Une infirmière épuisée, fragilisée par des conditions de travail éprouvantes.
Selon une étude de la Drees publiée en 2023, 41 % du personnel hospitalier présentaient des symptômes de dépression (légère à sévère). ©  Freepik

Ils prennent soin des autres, souvent avant eux-mêmes. Le premier Observatoire de la santé des personnels hospitaliers et médico-sociaux, dévoilé le 14 avril 2026 par la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH), avec l’institut de sondage Odoxa, confirme que les soignants présentent un état de santé plus dégradé que celui de la population française. Mais pourquoi vont-ils si mal ? Le point. 

Dans les hôpitaux, les cliniques, les maisons de retraite médicalisées, des femmes et des hommes passent leurs journées, et souvent leurs nuits, à préserver la santé des autres. Pourtant, leur propre état de santé se détériore davantage que celui du reste de la population.

C’est le constat dressé par le premier Observatoire de la santé des personnels hospitaliers et médico-sociaux, dévoilé le 14 avril 2026 par la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH), en partenariat avec Odoxa. Cette enquête nationale repose sur le croisement d’un sondage mené auprès de professionnels du secteur et de données de santé issues du portefeuille d’adhérents de la mutuelle. Elle compare l’état de santé des personnels travaillant à l’hôpital, en clinique, en EHPAD ou dans le médico-social à celui de l’ensemble des Français.

Les résultats décrivent une santé globale plus dégradée que dans la population générale, avec plusieurs signaux d’alerte : troubles musculo-squelettiques plus fréquents, fatigue persistante, santé mentale fragilisée, complications de grossesse plus nombreuses chez les femmes concernées, ou encore prévalence accrue de certaines pathologies.

Des métiers physiquement exigeants, parfois jusqu’à la casse

Les métiers du soin sont loin d’être sédentaires. Il faut déplacer des patients, aider à la toilette, rester debout de longues heures, marcher vite, se pencher, porter, tirer, pousser, recommencer.

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) y sont donc (très) fréquents. Ce terme regroupe les douleurs ou atteintes des muscles, tendons, articulations et nerfs : 

Les TMS restent la première cause de maladie professionnelle reconnue en France. Les métiers du soin et de l’aide à la personne figurent régulièrement parmi les secteurs les plus exposés.

Dans les EHPAD, la manutention des résidents dépendants pèse particulièrement lourd. Même avec du matériel adapté, les gestes répétés et la cadence finissent par marquer les organismes. Dans les services hospitaliers, les urgences, la gériatrie, la chirurgie ou les blocs opératoires cumulent aussi de fortes contraintes posturales.

Le travail de nuit, cet invisible dérèglement

Une grande partie des soignants travaille tôt le matin, tard le soir, la nuit, les week-ends, les jours fériés. Or le corps humain aime la régularité. Il fonctionne selon une horloge biologique interne, dite rythme circadien.

Quand cette horloge est bousculée, le sommeil se fragilise, la récupération diminue, l’humeur vacille, et certains risques augmentent.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’OMS, classe le travail de nuit impliquant une perturbation du rythme circadien comme « probablement cancérogène » pour l’être humain (groupe 2A, réévaluation 2019).

Cela ne signifie pas que travailler de nuit provoque un cancer. Mais les données scientifiques sont suffisamment solides pour considérer ce facteur comme préoccupant, notamment après des années d’exposition.

À plus court terme, les effets sont souvent très concrets : 

  • insomnies
  • somnolence diurne, 
  • irritabilité, 
  • prise de poids, 
  • troubles digestifs, 
  • fatigue persistante. 

Un cocktail peu compatible avec des métiers déjà exigeants.

La santé mentale sous pression constante

Le deuxième grand front, c’est la santé psychique. Là encore, le secteur du soin paie un lourd tribut.

Les personnels hospitaliers et médico-sociaux affrontent des situations émotionnellement lourdes : 

  • souffrance, 
  • dépendance,
  • urgence vitale, 
  • décès, 
  • familles inquiètes, 
  • manque de temps, 
  • tensions d’équipe, 
  • pénurie de soignants.

Selon la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), plusieurs enquêtes menées après la crise sanitaire ont montré une dégradation marquée de la santé mentale chez les soignants, avec des niveaux élevés de stress, d’anxiété et d’épuisement.

Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, n’est pas une simple fatigue. Il associe épuisement intense, détachement émotionnel, perte de sens et baisse de l’efficacité ressentie. Il s’installe souvent progressivement, à bas bruit, jusqu’au moment où le corps ou l’esprit disent stop.

Et dans les métiers du soin, la culpabilité s’invite souvent en plus : culpabilité de s’arrêter, de laisser l’équipe, de ne pas tenir.

Le secteur hospitalier et les EHPAD emploient majoritairement des femmes, en particulier parmi les infirmières, aides-soignantes, agentes de service hospitalier ou auxiliaires de vie.

Certaines expositions professionnelles ont des effets spécifiques sur la santé reproductive notamment : 

  • station debout prolongée, 
  • horaires de nuit, 
  • port de charges, 
  • stress intense, 
  • fatigue chronique.

Les conditions de travail pénibles peuvent être associées à davantage de complications pendant la grossesse : prématurité, hypertension gravidique, arrêts précoces, difficultés de récupération.

Dans un secteur très féminisé, ces enjeux ne sont donc pas marginaux. Ils touchent le quotidien de milliers de professionnelles.

Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes concentrent plusieurs facteurs de risque :

  • résidents fragiles, 
  • besoins constants, 
  • manutention importante, 
  • charge émotionnelle élevée, 
  • effectifs parfois insuffisants, 
  • absentéisme difficile à compenser.

Le personnel y décrit régulièrement un sentiment de course permanente. Faire vite, sans mal faire. Être présente, sans avoir le temps. Garder le sourire, même essoufflée.

La Cour des comptes, dans plusieurs rapports récents sur le grand âge, a souligné les tensions structurelles du secteur liées aux difficultés de recrutement, au turnover, au manque d’attractivité, aux besoins croissants liés au vieillissement de la population.

Les professionnels sont davantage sollicités, alors même qu’ils manquent déjà.

Quand les soignants vont mal, ce n’est pas seulement un problème individuel. C’est un problème collectif. Une santé dégradée des professionnels entraîne :

  • plus d’arrêts maladie ;
  • davantage de départs du métier ;
  • des difficultés de recrutement ;
  • une surcharge pour les équipes restantes ;
  • une continuité des soins fragilisée ;
  • parfois une qualité de prise en charge altérée.

Le système se tend, puis se retend encore.

La population vieillit, les besoins de soins augmentent, mais ceux qui assurent ces soins s’usent plus vite qu’ils ne devraient.

Les remèdes ne manquent pas. Depuis des années, les professionnels du secteur comme les experts en santé au travail identifient les mêmes leviers pour protéger durablement les soignants :

  • renforcer les effectifs pour alléger la charge quotidienne ;
  • mieux organiser les plannings et limiter les horaires déséquilibrés ;
  • prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS) par la formation et l’ergonomie ;
  • investir dans du matériel adapté pour les manutentions ;
  • proposer un accompagnement psychologique accessible ;
  • former les managers à la prévention des risques humains ;
  • garantir de vrais temps de repos après les gardes ;
  • améliorer la reconnaissance salariale, mais aussi symbolique.

Dans certains établissements, des mesures existent déjà : cellules d’écoute, temps de débriefing après des situations difficiles, lève-personnes, équipements plus ergonomiques, plannings retravaillés, actions de prévention ciblées.

Ces initiatives produisent souvent des effets concrets. Mais elles restent très inégales selon les territoires, les budgets ou l’engagement local des directions. Car lorsque les équipes travaillent en tension permanente, les ajustements ont vite leurs limites. 

Il est possible d’améliorer un siège, moderniser un chariot ou ouvrir une cellule d’écoute. Mais aucune chaise ergonomique ne compensera durablement un sous-effectif chronique.

À SAVOIR 

Le secteur du soin est sous tension depuis le début des années 2000, avec une montée progressive des difficultés liées au vieillissement de la population, aux restrictions budgétaires et aux pénuries de personnel. 

À partir de 2018-2019, la crise devient ouverte et durable, marquée par les grèves aux urgences, les fermetures temporaires de lits et les difficultés massives de recrutement. 

La pandémie de Covid-19, entre 2020 et 2022, agit ensuite comme un accélérateur brutal, provoquant épuisement des équipes, départs du métier et désorganisation persistante des établissements.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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