Un groupe d'enfants qui harcèlent une jeune primaire.
Depuis la loi du 2 mars 2022, le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit en France. © Freepik

Selon Santé publique France, un enfant de primaire sur six subit des formes de harcèlement, parfois dès le CP. Ces situations, longtemps vues comme de « simples histoires d’enfants », sont en réalité un signe précoce de mal-être, avec des effets importants sur la santé mentale des plus jeunes.

Selon les résultats de l’enquête nationale Enabee publiés le 22 janvier 2026 par Santé publique France, un élève de primaire sur six serait victime probable de harcèlement. Cette étude menée auprès de 8 200 enfants de 6 à 11 ans révèle une situation préoccupante qui dépasse largement les simples conflits du quotidien.

Les moqueries répétées, l’exclusion ou les intimidations observées ne relèvent pas uniquement d’un manque de discipline. Elles constituent souvent des signaux précoces de souffrance psychique, encore peu repérés par les adultes. Pour les chercheurs, ces violences précoces traduisent une fragilité émotionnelle ou sociale qui, sans intervention, peut s’installer durablement.

Et si la violence exercée ou subie dès l’école élémentaire était l’un des premiers signaux faibles de difficultés psychologiques. Difficultés qui, faute d’être repérées, risquent de s’installer durablement.

Un enfant sur six : un chiffre inédit en primaire

L’enquête Enabee 2023-2024, analysée par Santé publique France et publiée le 22 janvier 2026, rapporte que 16,4 % des élèves du CP au CM2 présentent “des signes compatibles avec une situation de harcèlement entre élèves”. L’agence précise qu’il s’agit de situations répétées, vérifiées statistiquement : 

  • insultes fréquentes, 
  • coups, 
  • menaces, 
  • isolement forcé, 
  • rumeurs.

Et tout cela ne concerne que les 6-11 ans. On savait les colégiens exposés ; on imaginait moins l’ampleur du phénomène en primaire. “Le harcèlement entre élèves peut survenir très tôt, dès l’entrée à l’école élémentaire”, rappelle l’agence publique dans son communiqué.

Ce n’est plus un “problème d’adolescents” qui s’exprimerait dans le tumulte du collège, mais une réalité déjà installée chez les plus jeunes, à un âge où les repères émotionnels et sociaux sont encore fragiles.

Presque autant d’auteurs que de victimes

17,9 % des enfants adoptent des comportements agressifs envers leurs camarades, qu’il s’agisse de bousculades répétées, d’insultes ou de moqueries insistantes. Ce taux, légèrement supérieur à celui des victimes probables, montre que les dynamiques de violence en primaire sont plus mouvantes qu’on ne le pense.

Dans une même classe, un enfant peut être agressif dans certaines situations, vulnérable dans d’autres. Les rôles ne sont pas figés et la frontière entre “celui qui subit” et “celui qui blesse” n’est pas toujours nette. La violence chez les 6-11 ans n’est pas un simple face-à-face bourreau/victime, mais souvent le reflet d’émotions débordantes ou de fragilités qui s’expriment maladroitement.

La catégorie la plus vulnérable : les enfants “double profil”

Parmi les élèves interrogés, 6,1 % sont à la fois victimes régulières, et auteurs de comportements agressifs.

Ces enfants “double profil” sont volontiers oubliés des discours publics, mais ce sont eux que les chiffres de Santé publique France présentent comme les plus vulnérables psychologiquement : ils cumulent les facteurs de risque, subissent et reproduisent la violence, souvent sans repères émotionnels solides.

Des troubles psychologiques nettement plus fréquents

Les enfants impliqués dans des situations de harcèlement, “victimes, auteurs ou les deux, présentent davantage de signes de souffrance psychique”, selon Santé publique France.

Les troubles les plus courants observés sont :

D’après l’agence, 40,9 % des enfants “double profil” montrent “des troubles probables de santé mentale”, contre 6,8 % pour les élèves non impliqués dans des violences. Chez l’enfant, la violence est très souvent un langage du mal-être.

Pourquoi l’âge compte : 6 à 11 ans, un moment-clé du développement

Avant le collège, le cerveau émotionnel de l’enfant est en pleine construction. Les capacités à gérer la colère, la frustration, la relation aux autres se développent progressivement. Les difficultés psychologiques, elles, peuvent s’exprimer sous des formes très concrètes : agressions, retrait social, impulsivité.

Plus un trouble apparaît tôt, plus il peut s’enraciner. C’est pourquoi les spécialistes décrivent le harcèlement en primaire non comme un “accident”, mais comme un indicateur avancé. Repérer ces signaux dès le CP, c’est offrir aux enfants une chance de remonter la pente avant que les difficultés ne deviennent chroniques.

Facteurs sociaux et environnementaux

Selon Santé publique France, plusieurs éléments augmentent la probabilité d’être victime ou auteur de harcèlement :

Ces facteurs ne “fabriquent” pas mécaniquement la violence, mais ils pèsent dans l’équilibre émotionnel d’un enfant. Ils rendent les interactions sociales plus difficiles, les conflits plus fréquents, les malentendus plus douloureux.

L’école elle-même peut protéger… ou fragiliser

Le climat scolaire joue un rôle majeur. Les recherches internationales, notamment l’enquête HBSC (“Health Behaviour in School-aged Children”, publiée par l’OMS), montrent qu’un établissement où les adultes sont présents dans les espaces communs, où les règles sont claires et où la parole circule librement voit diminuer nettement les violences entre élèves.

Pour les 6-11 ans, l’effet est même amplifié, l’école est un univers social total. Ce qui s’y joue structure fortement leur rapport au collectif.

Le harcèlement en primaire laisse des traces bien au-delà de la cour de récréation. À cet âge, où l’attention et la curiosité devraient être tournées vers les apprentissages, le stress lié aux violences entre pairs détourne l’enfant de l’école. L’expertise collective de l’Inserm montre que les élèves victimes peinent davantage à se concentrer, perdent en motivation et voient leurs résultats s’essouffler.

Les répercussions se jouent aussi à l’intérieur. Anxiété, isolement, confiance en soi qui s’effrite… Les enfants touchés deviennent plus vulnérables, surtout lorsque les liens d’amitié, piliers de l’estime de soi à cet âge, se fragilisent sous l’effet des humiliations.

Et cette fragilité ne disparaît pas toujours en grandissant. Les études longitudinales mobilisées par Santé publique France montrent que les violences vécues en primaire augmentent le risque, à l’adolescence, de :

Autrement dit, protéger un enfant aujourd’hui, c’est souvent préserver l’adolescent qu’il deviendra demain.

Pour Santé publique France, la prévention du harcèlement en primaire repose sur plusieurs leviers complémentaires :

  • Développer les compétences psychosociales : apprendre à gérer ses émotions, coopérer, comprendre l’autre. Avant 12 ans, ces apprentissages constituent un socle protecteur solide.
  • Renforcer le repérage par les enseignants : ce sont eux qui voient les premiers signaux (isolement, colères soudaines, tensions répétées) mais leurs formations restent encore inégales.
  • Impliquer les familles : repérer les changements d’humeur, maintenir un dialogue ouvert, collaborer avec l’école, sans leur faire porter seules la responsabilité.
  • Agir sur le climat scolaire : des règles claires, une présence adulte dans les lieux sensibles et des rituels de coopération favorisent un environnement où les violences circulent moins facilement.

En combinant ces actions, l’école devient un espace plus protecteur… et les situations de harcèlement sont repérées avant de s’installer.

À SAVOIR

Les sanctions prévues par le Code pénal pour harcèlement peuvent aller de simples amendes jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende lorsque les faits ont conduit au suicide ou à une tentative de suicide de la victime. Cette loi renforce l’obligation de prévention et de réaction des établissements scolaires et donne un cadre juridique clair pour protéger les élèves.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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