C’est devenu un refrain numérique. “Je saute d’une tâche à l’autre”, “j’oublie tout”, “j’ai mille idées à la minute”. Sur les réseaux sociaux, les vidéos sur le TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) pullulent. Des influenceurs partagent leur quotidien, des « checklists » de symptômes s’affichent sous forme de mèmes… Et nous voilà, entre deux stories et un scroll de trop, à nous demander : et si j’étais concerné, moi aussi ?
Mais attention (sans jeu de mots) : tout le monde n’a pas un TDAH. Et non, être distrait ne veut pas forcément dire qu’on a un cerveau qui tourne à 200 à l’heure. Alors, comment y voir clair ? Qui est réellement concerné ? Et les écrans dans tout ça ? Ils aggravent les symptômes ou les créent ?
Des réseaux sociaux qui banalisent les symptômes
Sur TikTok, le hashtag #TDAH cumule plus de 26 milliards de vues en 2024. Une aubaine pour la sensibilisation, certes, mais aussi un terreau fertile pour l’autodiagnostic sauvage.
Des vidéos expliquent, parfois avec humour, que si vous êtes “toujours en retard”, “incapable de finir ce que vous commencez”, ou encore “accro à la dopamine”, alors… bingo, vous avez sûrement un TDAH. Le problème ? Ces symptômes sont très vagues et concernent une bonne partie de la population.
Le psychiatre Régis Lopez, spécialiste du sujet, alerte : “Trois quarts des gens peuvent se reconnaître dans ces listes, mais cela ne signifie pas qu’ils souffrent d’un véritable trouble.”
Le TDAH, c’est quoi exactement ?
Le TDAH n’est pas un effet de mode. C’est un trouble neurodéveloppemental reconnu par les classifications médicales internationales (DSM-5, CIM-11), qui apparaît généralement dans l’enfance.
Il se manifeste par trois grands axes :
- Inattention : difficulté à se concentrer, oublis fréquents, distractions constantes.
- Impulsivité : réactions brusques, difficulté à attendre son tour, tendance à couper la parole.
- Hyperactivité (physique ou mentale) : besoin constant de bouger, agitation intérieure, pensées qui fusent.
Pour parler de TDAH, ces symptômes doivent être présents depuis l’enfance, dans plusieurs contextes de vie (école, travail, maison…) et avoir un impact important sur le quotidien.
TDAH : qui est concerné ?
Les chiffres en France
Selon l’INSERM, environ 5,9 % des enfants dans le monde présentent un TDAH.
- Chez les adultes, la prévalence est estimée à environ 2,5 % à 4,4 % selon l’INSERM.
- En France, le nombre de prescriptions de méthylphénidate (Ritaline®, Concerta®…) a doublé entre 2010 et 2020, passant de 26 804 à 56 586 patients de moins de 18 ans selon l’ANSM 2021.
Mais attention là aussi, ces chiffres ne signifient pas qu’il y a une « épidémie ». Plutôt une meilleure reconnaissance du trouble, longtemps ignoré, surtout chez les filles et les adultes.
Le piège de l’autodiagnostic
L’engouement pour le TDAH sur les réseaux sociaux reflète une chose : un besoin de compréhension et de reconnaissance. C’est bien. Ce qui l’est moins, c’est la tendance à se diagnostiquer seul·e, à partir d’un test en ligne ou d’une vidéo TikTok.
Le diagnostic du TDAH est complexe. Il repose sur des entretiens cliniques, des grilles d’évaluation standardisées, l’analyse des antécédents, et surtout l’exclusion d’autres troubles (anxiété, dépression, troubles du sommeil…). Seul un professionnel de santé formé (psychiatre, neurologue, pédopsychiatre) peut établir ce diagnostic. Pas un influenceur.
Réseaux sociaux, écrans et troubles de l’attention : cause ou conséquence ?
Les études se multiplient. En 2023, selon le Journal of Behavioral Addictions, il existe un lien entre addiction aux smartphones et symptômes de TDAH chez les jeunes adultes. Et en France, un rapport remis à l’Élysée en avril 2024 conclut que l’usage intensif d’écrans chez les enfants peut aggraver les troubles attentionnels, sans pour autant être une cause directe du TDAH.
Les experts confirment que les écrans ne causent pas de TDAH, mais ils peuvent mimer ses symptômes ou amplifier les difficultés chez des enfants ou adultes déjà vulnérables.
À SAVOIR
Selon la Haute Autorité de Santé, près de 80 % des personnes atteintes de TDAH présentent au moins un trouble associé, comme un trouble anxieux, un trouble de l’humeur, des troubles du sommeil ou des troubles des apprentissages (dyslexie, dyscalculie…).




