Alors que la forêt de Fontainebleau était ravagée par un important incendie au cours de la semaine du 14 juillet, un pompier volontaire de 19 ans a été interpellé. En garde à vue, le jeune homme a reconnu avoir allumé un départ de feu à Arbonne-la-Forêt à l’aide d’un briquet et d’essence. Dans la foulée, le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de Seine-et-Marne a annoncé sa suspension.
Depuis, le jeune homme est revenu sur ses aveux devant le juge d’instruction, affirmant avoir parlé sous la pression de la garde à vue. L’enquête judiciaire devra désormais déterminer précisément les circonstances des faits et les responsabilités de chacun. Mais comment expliquer qu’une personne engagée pour combattre les incendies puisse être soupçonnée d’en avoir volontairement déclenché un ?
La pyromanie : un trouble psychiatrique très rare
Le terme « pyromane » est souvent employé pour désigner toute personne qui met volontairement le feu. En réalité, les psychiatres font une distinction importante entre un incendiaire et un pyromane.
- Un incendiaire peut avoir de nombreuses motivations : se venger, toucher une assurance, dissimuler une infraction, attirer l’attention ou encore rechercher des sensations fortes.
- À l’inverse, la pyromanie est un trouble psychiatrique bien spécifique, et particulièrement rare.
Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5-TR), il s’agit d’un trouble du contrôle des impulsions. La personne ressent une tension croissante avant de passer à l’acte, puis un sentiment de soulagement ou de plaisir lorsqu’elle allume ou observe le feu. Dans ce cas, l’incendie n’a pas d’objectif utilitaire : il ne sert ni à obtenir un bénéfice matériel, ni à se venger, ni à masquer un autre délit. C’est l’acte lui-même qui procure une gratification psychologique.
Les psychiatres rappellent toutefois que cette pathologie est exceptionnellement rare. Généralement, les personnes qui déclenchent volontairement un incendie ne sont donc pas pyromanes au sens médical du terme. Dans la grande majorité des incendies volontaires, y compris lorsque leur auteur est pompier, les motivations sont tout autres : recherche de sensations fortes, besoin de reconnaissance, volonté d’attirer l’attention ou encore difficultés psychologiques plus larges.
Qu’est-ce qui peut pousser un pompier à provoquer un incendie ?
Pour vivre l’intensité de l’intervention
Les incendies comptent parmi les interventions les plus spectaculaires pour les sapeurs-pompiers. Le déclenchement de l’alerte, le départ en urgence, les sirènes, la mobilisation des équipes et la lutte contre les flammes s’accompagnent d’une forte montée d’adrénaline. Chez une infime minorité de personnes, cette intensité peut devenir une véritable source de gratification. L’objectif n’est pas tant de voir un bâtiment ou une forêt brûler que de vivre l’intervention elle-même :
- participer aux secours,
- ressentir l’urgence,
- retrouver les émotions fortes qu’elle procure.
Les psychologues parlent alors d’une recherche pathologique de sensations, un mécanisme qui peut, dans de très rares cas, conduire à provoquer soi-même la situation que l’on souhaite ensuite combattre.
Pour devenir le héros de la situation
Chez certains profils, ce n’est pas l’adrénaline qui domine, mais un profond besoin de reconnaissance. Les psychologues parlent parfois de « syndrome du héros ». Ce n’est pas une maladie reconnue, mais une expression utilisée pour décrire un mécanisme psychologique observé dans certaines affaires. Certaines personnes provoquent une situation d’urgence dans le seul but de pouvoir ensuite la résoudre. Une fois sur place, elles sont félicitées, remerciées et reconnues pour leur intervention. Ce regard positif des autres peut leur donner, pendant un moment, le sentiment d’être indispensables.
Pour quelqu’un qui souffre d’un manque d’estime de soi, d’un besoin constant d’être valorisé ou de la peur de passer inaperçu, cette reconnaissance peut devenir particulièrement gratifiante. L’incendie n’est alors pas une fin en soi mais devient le moyen d’obtenir ce que la personne recherche avant tout, l’impression d’avoir de la valeur aux yeux des autres.
Le feu exerce une fascination presque universelle
Si le passage à l’acte reste extrêmement rare, les psychologues rappellent que la fascination pour le feu est, elle, très répandue. Qui ne s’est jamais arrêté quelques instants devant un feu de cheminée, un feu de camp ou même un important incendie ? Sans forcément s’en rendre compte, notre regard est naturellement attiré par les flammes. Leur lumière, leurs mouvements imprévisibles, leur crépitement et le danger qu’elles représentent captent notre attention.
Les neuroscientifiques expliquent que cette fascination est liée au fonctionnement normal du cerveau. Face aux flammes, une petite région appelée amygdale, spécialisée dans la détection des menaces, s’active très rapidement. Son rôle est d’attirer notre attention sur un danger potentiel afin que nous puissions réagir si nécessaire. Les flammes concentrent justement tous les éléments auxquels notre cerveau est particulièrement sensible : elles sont lumineuses, imprévisibles, en mouvement permanent et potentiellement dangereuses. Impossible, ou presque, de les ignorer. Notre cerveau les analyse en continu pour évaluer le niveau de risque.
Pompier pyromane : peut-on repérer ce type de personne à l’avance ?
On aimerait croire qu’il existe des signes évidents. En réalité, les spécialistes répondent plutôt non. Il n’existe pas de test, de profil psychologique ou de comportement qui permette d’affirmer qu’un pompier provoquera un jour un incendie. C’est même ce qui rend ces affaires si troublantes. Dans bien des cas, les personnes concernées sont intégrées à leur caserne, suivent les mêmes formations que leurs collègues et assurent leurs interventions sans difficulté apparente. Rien ne permet, à lui seul, d’annoncer un passage à l’acte. Cela ne signifie pas pour autant qu’aucun signal n’existe. Un changement de comportement peut parfois attirer l’attention :
- une fascination inhabituelle pour les incendies,
- une recherche excessive des interventions les plus spectaculaires,
- un besoin constant d’être au centre de l’attention,
- une forte impulsivité.
Mais aucun de ces éléments, pris isolément, ne permet de prédire un passage à l’acte. Beaucoup de pompiers aiment l’action et l’urgence et c’est même l’une des raisons qui les ont conduits à choisir cette activité. C’est pourquoi les spécialistes préfèrent parler de fragilités plutôt que de profil type. Ce sont souvent l’accumulation de difficultés personnelles, un contexte particulier et certains mécanismes psychologiques qui, dans de très rares cas, peuvent favoriser un passage à l’acte.
À SAVOIR
Votre enfant est fasciné par le feu ? Pas de panique. Les spécialistes expliquent que cette curiosité est fréquente pendant l’enfance. Les flammes attirent naturellement l’attention, et apprendre qu’elles peuvent chauffer, éclairer… mais aussi brûler, fait partie du développement normal. Cela ne signifie absolument pas que l’enfant deviendra un jour pyromane.




