
Prescrite pour soulager les douleurs neuropathiques ou prévenir les crises d’épilepsie, la prégabaline, commercialisée sous le nom de Lyrica, est de plus en plus détournée de son usage médical. À bas coût et facilement accessible, elle est aujourd’hui surnommée la « drogue du pauvre » et alerte les autorités sanitaires françaises. Le point.
Depuis plusieurs années, la prégabaline, commercialisée sous le nom de Lyrica, connaît une dérive inquiétante en France. Initialement prescrite depuis 2004 pour traiter l’épilepsie et les douleurs neuropathiques, cette molécule est devenue au fil du temps une substance détournée, utilisée comme drogue de rue à bas coût.
Dès 2019, les autorités françaises ont commencé à signaler une hausse significative des saisies et des trafics autour de ce médicament, avec un pic notable en 2023, où plusieurs milliers de gélules ont été interceptées dans des colis suspects à travers le pays. Ce phénomène soulève aujourd’hui de sérieux enjeux sanitaires et judiciaires, tant la prégabaline, facilement accessible, peut entraîner des effets secondaires graves en cas de mésusage.
Un médicament bien connu… mais de plus en plus détourné
Prégabaline : quand le soulagement vire au danger
Le détournement de la prégabaline n’est pas anodin. Consommée à haute dose, ou sans suivi médical, elle peut entraîner une véritable dépendance, et des effets secondaires sévères, voire mortels.
Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), les principaux effets secondaires observés en cas de mésusage sont :
- confusion mentale,
- somnolence extrême,
- vertiges,
- troubles de la conscience,
- hallucinations,
- et, dans les cas les plus graves, coma voire décès [ANSM, 2023].
Le risque d’addiction est particulièrement élevé chez les personnes vulnérables (patients psychiatriques, jeunes précaires, polyconsommateurs).
Un trafic en forte hausse dans les grandes villes françaises
Si la prégabaline est aujourd’hui qualifiée de “drogue du pauvre”, ce n’est pas pour rien : facile à obtenir, bon marché, et discrète, elle coche toutes les cases pour les trafiquants.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- 5 544 gélules saisies à Metz dans un colis suspect,
- 2 800 gélules découvertes à Marseille dans le fret express,
- 5 792 gélules interceptées en août dernier entre la Belgique et le Val-d’Oise (source : Direction générale des Douanes).
La falsification d’ordonnances, le nomadisme médical et les prescriptions détournées alimentent ce marché parallèle florissant. Et les profils des usagers évoluent : jeunes actifs précaires, étudiants, usagers de drogues en rupture, etc.
Prégabaline : quelle suite pour cet antiépileptique ?
Prescription sous haute sécurité depuis 2021
Face à cette dérive, les autorités ont serré la vis. Depuis mai 2021, la prégabaline est soumise à un cadre de prescription renforcé :
- ordonnance sécurisée obligatoire,
- durée de prescription limitée à 6 mois,
- pas de renouvellement automatique.
L’objectif est de réduire les abus, freiner le trafic, et protéger les patients d’une utilisation non médicale du médicament.
Par ailleurs, l’Observatoire national des médicaments a renforcé ses dispositifs de veille. Près de 1,9 million de produits de santé (médicaments et contrefaçons) ont été saisis en 2022 en France selon le rapport annuel des Douanes Françaises.
Pourquoi cette molécule attire autant ?
Trois raisons principales expliquent ce phénomène inquiétant :
- Le prix : quelques euros la gélule, bien moins cher qu’une dose de cocaïne ou d’héroïne.
- La disponibilité : une pharmacie, une ordonnance (parfois fausse), et le tour est joué.
- Les effets recherchés : euphorie douce, désinhibition, “décrochage” de la réalité.
Dans certains quartiers ou structures psychiatriques, le Lyrica est devenu une monnaie d’échange, parfois même revendu à l’unité dans la rue. Le phénomène est particulièrement observé dans les zones urbaines précaires, avec un impact sanitaire dramatique.
À SAVOIR
La prégabaline peut potentialiser les effets d’autres dépresseurs du système nerveux central, comme l’alcool ou les benzodiazépines, augmentant significativement les risques de surdosage et de complications graves [ANSM, 2023].







