréales sucrées, mais leur mise en scène commerciale auprès d’un public encore peu armé face aux mécanismes publicitaires.

Lobbying : influencer les règles du jeu

Deuxième levier pointé du doigt : le lobbying, c’est-a-dire les actions menées pour influencer les décisions publiques. 

Tous les secteurs économiques pratiquent le lobbying. Le sujet devient sensible lorsque des intérêts commerciaux entrent en tension avec des objectifs de santé publique.

Ces dernières années, plusieurs débats ont illustré ces frictions en France avec notamment 

Le Nutri-Score en est un bon exemple. Soutenu par de nombreux chercheurs et autorités sanitaires, il vise à informer rapidement le consommateur sur la qualité nutritionnelle globale d’un produit. Mais sa généralisation a suscité des résistances de certains industriels et de filières économiques.

Selon la Cour des comptes, dans un rapport de 2019 consacré à la prévention en santé, les politiques nutritionnelles françaises souffrent régulièrement d’un manque de cohérence face aux intérêts économiques en présence.

Fabriquer le doute : une vieille recette

Pendant des décennies, l’industrie du tabac a cherché à retarder les régulations en contestant les preuves scientifiques sur les dangers du tabagisme. Les historiens de la santé publique ont largement documenté ces stratégies.

Aujourd’hui, la situation n’est pas identique, mais certains spécialistes observent un mécanisme comparable : mettre en avant la confusion, relativiser les résultats, opposer étude à étude, déplacer le débat.

Sur les aliments ultra-transformés, la science avance encore. Toutes les questions ne sont pas tranchées. Mais plusieurs travaux robustes pointent des associations préoccupantes.

Une méta-analyse publiée en 2024 dans The BMJ, portant sur de nombreuses études internationales, a conclu qu’une forte consommation d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de 

Toutefois, les chercheurs eux-mêmes appellent à la nuance. Les produits ultra-transformés ne se valent pas tous, et le mode de vie global compte aussi : activité physique, tabac, alcool, niveau de revenus, qualité générale de l’alimentation.

Pourquoi les enfants sont au cœur du dossier ? 

Les industriels le savent bien, les habitudes alimentaires se construisent tôt. Le goût pour le sucré, les repères de marque, les réflexes de consommation et même certaines routines familiales s’installent dès l’enfance.

Selon l’Inserm, les premières années de vie jouent un rôle déterminant dans la prévention du surpoids et de l’obésité. Or les produits ultra-transformés sont souvent peu chers, disponibles partout, prêts à consommer et très visibles.

Leur succès n’est donc pas seulement nutritionnel. Il est aussi logistique, social et économique. C’est ce qui rend le sujet d’autant plus complexe. On ne change pas une alimentation uniquement avec de la bonne volonté. Il faut aussi du temps, des moyens, de l’offre accessible et des règles collectives.

Les trois organisations veulent mieux encadrer les pratiques commerciales autour des aliments ultra-transformés. Elles mettent en avant la protection des enfants.

Elles demandent notamment :

  • un encadrement plus strict de la publicité pour les aliments ultra-transformés, surtout lorsqu’elle vise les enfants et les adolescents ;
  • un étiquetage plus clair pour repérer facilement le degré de transformation des produits ;
  • des mesures publiques cohérentes pour réduire la place de ces produits dans l’alimentation quotidienne, notamment à travers le marketing, les promotions et la prévention nutritionnelle.

Le débat dépasse largement la recette d’un biscuit ou la composition d’un nugget. Il pose une question plus large. Jusqu’où le marketing peut-il influencer nos habitudes alimentaires ?

À SAVOIR 

Tous les aliments ultra-transformés ne se valent pas. La classification NOVA mesure surtout le degré de transformation industrielle, pas la qualité nutritionnelle globale. Concrètement, certains pains de mie complets, soupes industrielles ou alternatives végétales peuvent être ultra-transformés tout en restant relativement peu sucrés, peu salés ou riches en fibres.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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