L’Agence régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes, qui vient de dévoiler sa feuille de route 2025-2028, a érigé en priorité la santé mentale des jeunes, face aux statistiques effarantes témoignante de la hausse du mal-être des moins de 30 ans depuis la crise sanitaire. Une stratégie qui s’inscrit dans un contexte national, avec la santé mentale comme Grande Cause Nationale 2025, et qui entend balayer chaque territoire pour ne laisser aucune victime sur le carreau.
Certains chiffres suffisent à résumer l’ampleur du phénomène : un jeune sur quatre, en France, est touché par des troubles dépressifs. Autre réalité plus qu’inquiétante, signe d’une insouciance perdue et d’un mal-être plus que profond, le suicide est la deuxième cause de mortalité des 15-24 ans…
La santé mentale des Français ne cesse de se dégrader depuis le début du siècle. Et la crise sanitaire n’a fait qu’aggraver une situation déjà plus que préoccupante. Au-delà du pourquoi (crise environnementale, pression scolaire et professionnelle, actualité internationale traumatisante….), la question de la prise en charge de ce mal-être est au coeur des politiques médico-sociales.
Rien d’étonnant, donc, à ce que l’Agence régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes, à l’heure où la santé mentale est reconnue Grande Cause Nationale 21025, en est fait la pierre angulaire de sa feuille de route 2025-2028. “La santé mentale est une question transversale, qui nous engage collectivement”, confirme Cécile Courrèges, la directrice générale de l’ARS. “Cette feuille de route incarne une volonté d’agir en profondeur et en solidarité, pour permettre à chaque jeune de notre région de grandir dans un environnement bientraitant, à l’écoute et résilient. Elle témoigne aussi de notre ambition partagée d’inscrire durablement la prévention, le repérage précoce et l’accès aux soins au coeur de nos politiques de santé publique”.
Améliorer le dépistage précoce des troubles psychiques
Prévention, repérage précoce et accès aux soins : les priorités sont claires. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, les statistiques ne différent pas de celles du reste de la France. La typologie de la région, avec des territoires très variés, accentue toutefois les disparités, creusant ainsi les inégalités en matière d’accès aux soins.
Igor Busschaert, le directeur général adjoint de l’ARS, rappelle que “75% des troubles psychiatriques débutent avant l’âge de 25 ans”. D’où l’importance cruciale du dépistage anticipé de ces troubles et d’une amélioration, donc, des dispositifs de repérage.
L’un des enjeux est donc d’entretenir et étoffer, en lien avec les 70 établissements spécialisés, le maillage de dispositifs susceptibles de repérer et d’accompagner les jeunes en détresse, et ce dans l’ensemble des territoires, y compris les plus éloignés du soin. C’est l’une des vocations des maisons des adolescents (17 en tout sur les 12 départements), où l’accueil, ouvert aux jeunes, mais aussi à leur entourage, qu’il s’agisse des familles et des professionnels de l’éducation, se fait sans rendez-vous.
Des dispositifs destinés à une meilleure écoute des jeunes
Autres actions notables, le financement de la présence de psychologues dans les missions locales, ou encore les subventions allouées aux Centres médico-psychologiques pour enfants et adolescents (408 184 jeunes pris en charge en CMP dans la région en 2024).
L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes soutient également toute une série de dispositifs d’écoute et d’aides dédiés aux jeunes : association Nightline pour les étudiants, programme “ambassadeurs en santé mentale” (72 jeunes volontaires recrutés chaque année dans le cadre de leur service civique)
Un budget spécifique de 3,6 millions d’euros est directement attribué par l’ARS à la prévention du suicide, via différents dispositifs nationaux déployés dans la région. C’est le cas du numéro d’appel gratuit 3114, dont le traitement des appels est assuré par les Hospices Civils de Lyon et le CHU de Saint-Étienne. Mais aussi du programme VigilanS, dédié à la surveillance des personnes ayant déjà fait une tentative de suicide, avec quatre établissements régionaux concernés. Ce budget sert également à la montée en compétence des professionnels de santé pour la prévention du suicide (programme en partenariat avec la Fondation ARHM, plateforme ressource PRISM).
À SAVOIR
Selon l’Observatoire régionalk de la santé mentale (janvier 2025), 40% des passages aux urgences et 37% des hospitalisations pour tentative de suicide concernaient des jeunes de moins de 25 ans en 2023.








