Une femme qui a peur de découvrir un diagnostic médical car elle souffre de la FOFO, fear of finding out.
Et vous, connaissiez-vous le FOFO ? © Freepik

AprĂšs le FOMO (Fear Of Missing Out, la peur de manquer), voici le FOFO, pour Fear of Finding Out, la peur de dĂ©couvrir. Un terme qui s’impose depuis le dĂ©but de l’annĂ©e pour dĂ©signer un malaise bien rĂ©el. Mais de quoi parle-t-on exactement ? DĂ©cryptage.

Le FOFO dĂ©signe, dans son essence, la crainte de dĂ©couvrir une mauvaise nouvelle, une maladie, un bilan alarmant, une dĂ©couverte inconfortable. Autrement dit, plutĂŽt que d’affronter l’incertitude, certaines personnes prĂ©fĂšrent n’avoir aucune information. Le concept prend sa source dans l’univers mĂ©dical, mais s’étend rapidement Ă  d’autres domaines comme les finances, la santĂ© ou la vie personnelle.

À l’inverse du FOMO, qui pousse Ă  multiplier les rendez-vous sociaux, les connexions, les partages, le FOFO incite au silence, au retrait, au refus de regarder en face ce qui pourrait dĂ©ranger.

FOFO : qui est rĂ©ellement concernĂ© ? 

Plus qu’un simple nĂ©ologisme, le FOFO apparaĂźt comme un miroir de notre Ă©poque. Dans un contexte d’incertitudes (santĂ©, climat, avenir professionnel, crise sociale, fragilitĂ© Ă©conomique) l’idĂ©e de dĂ©couvrir une mauvaise nouvelle peut ĂȘtre ressentie comme insupportable. Ce mot reflĂšte ce mal-ĂȘtre collectif, mais aussi une tendance Ă  l’évitement. 

Pour beaucoup, l’attente d’un rĂ©sultat, mĂ©dical ou autre, est source d’anxiĂ©tĂ©, de culpabilitĂ©, voire de honte. Une Ă©tude rĂ©cente menĂ©e par le groupe de biologie mĂ©dicale Biogroup en collaboration avec l’Ifop rĂ©vĂšle qu’en France, un Français sur deux se dit stressĂ© Ă  l’idĂ©e de passer un test, et 12 % avouent avoir renoncĂ© Ă  un dĂ©pistage par peur du rĂ©sultat.

Mais pourquoi avoir peur de découvrir ?

Le FOFO ne cible pas un public en particulier. Il traverse les gĂ©nĂ©rations, les milieux sociaux, les niveaux d’étude. La peur de savoir ne distingue ni les anxieux assumĂ©s ni les personnalitĂ©s pourtant sĂ»res d’elles. 

Si le FOFO surgit aujourd’hui, c’est sans doute parce qu’il rĂ©sonne avec notre Ă©poque. Nous sommes exposĂ©s en permanence Ă  l’information, aux alertes, aux injonctions Ă  ĂȘtre performant, Ă  manger sain, Ă  anticiper, tout en traversant une pĂ©riode faite d’incertitudes Ă©conomiques, de prĂ©occupations sanitaires et d’un quotidien parfois lourd. 

Ce n’est pas tant de l’insouciance que de la protection. Quand l’esprit est saturĂ©, l’ignorance peut paraĂźtre plus confortable que la vĂ©ritĂ©. Le FOFO traduit peut-ĂȘtre cette tension moderne entre un accĂšs illimitĂ© au savoir
 et la peur de ce que ce savoir pourrait changer pour soi.

Remettre Ă  « demain » un rendez-vous mĂ©dical, repousser un bilan sanguin ou ignorer un dĂ©pistage paraĂźt souvent sans consĂ©quence. On se dit qu’on verra plus tard, que ce n’est « sĂ»rement rien ». Pourtant, ces petites fuites du quotidien peuvent, Ă  long terme, coĂ»ter cher.

En santĂ©, le temps n’est pas neutre. Diagnostiquer tĂŽt, c’est augmenter les chances de guĂ©rison, limiter les complications, Ă©viter qu’un problĂšme banal ne devienne une urgence. Le FOFO, lui, invite Ă  fermer les yeux, quitte Ă  laisser une maladie progresser en silence.

Surtout, ce mĂ©canisme d’évitement s’auto-alimente. Plus on repousse, plus l’angoisse monte. On redoute la nouvelle, on culpabilise de ne pas avoir consultĂ© plus tĂŽt
 alors on fuit encore davantage. Un vĂ©ritable cercle vicieux, oĂč la peur prend le dessus sur la raison.

Et cette peur n’est pas toujours celle de la maladie. Il y a parfois la honte de ne pas avoir pris soin de soi, la crainte d’ĂȘtre jugĂ©, la difficultĂ© d’affronter le corps mĂ©dical ou simplement la sensation d’ĂȘtre dĂ©passĂ© face Ă  l’inconnu.

Avoir peur de dĂ©couvrir une mauvaise nouvelle est humain. Le problĂšme, c’est quand cette peur nous empĂȘche d’agir. On peut pourtant avancer, Ă©tape par Ă©tape :

  • ReconnaĂźtre la peur. La nommer permet dĂ©jĂ  d’y voir plus clair et de comprendre ce qui nous freine.
  • Mesurer le gain rĂ©el d’un dĂ©pistage. Un examen n’est pas lĂ  pour inquiĂ©ter, mais pour permettre d’agir tĂŽt si nĂ©cessaire.
  • En parler si besoin. Échanger avec un mĂ©decin ou un proche peut aider Ă  prendre du recul. Et lorsque l’angoisse bloque vraiment, l’accompagnement d’un psychologue ou d’une TCC (ThĂ©rapies Comportementales et Cognitives) peut ĂȘtre utile.

Repenser la prĂ©vention, c’est accepter qu’un examen mĂ©dical n’a pas vocation Ă  nous faire peur, mais Ă  nous informer. Il sert Ă  vĂ©rifier que tout va bien, ou Ă  intervenir tĂŽt si quelque chose cloche, c’est une maniĂšre de se protĂ©ger sur le long terme.

À SAVOIR 

Le FOMO, phénomÚne inverse du FOFO, concerne 62 % des jeunes de 18-24 ans déclarent ressentir réguliÚrement la peur de manquer un événement ou une information, selon une étude LinkedIn/OpinionWay publiée en 2023.

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Marie Briel
Journaliste Ma SantĂ©. AprĂšs un dĂ©but de carriĂšre en communication, Marie s’est tournĂ©e vers sa vĂ©ritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma SantĂ©, elle se spĂ©cialise dans le domaine de l'information mĂ©dicale pour rendre le jargon de la santĂ© (parfois complexe) accessible Ă  tous.

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