Douleurs au dos, fourmillements, engourdissements… Souffrez-vous d’une myélopathie ?

Un homme se tenant le bas du dos, ressentant des douleurs et des troubles pouvant être liés à une myélopathie susceptible d'affecter sa mobilité et sa coordination․
La myélopathie se caractérise par une compression progressive de la moelle épinière au niveau cervical, provoquant des douleurs ainsi que des troubles neurologiques․ ©pixelshot / Canva
Fourmillements dans les mains, douleurs dans le dos, faiblesse musculaire․․․ Ces symptômes peuvent indiquer une myélopathie, une atteinte de la moelle épinière souvent causée par une compression nerveuse․ Comment identifier ces signes ? Quelles sont les causes ? Comment prévenir les complications ? Explications.
Sommaire

Lâcher un objet sans le vouloir, fourmillements persistants dans les mains, sensation d’instabilité… Après 50 ans, ces symptômes sont souvent minimisés et attribués à l’âge ou à de simples douleurs cervicales.

Pourtant, ils peuvent parfois indiquer une myélopathie cervicale, une maladie qui toucherait près de 2 % des adultes, soit environ une personne sur 50.

Souvent confondue avec de l’arthrose ou un vieillissement naturel, cette affection correspond en réalité à une compression progressive de la moelle épinière au niveau du cou.

Ce qui ressemble à un mal de dos chronique peut donc cacher des troubles neurologiques plus graves, susceptibles d’affecter durablement votre coordination et votre mobilité.

Qu’est-ce que la myélopathie ?

La myélopathie est une pathologie neurologique qui touche la moelle épinière (le prolongement du cerveau situé dans la colonne vertébrale, chargé de transmettre les informations nerveuses).

On parle de myélopathie dès qu’il existe une atteinte de cette moelle, qu’il s’agisse d’une compression, d’une inflammation ou d’une lésion.

Toutes les zones du rachis peuvent être concernées. Mais la forme la plus fréquente et la plus grave reste la myélopathie cervicale, localisée au niveau de la nuque. Elle est souvent liée au vieillissement et à l’arthrose, on parle alors de myélopathie cervicarthrosique.

La moelle épinière est un organe très délicat, comparable à un câble électrique fragile qui traverse le tunnel osseux du corps humain. Lorsque ce tunnel, appelé canal rachidien, se rétrécit trop (sténose), le câble subit une compression et la transmission des messages nerveux devient difficile.

La myélopathie se présente sous plusieurs formes

La myélopathie peut provenir de diverses causes et se présenter sous plusieurs formes. La plus courante est la forme dégénérative, liée à l’usure naturelle des structures de la colonne vertébrale.

Au fil du temps, les disques intervertébraux (structures souples situées entre les vertèbres) s’altèrent, les ligaments s’épaississent, et des excroissances osseuses appelées ostéophytes (petites formations osseuses associées à l’arthrose) peuvent se développer.

Les diverses causes à l’origine d’une myélopathie

La cause principale demeure le vieillissement de la colonne vertébrale, qui entraîne une dégénérescence progressive des structures osseuses et articulaires.

Cette usure peut provoquer un rétrécissement du canal vertébral, comprimant ainsi la moelle épinière.

Cependant, d’autres facteurs peuvent également être impliqués : une hernie discale cervicale, une fracture, un traumatisme, un glissement de vertèbre (spondylolisthésis), ou encore des maladies inflammatoires.

Parfois, une infection ou une tumeur peut aussi être à l’origine de la compression médullaire (lorsque la moelle épinière se retrouve écrasée).

Ces signes de la myélopathie qui devraient éveiller votre attention

Au départ, les symptômes peuvent paraître légers. Il peut s’agir d’un simple engourdissement, d’une maladresse ou d’une diminution de la dextérité des mains.

Mais peu à peu, ces signes deviennent plus évidents. Les patients peuvent ressentir des paresthésies (sensations inhabituelles comme des picotements ou des fourmillements), une faiblesse musculaire, ainsi que des troubles de la marche accompagnés d’instabilité.

Dans les cas plus avancés, la myélopathie peut provoquer des troubles moteurs importants, voire une paralysie partielle.

Des troubles sphinctériens peuvent aussi survenir, avec des difficultés à contrôler la vessie ou des problèmes urinaires.

Quels sont les examens pour dépister une myélopathie ?

Le diagnostic s’appuie sur un examen clinique rigoureux, effectué par un médecin. Le praticien évalue les réflexes, la force musculaire ainsi que la coordination. Le déroulement de ces différents tests en cabinet, souvent complété par des examens d’imagerie pour confirmer le diagnostic, est le suivant :

  • L’évaluation des réflexes : réalisée à l’aide d’un petit marteau en caoutchouc, cette épreuve permet de contrôler le fonctionnement du système nerveux (en cas d’atteinte de la moelle épinière, les réflexes deviennent souvent désordonnés, saccadés et anormalement vifs).
  • Le test de la force et de la coordination : en demandant au patient de marcher sur une ligne droite ou de repousser ses mains, le médecin cherche à détecter une faiblesse musculaire, des troubles de l’équilibre ou une raideur inhabituelle dans les jambes (un symptôme fréquent appelé « spasticité »).
  • Le test de sensibilité : réalisé en passant un petit coton ou un diapason vibrant sur la peau, il sert à vérifier que les sensations tactiles sont correctement transmises jusqu’au cerveau (sans être bloquées ou ralenties par une compression au niveau du cou ou du dos).
  • L’IRM (Imagerie par résonance magnétique) : c’est l’examen de référence, totalement indolore, qui offre une image 3D de l’intérieur du corps. L’IRM permet d’observer directement la moelle épinière à l’écran, d’identifier précisément le point où elle est comprimée et de repérer des taches blanches appelées « hypersignaux » témoignant d’une détérioration.
  • Le scanner : souvent prescrit en complément avant une éventuelle intervention chirurgicale, il permet d’examiner les os. Contrairement à l’IRM, le scanner est particulièrement efficace pour détecter si c’est de l’arthrose ou un « bec de perroquet » osseux qui vient comprimer la moelle.
  • L’électromyogramme (EMG) : réalisé avec des petites électrodes posées sur la peau, il mesure la vitesse à laquelle le courant électrique circule dans le corps. Cet examen confirme que le dysfonctionnement électrique provient bien de la moelle épinière et non d’un nerf simplement coincé ailleurs.

Les solutions pour traiter une myélopathie

Prise de médicaments et rééducation de la colonne vertébrale

Lorsque la maladie est détectée précocement et que les signes restent légers, on privilégie un traitement médical associé à un suivi rigoureux :

Les médicaments : le médecin prescrit des antalgiques, des anti-inflammatoires ou des décontracturants musculaires (parfois des corticoïdes, administrés sous forme de comprimés ou par injection locale appelée infiltration, afin de réduire fortement l’inflammation)․

La kinésithérapie : des séances de rééducation sont souvent recommandées pour maintenir la souplesse de la colonne, améliorer la mobilité et limiter les douleurs au quotidien․

La surveillance régulière : cette étape est essentielle pour s’assurer que la maladie reste stable et pour détecter au plus vite toute nouvelle atteinte de la moelle épinière․

Une intervention chirurgicale dans les cas graves

Quand la maladie devient invalidante, la chirurgie devient nécessaire. Le but est de libérer la moelle épinière de la pression afin d’arrêter l’évolution de la pathologie. Selon les cas, le chirurgien peut recourir à plusieurs techniques :

  • La laminectomie : c’est la méthode privilégiée lorsque la compression concerne plusieurs étages vertébraux ; elle consiste à retirer une petite partie de la vertèbre pour élargir le « tunnel » osseux et redonner ainsi de l’espace à la moelle․
  • La discectomie : utilisée en cas d’atteinte très localisée, le chirurgien enlève précisément le disque intervertébral endommagé qui comprime les nerfs․
  • L’arthrodèse : parfois proposée en complément, cette intervention fusionne plusieurs vertèbres entre elles grâce à des vis et tiges afin de stabiliser durablement la colonne․
  • Le retrait des ostéophytes : lors de l’opération, le chirurgien peut aussi « gratter » l’os pour éliminer ces fameux « becs de perroquet » responsables de la compression․

Pour éviter de telles interventions souvent lourdes et invalidantes, ne sous-estimez pas certains symptômes neurologiques et autres douleurs diffuses qui doivent vous inciter à consulter un spécialiste.

À SAVOIR

En 1924, le neurologue français Jean Lhermitte met en évidence qu’un signal particulier permet de repérer les lésions de la moelle épinière․ Chez des patients souffrant de myélopathie chronique, souvent liée à une arthrose cervicale, un simple mouvement, comme incliner la tête vers l’avant, provoque une sensation soudaine de décharge électrique․ Cette sensation part de la nuque et peut se propager le long de la colonne vertébrale jusqu’aux bras ou aux jambes․ Ce phénomène s’explique par une compression progressive de la moelle épinière․ Avec le temps, la gaine de myéline qui protège les fibres nerveuses s’abîme, rendant la moelle plus vulnérable․ Lorsque le cou se plie, elle est légèrement étirée, ce qui suffit à déclencher une sorte de court-circuit neurologique․ Une sensation impressionnante, mais surtout un signe d’alerte indiquant une souffrance du système nerveux․

Image de Pier Paolo Walack
Pier Paolo Walack
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez sur