Une femme qui n'arrive pas réaliser ses rêves par manque de motivation.
Attention, le fait de parler trop tôt de ses objectifs peut… réduire les chances de les atteindre. © Freepik

On parle souvent de procrastination ou de manque de temps pour expliquer pourquoi certains projets n’aboutissent pas. En réalité, ce sont aussi des mécanismes psychologiques qui influencent nos décisions et freinent le passage à l’action. Explications. 

Changer de métier, reprendre des études, lancer un projet, améliorer sa santé… Pour être plus heureux, les rêves ne manquent pas. Mais entre l’envie et le passage à l’action, un fossé persiste. 

Selon le Baromètre de la formation et de l’emploi publié par Centre Inffo en 2024, 21 % des actifs déclarent envisager une reconversion professionnelle. Mais plusieurs travaux en psychologie montrent que certains mécanismes influencent directement la prise de décision et peuvent freiner l’engagement dans un projet. Mais quels sont-ils ? 

Attendre le “moment parfait” : une illusion tenace

Attendre d’avoir plus de temps, plus d’argent, plus de compétences… avant de se lancer.

En psychologie, on parle de “biais du statu quo”. Décrit dès 1988 par les économistes William Samuelson et Richard Zeckhauser, il désigne notre tendance à préférer la situation actuelle, même imparfaite, plutôt que de prendre le risque du changement. Si bien que certaines décisions sont repoussées… parfois indéfiniment !

Parce que les conditions idéales n’arrivent presque jamais. Et pendant ce temps, l’envie s’émousse.

La peur de l’échec : un frein profondément ancré

Échouer fait peur. C’est humain. Mais cette peur peut devenir paralysante.

Les travaux du psychologue Albert Bandura sur le sentiment d’efficacité personnelle montrent que plus on doute de ses capacités, moins on ose se lancer. À l’inverse, quand on croit un minimum en ce qu’on peut faire, on passe plus facilement à l’action.

En France, une étude de France compétences publiée en 2022 va dans le même sens. La peur de l’échec fait partie des freins les plus souvent cités par les personnes qui envisagent une reconversion. Alors qu’échouer, ce n’est pas être nul. C’est tester, se tromper et ajuster.

Des objectifs trop flous : quand on ne sait pas vraiment où aller

“Je veux changer de vie.” “Je veux être plus heureux.” Sur le papier, ça fait envie. Mais concrètement, ça ne dit pas grand-chose sur ce qu’on doit faire, ni par où commencer.

Or, on sait que le flou n’aide pas à passer à l’action. Un objectif clair facilite l’engagement, notamment parce qu’il permet de structurer les étapes et de suivre ses progrès. Les expertises de l’INSERM sur les comportements de santé (2019) soulignent que l’information seule ne suffit pas. Pour modifier durablement ses habitudes, il faut un cadre, des repères concrets et un accompagnement. Pourquoi ? Parce que quand c’est clair, c’est plus facile de s’y mettre. On sait quoi faire, on voit si on avance, et ça aide à rester motivé.

À l’inverse, un objectif trop vague restera un peu dans le flou. On y pense, mais on ne fait rien de concret.

Se comparer aux autres : un poison pour l’estime de soi

Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on passe facilement son temps à regarder ce que font les autres. Et souvent, on a l’impression d’être en retard, ou de ne pas faire assez bien.

Depuis les travaux du psychologue Leon Festinger (1954), on sait que les individus ont tendance à se comparer aux autres pour se situer. Le problème, c’est que ces comparaisons, surtout quand elles sont fréquentes et à sens unique, peuvent peser sur l’estime de soi et entraîner une certaine forme d’anxiété.

Le fond du problème, ce n’est pas de regarder ce que font les autres. C’est de se mesurer à eux en oubliant tout le reste : leur contexte, leur parcours, leurs contraintes… qui ne sont pas les vôtres.

Abandonner trop vite : quand la motivation s’essouffle

On commence motivé. Puis viennent les obstacles. Et souvent, l’abandon. Ce n’est pas qu’une question de volonté. Au départ, l’envie de changer donne un coup de boost. Mais sans résultats rapides, cet élan s’essouffle, et l’effort devient plus difficile à maintenir.

C’est précisément ce passage qui fait la différence. Car sur le long terme, ce n’est pas la motivation qui tient, mais ce qu’on arrive à répéter. Alors, pour durer, un comportement doit s’intégrer dans le quotidien.

Derrière ces erreurs, un point commun : elles relèvent moins du manque de volonté que du fonctionnement normal du cerveau humain. Notre cerveau n’est pas spontanément programmé pour le changement. Il préfère la facilité, l’habitude, le court terme.

Plutôt que de “se motiver davantage”, les experts recommandent donc de changer de méthode. Trois leviers ressortent régulièrement :

  • Avancer par étapes : viser un objectif trop ambitieux d’un coup décourage rapidement. Découper en petites actions rend le passage à l’acte plus accessible.
  • Créer un cadre favorable : prévoir du temps, s’appuyer sur son entourage, limiter les obstacles… l’environnement joue un rôle clé dans la capacité à tenir.
  • S’appuyer sur les progrès : même modestes, ils permettent de garder le cap et de renforcer l’envie de continuer.

Réaliser ses rêves ne tient donc ni à la chance ni au talent ni au moment, mais à la capacité d’identifier ses freins et d’avancer, pas à pas, avec constance.

À SAVOIR 

Écrire ses objectifs augmente réellement les chances de les atteindre. Une étude menée par la psychologue Gail Matthews à la Dominican University of California (2015) a montré que les personnes qui mettent leurs objectifs par écrit et les partagent régulièrement ont significativement plus de chances de les concrétiser que celles qui les gardent simplement en tête.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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