Un livreur à vélo, qui travaille pour Uber Eats, est épuisé par ses conditions de travail.
59 % des livreurs interrogés disent avoir déjà été victimes d’au moins un accident du travail. © Freepik

En France, une enquête de Médecins du Monde publiée le 31 mars 2026 révèle une dégradation préoccupante de la santé des livreurs à vélo de plateformes comme Uber Eats et Deliveroo. Longues semaines de travail, faibles revenus, forte prévalence de troubles physiques et psychiques… Que révèle l’enquête sur l’état de santé des livreurs à vélo ? 

Ils sillonnent les villes à toute heure, souvent invisibles derrière leurs sacs isothermes. Les livreurs à vélo font désormais partie du quotidien, au rythme des commandes passées sur des plateformes comme Uber Eats ou Deliveroo. Pourtant, on connaît encore mal leurs conditions de travail.

Une enquête menée par Médecins du Monde auprès de 1000 livreurs parisiens et bordelais, publiée le 31 mars 2026, apporte des éléments concrets sur leur état de santé et les conditions de travail. Les résultats montrent que ces travailleurs, souvent précaires, cumulent fatigue, pression et difficultés financières.

Premier constat, ils travaillent beaucoup. En moyenne, les livreurs déclarent 63 heures par semaine. C’est bien plus que la durée habituelle. Une charge de travail qui ouvre la porte à bien des troubles physiques et mentaux. 

Travailler plus… pour gagner moins

Malgré un engagement horaire conséquent, les livreurs perçoivent des rémunérations faibles et instables. Selon l’enquête, le revenu mensuel moyen s’élève à environ 1 480 euros brut, soit souvent moins de 1 000 euros net une fois les charges déduites. 

Rapporté au temps de travail réel, incluant les périodes d’attente non rémunérées, cela correspond parfois à moins de 6 euros de l’heure.

Ce décalage s’explique en partie par le fonctionnement même des plateformes. Les livreurs sont rémunérés à la course. Or, les temps d’attente entre deux livraisons, fréquents, ne sont pas payés.

Aussi, de nombreux livreurs, notamment en situation administrative précaire, utilisent des comptes appartenant à des tiers. Ce système, illégal mais répandu, peut coûter plusieurs centaines d’euros par mois, réduisant encore les revenus disponibles.

Une santé mentale fragilisée

Au-delà des difficultés économiques, c’est l’état psychologique des travailleurs qui inquiète particulièrement.

L’enquête révèle que près d’un livreur sur deux présente des symptômes dépressifs. Environ 45 % souffrent d’une détresse psychologique significative. Ces niveaux sont nettement supérieurs à ceux observés dans la population générale.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

À cela s’ajoutent des troubles du sommeil fréquents, liés à des rythmes irréguliers et à la nécessité de se connecter aux heures de forte demande, souvent tard le soir ou le week-end.

Des corps mis à rude épreuve

Le métier de livreur à vélo est physiquement exigeant. L’étude souligne une prévalence élevée de douleurs et de troubles musculosquelettiques. Les zones les plus touchées sont :

  • le dos (66 % des livreurs souffrent du dos)
  • les genoux
  • les épaules

Ces douleurs sont liées à plusieurs contraintes : longues heures passées à pédaler, port de charges lourdes, postures répétitives.

Les conditions de circulation constituent également un risque majeur. Les livreurs sont exposés en permanence au trafic urbain, aux intempéries et à la fatigue. Les accidents sont fréquents, mais rarement déclarés, notamment à cause de l’absence de protection sociale adaptée. En tant que travailleurs indépendants, les livreurs ne bénéficient pas automatiquement d’une couverture en cas d’accident du travail.

Une précarité sociale marquée

L’enquête met aussi en évidence le profil socio-économique des livreurs. En France, une large majorité sont des hommes, souvent issus de l’immigration.

Beaucoup se trouvent en situation administrative fragile. Selon les données recueillies, une part importante d’entre eux ne dispose pas de titre de séjour régulier. Cette précarité limite fortement leur accès aux droits, notamment en matière de santé.

Et, conséquence directe, environ un tiers des livreurs déclarent renoncer à se soigner, faute de moyens ou par crainte de démarches administratives.

Celles-ci considèrent les livreurs comme des travailleurs indépendants. Ce statut implique une grande autonomie… mais aussi une absence de protection sociale classique : 

  • pas de congés payés, 
  • pas d’assurance chômage, 
  • pas de couverture automatique en cas d’accident.

Dans les faits, les livreurs restent fortement dépendants des plateformes. Les algorithmes déterminent l’accès aux courses, les revenus et même la possibilité de continuer à travailler (via des systèmes de notation ou de désactivation).

Cette situation hybride, entre indépendance théorique et dépendance réelle, est aujourd’hui largement débattue, notamment par les chercheurs en santé au travail et en économie.

À SAVOIR

Selon l’Institut national de recherche et de sécurité, les troubles musculosquelettiques représentent la première cause de maladies professionnelles en France. Ils sont favorisés par les gestes répétitifs, les postures contraignantes et le port de charges, des situations fréquentes dans le métier de livreur à vélo.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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