Un jeune homme utilise de l'herbicide contenant du glyphosate.
On utilise quotidiennement des produits, dont des herbicides ou insecticides, sans connaître leurs composants et leurs dangers potentiels. © Cookie_Studio / Freepik

Ce jeudi 3 avril 2025 s’ouvre en Isère un procès historique : la famille d’un adolescent isérois de 17 ans, atteint de graves malformations congénitales, attaque le géant Bayer-Monsanto, estimant que l’herbicide glyphosate est responsable de son état de santé. Ce procès relance le débat sur les dangers du glyphosate pour la santé humaine, alors que son autorisation vient d’être renouvelée en Europe. Quels sont les risques réels de cette molécule omniprésente dans notre environnement ? Le point sur un produit aussi contesté que répandu.

​Le 3 avril 2025 marque le début d’un procès inédit en France : une famille originaire de Moidieu-Détourbe, en Isère, assigne en justice le géant agrochimique Bayer-Monsanto, accusant son herbicide phare, le glyphosate, d’être responsable des graves malformations congénitales du jeune Théo, aujourd’hui âgé de 17 ans.

Ce procès, qui se tient à Vienne (Isère), remet sur le devant de la scène les interrogations persistantes concernant les dangers du glyphosate sur la santé.​

En 2018, les parents de Théo, Sabine et Thomas Grataloup, ont engagé une procédure judiciaire contre Monsanto, désormais propriété de Bayer (lire À SAVOIR), estimant que l’exposition au glyphosate pendant la grossesse de Sabine serait à l’origine des malformations de leur fils Théo.

Sabine Grataloup est persuadée d’avoir été en contact avec le glyphosate en utilisant ce désherbant durant sa grossesse, sans savoir qu’elle était enceinte et même être informée des risques potentiels pour un fœtus. Théo est né avec de lourdes malformations de l’œsophage, nécessitant de multiples interventions chirurgicales et un suivi médical constant. ​

Ce procès est le premier en France à établir un lien direct entre l’exposition prénatale au glyphosate et des malformations congénitales, ouvrant ainsi la voie à une reconnaissance judiciaire des effets néfastes de cet herbicide sur la santé humaine.​

Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde, notamment pour sa capacité à éliminer une large gamme de plantes indésirables. Introduit sur le marché en 1975 par Monsanto sous le nom commercial de Roundup, il est devenu omniprésent dans l’agriculture moderne.

Cependant, son utilisation massive a suscité de nombreuses controverses, en particulier concernant ses effets potentiels sur la santé humaine et l’environnement.

Plusieurs études ont suggéré des liens entre l’exposition au glyphosate et diverses pathologies. En 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une agence de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a classé le glyphosate comme “cancérogène probable” pour l’homme, sur la base de preuves limitées chez l’humain et suffisantes chez l’animal.

En France, une expertise collective de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) publiée en 2021 a conclu à une présomption moyenne de lien entre l’exposition professionnelle au glyphosate et le risque accru de lymphomes non hodgkiniens. D’autres études évoquent également des sur-risques pour le myélome multiple et les leucémies, bien que les résultats soient moins solides.

Par ailleurs, le glyphosate est suspecté d’être un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire une substance pouvant interférer avec le système hormonal et provoquer des effets néfastes sur la reproduction et le développement. L’INSERM souligne toutefois que les preuves actuelles sont insuffisantes pour conclure définitivement à ce sujet.

Malgré ces alertes, les évaluations des agences sanitaires divergent. L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et l’Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA) ont conclu que le glyphosate n’est probablement pas cancérogène pour l’homme, s’appuyant sur d’autres études scientifiques.

Ces divergences ont conduit à des débats houleux au sein de l’Union européenne concernant l’autorisation du glyphosate. En novembre 2023, la Commission européenne a renouvelé l’autorisation du glyphosate pour dix ans, une décision contestée par plusieurs ONG qui ont saisi la justice européenne pour réclamer son annulation. ​

Au-delà des impacts sur la santé humaine, le glyphosate a également des effets délétères sur l’environnement. Une étude menée par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) en 2024 a montré que l’utilisation du glyphosate entraîne une diminution de 21 % de la biodiversité dans les parcelles traitées, favorisant les espèces exotiques au détriment des espèces natives.

Le procès intenté par la famille Grataloup contre Bayer-Monsanto symbolise une prise de conscience croissante des risques associés au glyphosate. Il souligne la nécessité d’une évaluation rigoureuse et indépendante des pesticides, ainsi que l’importance de mesures préventives pour protéger la santé publique et l’environnement.

Alors que les débats scientifiques et juridiques se poursuivent, il est essentiel que les autorités sanitaires et les décideurs politiques prennent en compte l’ensemble des données disponibles pour adopter des réglementations adaptées, garantissant la sécurité des citoyens et la préservation des écosystèmes.

À SAVOIR

Le groupe Bayer, multinationale pharmaceutique et agrochimique allemande fondée en 1863, est notamment connu pour avoir inventé l’aspirine. En 2018, Bayer rachète Monsanto, entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles, pour 63 milliards de dollars. Monsanto est depuis longtemps au cœur de polémiques liées à ses produits phytosanitaires, notamment le Roundup à base de glyphosate. Ce rachat place Bayer au centre des controverses sanitaires et environnementales héritées de Monsanto. Dès 2019, le groupe fait face à une avalanche de procès, principalement aux États-Unis, où des milliers de plaignants l’accusent de négligence et de mise en danger de la santé publique. Bayer a déjà versé plusieurs milliards de dollars pour solder certaines procédures. En France, l’affaire Grataloup constitue l’un des premiers grands procès du genre.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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