
Fumer est de moins en moins tendance chez les jeunes. Selon le Baromètre de Santé publique France, les 18-24 ans délaissent massivement la cigarette et sont de plus en plus nombreux à vouloir en finir avec le tabac. Un signe encourageant d’un changement de mentalité… mais pas chez tout le monde.
Selon le Baromètre Tabagisme 2024, la France fume moins, et ce recul est particulièrement visible chez les jeunes. Chez les 18–29 ans, la proportion de fumeurs quotidiens a fortement diminué en trois ans, passant de 29,3 % en 2021 à 18,4 % en 2024.
Une chute spectaculaire qui témoigne d’une évolution culturelle profonde, fumer n’est plus un réflexe, ni un rite de passage comme il a pu l’être dans les générations précédentes.
Les jeunes adultes fument donc moins, mais ils n’ont pas pour autant complètement rompu avec la nicotine. Beaucoup de jeunes expérimentent d’autres formes de consommation. “On ne mesure pas le vapotage mais on note que les jeunes, à partir de 16 ans, sont davantage enclins à tester la vapote que la cigarette” explique Caroline Semaille, Directrice Générale de Santé publique France. “Alors oui, on peut dire que les jeunes fument moins, mais ils vapotent plus !” continue-t-elle.
Ce qui ressort en revanche clairement, c’est une envie d’en finir avec la dépendance. Si bien que 55 % des fumeurs quotidiens déclarent vouloir arrêter, et près d’un jeune adulte sur trois (28,2 %) a tenté d’arrêter au moins sept jours dans les douze derniers mois.
Alors, pour une majorité de jeunes, fumer n’a plus rien d’une habitude banale. Le geste s’inscrit désormais dans un contexte de santé, d’environnement et de prix du tabac qui dissuade la consommation régulière.
Les jeunes et la cigarette : une génération qui tourne la page du tabac
Le tabagisme recule, mais pas partout au même rythme
Si la tendance générale est à la baisse, le tabac ne recule pas avec la même force dans toutes les catégories sociales. Le Baromètre 2024 le montre sans détour. Le tabagisme quotidien reste deux fois plus fréquent chez les ouvriers (25,1 %) que chez les cadres (11,8 %).
Les écarts se creusent aussi selon le niveau de diplôme. 20,9 % des personnes sans diplôme ou ayant un niveau inférieur au bac fument quotidiennement, contre 13,0 % chez celles qui ont un diplôme supérieur.
Ces différences apparaissent dès le début de la vie active. Les jeunes les plus précaires fument davantage et rencontrent plus de difficultés à arrêter.
L’étude montre une corrélation directe entre la situation financière et la consommation. Près d’un tiers des personnes déclarant vivre dans la difficulté ou l’endettement fument chaque jour. Le tabac reste ainsi un marqueur social, parfois un refuge face au stress économique ou à la précarité.
Des Français globalement moins fumeurs
En moyenne, 24 % des 18 à 79 ans fument, dont 17,4 % au quotidien. Le recul est net par rapport à 2021, où un quart des Français fumaient quotidiennement. “Cette baisse s’inscrit dans la continuité des tendances observées depuis 2016, après une période de stagnation pendant la pandémie” précise Viêt Nguyen Thanh, responsable de l’unité addiction de Santé publique France.
La consommation moyenne des fumeurs quotidiens s’établit désormais à 12,8 cigarettes par jour, avec une différence marquée entre les hommes (14,0) et les femmes (11,4).
“Le contexte économique y joue sans doute un rôle” confie la responsable. Les ventes de tabac ont chuté de 12 % entre 2023 et 2024, tandis que le prix moyen du paquet le plus vendu a grimpé de 10,92 à 12,54 euros, soit une hausse de près de 15 %. Moins de fumeurs, moins de cigarettes achetées, des prix plus élevés… Tous les indicateurs convergent vers la même direction.
Des disparités régionales toujours fortes
“La baisse du tabagisme ne se distribue pas uniformément sur le territoire” rappelle Viêt Nguyen Thanh. Les régions du Sud et de l’Est de la France restent plus touchées que la moyenne, avec des taux élevés en Provence-Alpes-Côte d’Azur (20,9 %), Occitanie (20,6 %) et Grand Est (19,8 %).
“Cette tendance peut s’expliquer par la proximité de ces régions avec des pays étrangers comme l’Espagne ou la Belgique où le prix des cigarettes est jusqu’à deux fois moins cher” déclare la responsable de l’Unité Addictions.
À l’inverse, l’Île-de-France affiche la plus faible proportion de fumeurs quotidiens (14,6 %), suivie de l’Auvergne-Rhône-Alpes (16,0 %). Dans les Départements et Régions d’Outre-mer, les taux sont souvent plus bas. Autour de 10 % en Martinique, Guadeloupe et Guyane, tandis que La Réunion se rapproche du niveau national. Autrement dit, le tabac reste ancré dans certains territoires, mais la tendance générale à la baisse se confirme partout.
Arrêt du tabac : un tournant générationnel
Le Baromètre 2024 laisse entrevoir une bascule générationnelle. “Les jeunes adultes (ceux qui avaient 18 ans au moment de la pandémie) semblent moins enclins à fumer que leurs aînés” assure la Directrice générale, Caroline Semaille. Ils vivent dans un environnement où le tabac coûte cher, où la norme sociale change, et où la conscience des risques sanitaires est bien ancrée.
Ils ne sont pas pour autant complètement à l’abri de la dépendance. “Beaucoup ont expérimenté la vape, et le tabac garde une image de produit de gestion du stress pour certains” ajoute-t-elle. Mais globalement, les indicateurs sont au vert. Les jeunes fument moins et moins souvent, et veulent massivement arrêter.
Baromètre santé : une méthode rénovée pour un regard neuf
Le Baromètre 2024 a lui aussi évolué. Désormais, “l’enquête inclut l’ensemble de la population adulte jusqu’à 79 ans, et pour la première fois, une partie des réponses a été collectée en ligne” explique la directrice générale.
Cette modernisation permet de mieux représenter la diversité des profils, y compris les jeunes, plus habitués aux formats numériques. Les comparaisons dans le temps restent possibles, mais doivent être interprétées avec prudence, car les modalités de recueil ont changé. Alors, les jeunes Français fument moins de cigarettes que leurs aînés, c’est un fait, mais la lutte anti-tabac n’est pas terminée pour autant.
À SAVOIR
Selon l’OFDT, la vape progresse nettement chez les jeunes : près d’un adolescent de 17 ans sur deux a déjà expérimenté la cigarette électronique, et près d’un sur dix en fait un usage régulier. Une banalisation qui inquiète les autorités sanitaires, car la vape entretient la dépendance à la nicotine.







