
Selon une étude menée par le réseau hospitalier du Mass General Brigham (Boston), les bébés exposés au SARS-CoV-2 durant la gestation présenteraient un risque accru de troubles du neurodéveloppement. Bien que l’heure ne soit pas à la panique, la science nous invite à un nouveau regard sur la santé des tout-petits nés sous l’ère Covid.
Selon une étude du Mass General Brigham publiée en janvier 2026, contracter le Covid-19 pendant la grossesse ne serait pas sans conséquence pour le futur enfant. Les chercheurs ont observé une hausse des troubles du neurodéveloppement (langage, motricité) chez les petits exposés au virus avant leur naissance.
Un risque de diagnostic supérieur de 29 % par rapport aux enfants nés de mères non infectées. Mais attention, le virus n’attaque pas directement le bébé. C’est l’inflammation déclenchée par le système immunitaire de la mère qui viendrait perturber la construction fragile du cerveau fœtal.
Neurodéveloppement : une corrélation statistique précise
L’étude menée par le réseau hospitalier Mass General Brigham se distingue par sa rigueur méthodologique. En suivant des milliers d’enfants jusqu’à l’âge de 36 mois, les scientifiques ont comparé les trajectoires de développement selon l’exposition in utero.
- 16,3 % des enfants exposés au virus présentent un diagnostic de trouble du neurodéveloppement.
- Ce taux chute à 9,7 % chez les enfants du groupe témoin (non exposés).
- Après ajustement des variables, cela représente une hausse du risque relatif de 29 %.
Mais attention, quand on parle de troubles du neurodéveloppement, on ne parle pas forcément de handicaps lourds et irréversibles. Ce terme chapeau, un peu fourre-tout, englobe des réalités très variées : des retards de langage, des petites difficultés de motricité fine, ou encore des diagnostics relevant du spectre autistique.
Comment le Covid-19 trouble le développement neuronal du fœtus ?
Le calendrier fœtal : la vulnérabilité du troisième trimestre
Le développement du système nerveux central est un processus hautement séquencé. Le calendrier de l’infection joue un rôle prépondérant. Le troisième trimestre de grossesse apparaît comme une fenêtre de vulnérabilité plus importante. C’est durant cette phase que les connexions synaptiques se densifient et que les zones cérébrales s’organisent de manière définitive.
Un autre paramètre biologique interpelle les chercheurs : la variable du sexe. Les fœtus de sexe masculin présentent une susceptibilité plus élevée aux perturbations neurologiques induites par l’infection maternelle. Cette différence pourrait s’expliquer par des réponses immunitaires placentaires distinctes et des profils hormonaux qui influencent la résilience du cerveau en formation.
L’immunité maternelle : le véritable vecteur de perturbation
Contrairement à d’autres agents pathogènes, le SARS-CoV-2 franchit rarement la barrière placentaire. Le fœtus n’est donc pas, dans la majorité des cas, infecté par le virus lui-même.
Le facteur perturbateur est en réalité la réaction inflammatoire systémique de la mère. Face au virus, l’organisme maternel libère des cytokines, des molécules de signalisation immunitaire. Cette “tempête” inflammatoire, bien que nécessaire pour combattre l’infection, peut altérer l’environnement placentaire.
Des observations par IRM ont d’ailleurs révélé des variations subtiles de volume dans la matière grise et l’hippocampe chez certains nouveau-nés exposés, confirmant que l’activation immunitaire maternelle laisse une empreinte sur l’architecture cérébrale fœtale.
La plasticité cérébrale : une seconde chance biologique
Malgré ces données, le message de la communauté médicale reste mesuré. Un risque augmenté de 29 % sur une prévalence initiale faible signifie que l’immense majorité des enfants nés de mères infectées ne présentent aucun trouble.
La plasticité cérébrale des jeunes enfants est une force majeure. Un retard de langage ou une difficulté motrice identifiés tôt peuvent être largement compensés par des prises en charge adaptées (orthophonie, psychomotricité). L’objectif de cette étude n’est pas de nourrir une anxiété parentale, mais d’instaurer une culture de la vigilance clinique.
La prévention : le rôle protecteur de la vaccination
En santé publique, la vaccination des femmes enceintes a longtemps été perçue uniquement sous le prisme de la protection maternelle. Cependant, les conclusions du Mass General Brigham réorientent le débat : vacciner la future mère, c’est avant tout sanctuariser le développement cérébral du fœtus.
Bien entendu, la vaccination n’empêche pas toujours l’exposition au virus, mais elle modifie radicalement la réponse de l’organisme :
- L’atténuation de la réponse inflammatoire : en préparant le système immunitaire, le vaccin évite l’emballement des cytokines (ces molécules d’alerte). En limitant cette inflammation systémique chez la mère, on réduit d’autant les perturbations chimiques qui traversent le placenta.
- La réduction du stress thermique : la fièvre prolongée, symptôme fréquent des formes symptomatiques du Covid-19, est un facteur de risque connu pour le développement neurologique fœtal. La vaccination réduit drastiquement la durée et l’intensité des épisodes fébriles.
- La transmission d’anticorps passifs : au-delà de la protection contre l’inflammation, la vaccination permet le passage transplacentaire d’anticorps maternels, offrant au nouveau-né une première ligne de défense immunitaire dès ses premiers jours de vie.
En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) et l’Inserm insistent sur cette stratégie de “double bénéfice”. Dans un contexte où les variants continuent de circuler, la vaccination contre le Covid-19 n’est plus seulement une mesure de confort face à un syndrome grippal, mais une étape clé du protocole de soin prénatal.
À SAVOIR
Outre l’impact neurologique, une infection sévère au Covid-19 durant la grossesse augmente significativement le risque de détresse respiratoire néonatale. Selon les données de l’Inserm et de la SFP (Société Française de Pédiatrie), les nouveau-nés dont les mères ont été infectées peu avant l’accouchement présentent un risque accru d’admission en soins intensifs, souvent lié à une naissance prématurée induite par l’état de santé maternel.







