
Depuis des mois, un nuage d’inquiétude planait autour de ce médicament si banal qu’on en a tous au moins un comprimé dans notre placard : le paracétamol. Était-il vraiment un risque pour le développement du cerveau des bébés lorsqu’il est pris pendant la grossesse ? Le point.
La polémique aura duré longtemps, alimentée par des études observationnelles aux conclusions fragiles et, parfois, par des interprétations hasardeuses. La publication de la méta-analyse dirigée par la chercheuse Maria D’Antonio dans The Lancet Obstetrics, Gynaecology & Women’s Health change aujourd’hui la donne.
L’ambition des auteurs consistait à reprendre l’ensemble des données publiées sur le sujet, soit quarante-trois études totalisant plus d’un million d’enfants analysés, dont deux cent soixante mille pour l’autisme, afin de vérifier s’il existe réellement un lien entre exposition prénatale au paracétamol et troubles du neurodéveloppement.
Et résultat, aucune augmentation du risque d’autisme, de TDAH ou de déficience intellectuelle n’est observée lorsque le médicament est utilisé selon les doses recommandées. Les chercheurs se sont appuyés sur des études intrafraternelles, c’est-à-dire des travaux comparant des enfants d’une même famille, exposés différemment au paracétamol au cours de grossesses successives.
En d’autres termes, l’analyse neutralise les facteurs génétiques et environnementaux, qui pèsent lourd dans l’autisme. Une fois ces biais écartés, les associations observées dans certaines études plus anciennes s’effacent totalement.
Paracétamol et autisme : pourquoi la peur s’est-elle installée ?
Certaines études, publiées entre 2010 et 2020, montraient une corrélation entre l’usage du paracétamol en grossesse et certains troubles neurodéveloppementaux. À l’époque, les chercheurs eux-mêmes appelaient à la prudence. Ces travaux étaient observationnels, incapables d’établir une causalité, et exposés à de nombreux biais.
Sur les réseaux sociaux, dans certains groupes de parents, et même dans des interventions politiques aux États-Unis, le message s’est déformé et la corrélation est devenue suspicion, puis inquiétude, puis certitude pour certains.
En France, l’ANSM avait déjà rappelé en 2025 qu’aucun lien de causalité n’était démontré et que les futures mères ne devaient pas arrêter un traitement utile sans raison valable.
Les autorités sanitaires françaises confirment : pas de danger démontré
À la suite de la publication du Lancet, les autorités sanitaires européennes et françaises ont réaffirmé une position claire. L’Agence européenne du médicament (EMA) a indiqué que les données « ne montrent aucun signal de risque pour le neurodéveloppement lorsque le paracétamol est utilisé conforme aux recommandations ».
En France, l’ANSM rappelle que le paracétamol reste l’antalgique et antipyrétique de référence chez la femme enceinte, car il présente un profil de sécurité bien plus favorable que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), eux réellement associés à des risques fœtaux, notamment à partir du deuxième trimestre.
Grossesse : quel est le vrai danger du paracétamol ?
Pas l’autisme… mais le surdosage
Si le débat sur l’autisme se clôture, un autre point continue de mobiliser les autorités : la toxicité hépatique en cas de surdosage. Le paracétamol reste l’une des premières causes d’intoxication médicamenteuse en France. Le risque n’est pas lié à la grossesse, mais à un usage excessif ou à un cumul involontaire de plusieurs produits en contenant (antidouleurs, antigrippaux…).
La posologie reste inchangée :
- 1 g maximum par prise,
- 3 g par jour en automédication,
- un intervalle d’au moins 4 heures entre deux prises.
Cette discipline suffit à garantir un bon niveau de sécurité, y compris pendant la grossesse.
Que doivent retenir les femmes enceintes aujourd’hui ?
Lorsqu’il est utilisé correctement, le paracétamol n’augmente pas le risque d’autisme chez l’enfant. Les femmes qui en ont pris pendant leur grossesse n’ont donc aucune raison de nourrir un sentiment de faute. Et celles qui en auront besoin peuvent continuer à l’utiliser avec tranquillité, en respectant les recommandations habituelles.
Le véritable enjeu est d’éviter un climat de crainte qui pousserait certaines futures mères à ne plus traiter une fièvre ou une douleur aiguë. Une forte fièvre non prise en charge pendant la grossesse peut représenter un risque bien supérieur pour le fœtus. Les autorités sanitaires invitent les patientes à rester vigilantes face à ces symptômes.
À SAVOIR
Le paracétamol est considéré comme compatible avec l’allaitement. Selon l’ANSM et la Haute Autorité de Santé, les quantités qui passent dans le lait maternel sont faibles et sans conséquence connue pour le nourrisson.







