Un champ de blé contaminé au cadmium.
Présent naturellement dans les sols, le cadmium voit sa teneur augmenter par le recours aux engrais phosphatés, avant de se propager à l'alimentation humaine par les plantes, principalement les céréales. © aleksandarlittlewolf / Freepik

La France soumet ses habitants à une surexposition au cadmium, via l’alimentation, bien plus élevée que celle de ses voisins européens. Une spécificité aux conséquences terribles pour la santé du fait de l’extrême toxicité de ce métal, comme le dénonce le Dr Pierre Souvet. Le président de l’Association Santé Environnement France fustige ainsi l’inaction des autorités sanitaires et politiques face à un problème de santé publique majeure, jusqu’à évoquer un véritable scandale d’État.

La nouvelle alerte publiée par l’Anses le 25 mars dernier a confirmé une réalité inquiétante. La France, du fait d’un usage massif d’engrais minéraux phosphatés dans ses activités agricoles, présente des taux d’exposition au cadmium parmi les plus élevés d’Europe, favorisant ainsi la contamination excessive de sa population, via l’alimentation.

Alors que l’ancien ministre de la santé, Yannick Neuder, vient d’annoncer que le dépistage du cadmium serait prochainement généralisé, des voix continuent de s’élever dans la communauté scientifique pour alerter sur le manque de réaction face à un enjeu de santé publique majeur.

C’est notamment le cas du Dr Pierre Souvet, cardiologue et président de l’ASEF (Association Santé Environnement France). Coordinateur de l’ouvrage ”Anti-toxique, le guide des polluants cachés”, publié ce mardi 8 avril, il tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme en appelant à la prise en compte, enfin, de cette bombe sanitaire dont les répercussions s’annoncent particulièrement préoccupantes.

Le cadmium est l’un des polluants cachés que vous dénoncez dans votre ouvrage : pourquoi est-il si dangereux ?

Le Dr Pierre Souvet, cardiologue à Marignane et président de l'Association Santé Environnement France.
Le Dr Pierre Souvet, président de l’ASEF. © Ma Santé

Le cadmium est un métal lourd cancérogène qui n’a aucune utilité pour notre organisme, contrairement au fer, au calcium ou au cuivre. Dès 2021, Santé publique France a révélé que les Français étaient beaucoup plus contaminés que dix ans auparavant, jusqu’à deux fois plus.

Il existe 17 900 articles scientifiques qui détaillent la toxicité de ce métal ! Et tous disent que nous sommes face à un problème majeur de santé publique. La France est surcontaminée, nos enfants sont surcontaminés. C’est un enjeu national.

Quelles sont les conséquences de cette toxicité du cadmium pour la santé ?

Le premier problème du cadmium, c’est qu’il est multi-pathologique. Il engendre des pathologies au cerveau, aux os, au système cardiovasculaire, au rein, au foie, au pancréas.

Il est aussi à l’origine de troubles de la reproduction et est lié notamment à plusieurs cancers, notamment celui du pancréas, mais aussi du sein et de la prostate. Des études sur la mortalité ont clairement démontré que le risque de mourir en cas de cancer est globalement plus élevé lorsque l’on a un taux de cadmium élevé. C’est vraiment un métal d’une extrême toxicité.

Pourquoi parle-t-on de bombe à retardement ?

Car le deuxième gros inconvénient majeur du cadmium, c’est qu’il se stocke dans votre organisme, dans votre foie et vos reins. Il ne s’élimine pas, ou très lentement. Il met plusieurs dizaines d’années à s’éliminer. D’année en année, vous augmentez ainsi votre taux.

Nos enfants, de 6 à 10 ans, ont déjà des taux absolument considérables, qui font craindre que plus tard ils soient confrontés à un handicap sanitaire. Les adultes aussi, bien sûr. On est très, très inquiets pour l’avenir.

Quelle est la source de cette contamination au cadmium ?

Principalement l’alimentation. Le cadmium est présent dans les sols, mais les activités agricoles, via notamment les engrais de phosphate, font exploser les taux. Il remonte par les plantes et contamine essentiellement des aliments de tous les jours : les pommes de terre et leurs dérivés, comme les chips, le pain et ses dérivés, les céréales, surtout le blé…

Pourquoi la France est-elle plus touchée que les autres pays européens ?

Les adultes français concentrent des taux de cadmium deux à trois fois supérieurs à ceux de pays étrangers similaires. Chez les enfants, on trouve des doses jusqu’à trois à quatre fois supérieures à celles des enfants américains, allemands ou canadiens.

Cette surexposition française tient principalement à l’import d’engrais phosphatés en provenance du Maroc, aux roches naturellement riches en cadmium. Cette pratique enrichit des sols français contenant déjà naturellement du cadmium.

Peut-on évaluer cette différence ?

La France a la caractéristique d’avoir des normes réglementaires plus élevées que les normes européennes. En 2018, l’Europe a décidé de passer la dose par kilo d’engrais de phosphate à 60 mg. La France, elle, conserve un seuil à 90 mg/kg. L’agence nationale de sécurité sanitaire française, dans un rapport en 2021, montre pourtant que pour réduire la contamination des aliments, il ne faudrait pas être à 90 mg/kg, ni même à 60 mg/kg, mais à 20 mg/kg !

Dans le même temps, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), a démontré que la contamination des aliments, notamment chez les enfants, avait encore augmenté. Si rien n’est fait sur le plan politique pour réduire le taux de cadmium dans les engrais, et plus précisément de réduire cette valeur réglementaire de 90 à 60 dans les meilleurs délais, les Français paieront un lourd prix sanitaire. C’est un scandale, un vrai scandale d’État. C’est ahurissant.

Comme se protéger aujourd’hui du cadmium ?

Ce qui s’est passé avant, malheureusement, est fait. Mais maintenant, il faut agir. La première action est politique, avec un alignement dans les meilleurs délais sur les valeurs réclamées par l’ANSES. Il faut ensuite sensibiliser les Français sur les aliments qui contribuent le plus à leur contamination et leur donner des recettes de changement.

Quelles peuvent être ces alternatives ?

Si vous proposez au petit-déjeuner à votre enfant un bol de céréales et au goûter des biscuits sucrés, qui sont très contaminés, faites l’effort de lui proposer une compote, un yaourt, un fruit, ou même un petit morceau de pain. Car s’il peut y avoir du cadmium dans le pain, c’est tout de même mieux.

Dans vos habitudes alimentaires, il faut réduire la consommation de pommes de terre et de dérivés de céréales, qui sont les plus gros contributeurs de cadmium chez l’enfant et chez l’adulte. Sur le site de l’association Santé Environnement France, nous proposons des fiches avec des recettes, co-signées par les unions de médecins libéraux, pour moins vous contaminer et contaminer vos enfants. Vous n’irez pas jusqu’au zéro cadmium, mais vous arriverez à limiter grandement sa présence dans votre organisme et celui de vos enfants.

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées ?

Les femmes, en effet, sont plus contaminées que les hommes, jusqu’à 30% de plus en moyenne. Pourquoi ? Parce que quand on absorbe du cadmium par voie alimentaire, votre organisme va le laisser remplacer les bons métaux dont vous pourriez manquer, comme le fer, le cuivre, le zinc. Il se trouve que les femmes non-ménopausées présentent une moyenne de 25% de carence en fer. C’est là que le cadmium peut rentrer.

La lutte contre la carence en fer, qui touche tant de femmes non-ménopausées, est donc aussi une priorité pour limiter la contamination du cadmium. Il faut que vous en parliez à votre médecin, pour prendre en charge cette carence en fer.

Le cadmium est le poison numéro 1 en France aujourd’hui ?

Les deux poisons qui nous inquiètent le plus, ce sont ceux qui persistent dans notre corps et dans l’environnement, auxquels nous sommes exposés tous les jours et qui engendrent une multiplicité de pathologies. Ces deux poisons sont le cadmium, bien sûr, et les Pfas, des polluants éternels que l’on retrouve dans des rejets industriels et dans plus de 10% des pesticides. Ce sont les deux grands problèmes auxquels nous sommes et serons confrontés.

À SAVOIR

Le livre Anti-toxique, le guide des polluants cachés, est publié le 8 avril 2026 aux éditions Albin-Michel. Piloté par le Dr Pierre Souvet, l’ouvrage est un recueil de “recettes” établi par une vingtaine de membres de l’Association Santé Environnement France, tous professionnels de santé, pour mieux connaître ces polluants toxiques du quotidien, leur localisation, leurs effets sur la santé et les moyens de s’en protéger.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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