Un groupe d’adolescents, téléphone en main, absorbés par les réseaux sociaux, comme happés par leurs écrans.
Ce n’est pas seulement le temps passé sur les réseaux sociaux qui pose question, mais aussi la fréquence des sollicitations et la difficulté à faire des pauses. © Freepik

Les réseaux sociaux sont désormais dans le viseur de la justice. Des décisions récentes reconnaissent leurs effets sur la santé, en particulier chez les jeunes. En pointant leur potentiel addictif, elles marquent un tournant et interrogent les usages au quotidien des plus jeunes.

Pendant des années, le débat sur les réseaux sociaux s’est joué dans une zone grise. D’un côté, leur utilité sociale, culturelle, parfois éducative. De l’autre, une inquiétude diffuse entre perte de contrôle, dépendance, troubles du sommeil et anxiété. Mais faute de cadre clair, ces effets restaient souvent relégués à la sphère des préoccupations parentales ou médicales.

Mais un tournant est en train de s’opérer. Aux États-Unis, des décisions de justice rendues en mars 2026 ont reconnu la responsabilité de grandes plateformes dans les dommages subis par des mineurs, pointant leur fonctionnement même.

Aujourd’hui, le ton change. La justice commence à reconnaître que ces plateformes ne sont pas de simples outils neutres, mais des environnements conçus pour capter l’attention… parfois jusqu’à l’excès.

L’addiction ne concerne pas seulement les substances comme l’alcool, le tabac ou les drogues. Elle peut aussi toucher certains comportements, comme l’usage des écrans.

Selon la classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-11), une pratique devient problématique quand une personne perd le contrôle. Elle y consacre de plus en plus de temps et continue malgré des conséquences négatives sur sa vie.

Selon la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, certains usages numériques reposent sur des mécanismes de renforcement qui encouragent à se reconnecter régulièrement. Les réseaux sociaux utilisent ces mécanismes d’addiction. Ils s’appuient notamment sur :

  • des notifications fréquentes
  • des likes et des commentaires
  • des contenus qui apparaissent en continu

Ces signaux arrivent de façon imprévisible donc l’utilisateur ne sait pas quand il va recevoir une nouvelle interaction. Résultat, l’utilisateur revient souvent. Il consulte son téléphone de manière répétée. Il peut avoir du mal à s’arrêter… Un peu comme devant une machine à sous. 

Le cerveau des adolescents est encore en développement. Les zones qui permettent de se contrôler ne sont pas encore complètement matures. En même temps, les jeunes sont très sensibles au regard des autres.

Dans ce contexte, les réseaux sociaux prennent une place importante.

Selon un rapport du bureau européen de l’OMS publié en 2024, basé sur une enquête menée auprès de près de 280 000 adolescents de 11, 13 et 15 ans dans 44 pays, les usages sont très élevés. Plus d’un tiers des jeunes déclarent être en contact permanent avec leurs amis en ligne.

Surtout, environ 11 % des adolescents présentent un usage problématique des réseaux sociaux. Ce chiffre était de 7 % en 2018. Ces jeunes ont du mal à contrôler leur utilisation. Ils ressentent un manque quand ils ne sont pas connectés. Ils peuvent négliger d’autres activités et subir des conséquences dans leur vie quotidienne.

Le soir, l’exposition aux écrans retarde l’endormissement. La lumière bleue des téléphones et des tablettes perturbe la production de mélatonine, l’hormone du sommeil. Les adolescents se couchent plus tard et dorment moins.

Des travaux universitaires récents, notamment diffusés via le CNRS, montrent que les jeunes les plus exposés aux écrans présentent davantage de troubles du sommeil. Cette fatigue a des effets concrets :

  • une baisse de la concentration
  • plus d’irritabilité
  • des difficultés scolaires

Les effets concernent aussi la santé mentale. Plusieurs études établissent un lien entre un usage intensif des réseaux sociaux et :

L’Académie nationale de médecine alerte sur un mécanisme fréquent : la comparaison sociale. Sur les réseaux sociaux, les contenus sont souvent idéalisés. Les adolescents se comparent aux autres. Ils peuvent alors se sentir moins bien et perdre confiance en eux.

La justice commence à se saisir du sujet. Les 24 et 25 mars 2026, deux jugements ont été rendus aux États-Unis, au Nouveau-Mexique et en Californie. Ils visent directement des géants du numérique comme Meta (Facebook, Instagram) et Alphabet (YouTube).

Pour la première fois, ces entreprises ont été reconnues responsables d’avoir mis en danger des mineurs, en les exposant à des contenus jugés addictifs et nuisibles pour leur santé mentale.

Dans l’un des procès, un jury a condamné Meta à verser 375 millions de dollars de dommages et intérêts. Les juges ont estimé que l’entreprise avait privilégié ses profits au détriment de la sécurité des jeunes utilisateurs. La justice ne s’attaque pas seulement aux contenus, mais au fonctionnement même des plateformes.

Les juges pointent des mécanismes précis :

  • lecture automatique des vidéos
  • recommandations très personnalisées
  • défilement infini
  • notifications constantes

Selon l’accusation, ces outils ne sont pas des erreurs ou des excès. Ils font partie du modèle économique. Leur objectif est d’augmenter le temps passé en ligne pour générer plus de revenus publicitaires.

Ces décisions restent contestées et les entreprises ont fait appel. Mais elles ouvrent la voie à d’autres procédures et plus de 3 000 affaires similaires sont déjà en cours en Californie.

En France, plusieurs mesures ont été mises en place ces dernières années :

Au niveau européen, le Digital Services Act (DSA) impose désormais aux grandes plateformes de mieux encadrer leurs pratiques, notamment en matière d’algorithmes et de protection des utilisateurs les plus vulnérables.

Mais pour de nombreux experts, ces mesures restent insuffisantes face à la puissance des modèles économiques en jeu.

À SAVOIR 

Selon le bureau européen de l’OMS (2024), plus d’un tiers des adolescents déclarent être en contact quasi permanent avec leurs amis via les réseaux sociaux.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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