Un homme qui enterre des victimes mortes à cause d’un virus très mortel et très contagieux.
Le rythme des pandémies s'est accéléré depuis le début du XXème siècle. © Magnific

Alors que l’OMS vient de déclencher son plus haut niveau d’alerte face à une nouvelle épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, et qu’un foyer d’hantavirus inquiète après plusieurs cas graves liés à une croisière en Patagonie, ces virus ravivent le souvenir encore très présent de la pandémie de Covid-19. Mais entre Ebola, le Covid et l’hantavirus, lequel tue réellement le plus ?

Depuis le début des années 2020, les crises sanitaires se succèdent à un rythme qui semble ne plus laisser de répit aux autorités sanitaires mondiales. Après la pandémie de Covid-19, qui a officiellement causé plus de 7 millions de décès recensés dans le monde selon l’OMS, voilà qu’Ebola refait la une de l’actualité en Afrique centrale, tandis qu’un foyer d’hantavirus lié au navire d’expédition MV Hondius a récemment conduit plusieurs pays européens, dont la France, à renforcer leur surveillance sanitaire.

Mais comparer ces virus n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Car un virus peut être extrêmement mortel… sans forcément provoquer beaucoup de morts à grande échelle. À l’inverse, un virus moins létal individuellement peut devenir dévastateur s’il circule massivement.

En réalité, les infectiologues utilisent plusieurs critères pour évaluer la dangerosité d’un agent infectieux : son taux de mortalité, sa capacité à se transmettre, le nombre total de victimes, l’existence ou non de traitements, ou encore la rapidité avec laquelle il peut saturer les systèmes de santé.

S’il fallait regarder uniquement le taux de létalité, c’est-à-dire la proportion de personnes infectées qui décèdent, Ebola arrive largement en tête.

Selon l’OMS, les différentes flambées d’Ebola observées depuis 1976 ont présenté des taux de mortalité allant de 25 % à 90 % selon les souches et les conditions de prise en charge. La moyenne historique tourne autour de 50 %.

Le virus Ebola provoque une fièvre hémorragique virale sévère. Après quelques jours de symptômes pseudo-grippaux (fièvre, fatigue, douleurs musculaires), l’état du patient peut rapidement se dégrader avec des atteintes neurologiques, digestives, hépatiques ou des hémorragies internes et externes.

La transmission se fait essentiellement par contact direct avec les fluides corporels d’une personne malade : 

  • sang, 
  • vomissements, 
  • selles, 
  • sueur, 
  • salive, 
  • sperme.

C’est précisément cette transmission relativement difficile qui limite généralement les grandes explosions mondiales comparables au Covid-19. Ebola tue beaucoup, mais il circule moins facilement.

L’épidémie actuellement surveillée en République démocratique du Congo inquiète particulièrement les autorités sanitaires car elle concerne la souche Bundibugyo, une variante rare pour laquelle il n’existe à ce jour aucun vaccin homologué spécifiquement validé, selon l’OMS.

Le Covid-19 est très contagieux

À première vue, le Covid-19 paraît bien moins dangereux qu’Ebola. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le taux de létalité du SARS-CoV-2 est resté globalement inférieur à 1 % dans la population générale, loin des taux pouvant dépasser 50 % lors de certaines flambées d’Ebola.

Mais le Covid possédait un autre atout redoutable : sa capacité de transmission. Le virus se diffuse principalement par voie respiratoire, y compris avant l’apparition des symptômes ou chez des personnes peu symptomatiques. Résultat, il a pu circuler extrêmement rapidement à l’échelle mondiale.

Selon l’OMS, plus de 777 millions de cas confirmés ont été recensés depuis 2020.

Des millions de morts malgré une mortalité plus faible

Même avec une mortalité individuelle plus faible qu’Ebola, le Covid-19 a provoqué un bilan humain colossal à cause du nombre immense de contaminations.

L’OMS estime que plus de 7 millions de décès officiellement liés au Covid-19 ont été recensés dans le monde. Le risque de mourir augmentait fortement avec l’âge et certaines maladies chroniques, notamment après 65 ans, selon Santé publique France et l’ECDC.

Le Covid a ainsi démontré qu’un virus moins létal mais extrêmement contagieux peut finalement provoquer beaucoup plus de morts qu’un virus très meurtrier mais moins transmissible.

L’hantavirus appartient à une famille de virus principalement transmis par certains rongeurs sauvages. L’être humain se contamine généralement en inhalant des particules issues d’urines, de salive ou d’excréments de rongeurs infectés.

En Europe, plusieurs hantavirus circulent de façon discrète depuis longtemps, notamment dans l’est de la France. Mais le virus Andes, actuellement au cœur des inquiétudes liées au foyer détecté sur le MV Hondius, intrigue particulièrement les scientifiques. Il s’agit du seul hantavirus pour lequel des transmissions interhumaines ont clairement été documentées, notamment en Argentine et au Chili.

Les formes graves peuvent provoquer un syndrome cardio-pulmonaire hantavirus, avec détresse respiratoire aiguë, chute brutale de la tension artérielle et défaillance multiviscérale.

Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), le taux de mortalité du syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus causé par le virus Andes peut atteindre environ 35 à 40 %. C’est donc un virus potentiellement très grave… mais extrêmement rare.

En France métropolitaine, les cas restent exceptionnels et concernent généralement des voyageurs revenant de zones à risque ou certaines expositions environnementales particulières.

Si l’on parle du risque individuel une fois infecté, Ebola reste de loin le plus meurtrier parmi les trois virus. Son taux de létalité peut dépasser 50 % lors de certaines flambées.

Si l’on regarde le nombre total de morts dans le monde, le Covid-19 l’emporte très largement, en raison de sa diffusion planétaire massive.

Quant à l’hantavirus, il demeure le plus discret, mais probablement l’un des plus impressionnants pour les médecins lorsqu’il provoque des formes cardio-pulmonaires sévères.

Les spécialistes rappellent aussi qu’un virus n’est jamais dangereux uniquement “par nature”. Le niveau de menace dépend énormément :

  • de l’accès aux soins ;
  • de la rapidité du diagnostic ;
  • de l’existence de vaccins ou traitements ;
  • de la surveillance sanitaire ;
  • et du comportement collectif face à l’épidémie.

Les virus les plus redoutables ne sont pas toujours ceux qui tuent le plus vite. Ce sont parfois ceux qui circulent silencieusement, longtemps, et presque partout à la fois.

À SAVOIR 

Bien avant Ebola ou le Covid-19, la peste noire (1346-1353) reste l’une des pandémies les plus meurtrières de l’histoire humaine. Selon l’Institut Pasteur et plusieurs travaux historiques, cette épidémie causée par la bactérie Yersinia pestis aurait tué entre 30 % et 50 % de la population européenne au XIVe siècle, soit plusieurs dizaines de millions de personnes en seulement quelques années. À l’époque, certaines formes de peste pouvaient tuer un malade en moins de 48 heures faute de traitement. Les autres pandémies les plus meurtrières de l’histoire furent la variole, apportée par les conquistadors et qui anéantit la quasi totalité de la population d’Amérique du Sud au XVIeme siècle, la grippe espagnole de 1918 (20 à 50 millions de morts), la première peste (dite de Justinien, VIeme siècle, 25 à 100 millions de morts), le sida (près de 40 millions de morts depuis les années 80) ou encore la peste de Chine (ou peste de Mandchourie, 15 millions de morts au XIXeme siècle).

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentÉpidémie d’Ebola en RDC : le virus peut-il toucher la France ?
Article suivantPalpitation du coeur : une sensation banale… parfois trompeuse
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici