Une jeune femme atteinte de TDAH.
En France, 2 millions de personnes (enfants et adultes) sont atteintes de trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité de l'enfant (TDAH). © Freepik

DĂ©bordĂ©, distrait, incapable de rester concentrĂ© plus de deux minutes ? Et si vous aviez un TDAH ? Sur TikTok, Instagram ou YouTube, les hashtags autour du trouble de l’attention explosent. Mais entre vrai trouble neurodĂ©veloppemental et phĂ©nomĂšne de mode, comment dĂ©mĂȘler le vrai du faux ? DĂ©cryptage.

C’est devenu un refrain numĂ©rique. “Je saute d’une tĂąche Ă  l’autre”, “j’oublie tout”, “j’ai mille idĂ©es Ă  la minute”. Sur les rĂ©seaux sociaux, les vidĂ©os sur le TDAH (Trouble du DĂ©ficit de l’Attention avec ou sans HyperactivitĂ©) pullulent. Des influenceurs partagent leur quotidien, des « checklists » de symptĂŽmes s’affichent sous forme de mĂšmes
 Et nous voilĂ , entre deux stories et un scroll de trop, Ă  nous demander : et si j’étais concernĂ©, moi aussi ?

Mais attention (sans jeu de mots) : tout le monde n’a pas un TDAH. Et non, ĂȘtre distrait ne veut pas forcĂ©ment dire qu’on a un cerveau qui tourne Ă  200 Ă  l’heure. Alors, comment y voir clair ? Qui est rĂ©ellement concerné ? Et les Ă©crans dans tout ça ? Ils aggravent les symptĂŽmes ou les crĂ©ent ?

Sur TikTok, le hashtag #TDAH cumule plus de 26 milliards de vues en 2024. Une aubaine pour la sensibilisation, certes, mais aussi un terreau fertile pour l’autodiagnostic sauvage.

Des vidĂ©os expliquent, parfois avec humour, que si vous ĂȘtes “toujours en retard”, “incapable de finir ce que vous commencez”, ou encore “accro Ă  la dopamine”, alors
 bingo, vous avez sĂ»rement un TDAH. Le problĂšme ? Ces symptĂŽmes sont trĂšs vagues et concernent une bonne partie de la population.

Le psychiatre RĂ©gis Lopez, spĂ©cialiste du sujet, alerte : “Trois quarts des gens peuvent se reconnaĂźtre dans ces listes, mais cela ne signifie pas qu’ils souffrent d’un vĂ©ritable trouble.”

Le TDAH n’est pas un effet de mode. C’est un trouble neurodĂ©veloppemental reconnu par les classifications mĂ©dicales internationales (DSM-5, CIM-11), qui apparaĂźt gĂ©nĂ©ralement dans l’enfance.

Il se manifeste par trois grands axes :

  • Inattention : difficultĂ© Ă  se concentrer, oublis frĂ©quents, distractions constantes.
  • ImpulsivitĂ© : rĂ©actions brusques, difficultĂ© Ă  attendre son tour, tendance Ă  couper la parole.
  • HyperactivitĂ© (physique ou mentale) : besoin constant de bouger, agitation intĂ©rieure, pensĂ©es qui fusent.

Pour parler de TDAH, ces symptĂŽmes doivent ĂȘtre prĂ©sents depuis l’enfance, dans plusieurs contextes de vie (Ă©cole, travail, maison
) et avoir un impact important sur le quotidien.

Les chiffres en France 

Selon l’INSERM, environ 5,9 % des enfants dans le monde prĂ©sentent un TDAH.

  • Chez les adultes, la prĂ©valence est estimĂ©e Ă  environ 2,5 % Ă  4,4 % selon l’INSERM.
  • En France, le nombre de prescriptions de mĂ©thylphĂ©nidate (RitalineÂź, Concerta¼
) a doublĂ© entre 2010 et 2020, passant de 26 804 Ă  56 586 patients de moins de 18 ans selon l’ANSM 2021.

Mais attention lĂ  aussi, ces chiffres ne signifient pas qu’il y a une « Ă©pidĂ©mie ». PlutĂŽt une meilleure reconnaissance du trouble, longtemps ignorĂ©, surtout chez les filles et les adultes.

Le piùge de l’autodiagnostic

L’engouement pour le TDAH sur les rĂ©seaux sociaux reflĂšte une chose : un besoin de comprĂ©hension et de reconnaissance. C’est bien. Ce qui l’est moins, c’est la tendance Ă  se diagnostiquer seul·e, Ă  partir d’un test en ligne ou d’une vidĂ©o TikTok.

Le diagnostic du TDAH est complexe. Il repose sur des entretiens cliniques, des grilles d’évaluation standardisĂ©es, l’analyse des antĂ©cĂ©dents, et surtout l’exclusion d’autres troubles (anxiĂ©tĂ©, dĂ©pression, troubles du sommeil
). Seul un professionnel de santĂ© formĂ© (psychiatre, neurologue, pĂ©dopsychiatre) peut Ă©tablir ce diagnostic. Pas un influenceur.

Les Ă©tudes se multiplient. En 2023, selon le Journal of Behavioral Addictions, il existe un lien entre addiction aux smartphones et symptĂŽmes de TDAH chez les jeunes adultes. Et en France, un rapport remis Ă  l’ÉlysĂ©e en avril 2024 conclut que l’usage intensif d’écrans chez les enfants peut aggraver les troubles attentionnels, sans pour autant ĂȘtre une cause directe du TDAH.

Les experts confirment que les écrans ne causent pas de TDAH, mais ils peuvent mimer ses symptÎmes ou amplifier les difficultés chez des enfants ou adultes déjà vulnérables.

À SAVOIR

Selon la Haute AutoritĂ© de SantĂ©, prĂšs de 80 % des personnes atteintes de TDAH prĂ©sentent au moins un trouble associĂ©, comme un trouble anxieux, un trouble de l’humeur, des troubles du sommeil ou des troubles des apprentissages (dyslexie, dyscalculie
).

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma SantĂ©. AprĂšs un dĂ©but de carriĂšre en communication, Marie s’est tournĂ©e vers sa vĂ©ritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma SantĂ©, elle se spĂ©cialise dans le domaine de l'information mĂ©dicale pour rendre le jargon de la santĂ© (parfois complexe) accessible Ă  tous.

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