Vivre de plus en plus vieux : quels sont les secrets de longévité des centenaires ?

le 6 juillet 2026 à 16h16
Un couple de centenaires qui se prend dans les bras.
Des liens sociaux de qualité sont également associés à une espérance de vie plus longue. © Magnific
Ils étaient une poignée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ils sont aujourd'hui plus de 30 000 en France. Les centenaires n'ont jamais été aussi nombreux, tandis que le nombre de personnes âgées de 110 ans ou plus progresse lui aussi, lentement mais régulièrement. Mais comment est-ce possible ? Explications.
Sommaire

Atteindre l’âge de 100 ans relevait presque de l’exception. Aujourd’hui, croiser un centenaire n’a plus rien d’insolite. En France, leur nombre augmente d’année en année, au point que les démographes parlent désormais d’une véritable transformation de la pyramide des âges. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la France comptait environ 31 000 centenaires au 1er janvier 2025, contre seulement un millier au début des années 1970. D’après les projections de l’Insee, ils pourraient être plus de 200 000 à l’horizon 2070, si les tendances actuelles se poursuivent.

Les personnes âgées de 110 ans ou plus, appelées supercentenaires, restent quant à elles extrêmement rares. Elles ne représentent que quelques dizaines d’individus en France à un instant donné. Pourtant, leur effectif augmente lui aussi progressivement, signe que vivre très longtemps devient un peu moins exceptionnel qu’autrefois. Les chercheurs expliquent cette progression par la combinaison de plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement depuis plusieurs décennies.

Pourquoi y a-t-il de plus en plus de centenaires en France ?

Les progrès de la médecine permettent de survivre à des maladies autrefois mortelles

Nous mourons moins souvent de maladies qui étaient autrefois fatales. Depuis les années 1950, les avancées médicales se sont multipliées. Vaccinations, antibiotiques, chirurgie moderne, traitements contre l’hypertension artérielle, médicaments destinés à réduire le cholestérol, prise en charge des cancers ou encore progrès de la cardiologie ont considérablement diminué la mortalité. Selon l’Insee et l’Institut national d’études démographiques (INED), l’essentiel du gain d’espérance de vie observé depuis plusieurs décennies est lié au recul des décès dus aux maladies cardiovasculaires et à certains cancers.

Concrètement, un infarctus du myocarde qui entraînait souvent un décès il y a cinquante ans peut aujourd’hui être pris en charge en urgence grâce à l’angioplastie, aux traitements anticoagulants ou encore aux unités spécialisées. De même, de nombreuses personnes vivent désormais plusieurs années, voire plusieurs décennies, avec une maladie chronique correctement traitée. Autrement dit, la médecine ne permet pas seulement de vivre plus longtemps : elle permet aussi d’atteindre des âges où les décès étaient autrefois beaucoup plus fréquents.

Nous vieillissons dans de meilleures conditions qu’auparavant

Les personnes qui deviennent centenaires aujourd’hui ont grandi dans un contexte progressivement plus favorable que les générations précédentes. L’amélioration de l’alimentation, de l’accès à l’eau potable, de l’hygiène, des logements, des conditions de travail et de la protection sociale a profondément modifié l’état de santé de la population.

Selon Santé publique France, la prévention a également joué un rôle majeur. La baisse du tabagisme chez certaines générations, un meilleur contrôle de la tension artérielle, une prise en charge plus précoce du diabète ou encore le développement des campagnes de dépistage contribuent à limiter les complications graves au fil du vieillissement. Les chercheurs parlent souvent de capital santé : plus une personne arrive en bonne santé à 65 ou 70 ans, plus elle a de chances d’atteindre un âge très avancé.

La mortalité recule aussi après 80, 90 et même 100 ans

On pourrait croire qu’une fois passé le cap des 80 ou 90 ans, les progrès deviennent impossibles. Pourtant, ce n’est pas le cas. Les démographes observent depuis plusieurs décennies une diminution de la mortalité même aux très grands âges. Selon l’INED, les probabilités de survivre d’une année à l’autre à 90, puis à 95 ans, se sont progressivement améliorées grâce aux progrès médicaux et à une meilleure prise en charge de la dépendance.

Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), les soins à domicile, la nutrition adaptée, la prévention des chutes, la lutte contre la dénutrition ou encore les progrès de la gériatrie permettent aujourd’hui d’éviter de nombreux décès qui survenaient autrefois. Cela ne signifie pas que le vieillissement s’arrête. Les risques restent très élevés après 100 ans. En revanche, davantage de personnes franchissent désormais ce cap et certaines continuent à vivre plusieurs années supplémentaires.

Les générations nombreuses arrivent désormais à des âges très élevés

Un autre phénomène, moins intuitif, explique également cette hausse : la démographie. Les centenaires d’aujourd’hui appartiennent à des générations qui étaient déjà relativement nombreuses à la naissance et dont une proportion de plus en plus importante survit jusqu’à un âge avancé. Les générations nées après la Première Guerre mondiale puis celles du début du XXe siècle ont bénéficié d’améliorations sanitaires importantes tout au long de leur vie. Elles arrivent aujourd’hui aux âges où l’on devient centenaire.

À cela s’ajoute un effet purement statistique : plus une génération compte d’individus au départ, plus le nombre de survivants est élevé, même si seuls quelques-uns atteignent les 100 ans. C’est ce que les démographes appellent l’effet de génération. Il contribue fortement à l’augmentation actuelle du nombre de centenaires.

Pourquoi les femmes sont-elles largement majoritaires ?

Les centenaires sont très majoritairement des femmes. Selon l’Insee, près de huit centenaires sur dix sont des femmes. En France, les femmes vivent en moyenne plusieurs années de plus que les hommes. Résultat, elles sont naturellement plus nombreuses à atteindre les très grands âges. Mais cette longévité ne s’explique pas uniquement par la biologie. Les spécialistes soulignent également le poids des modes de vie et des parcours professionnels. Pendant une grande partie du XXe siècle, les hommes fumaient davantage, consommaient plus d’alcool, exerçaient plus souvent des métiers physiquement éprouvants et étaient davantage exposés aux accidents du travail ou aux conflits armés. L’ensemble de ces facteurs a contribué à une mortalité plus élevée chez les hommes tout au long de la vie.

Si l’écart d’espérance de vie entre les sexes tend aujourd’hui à se réduire, notamment parce que les comportements se rapprochent progressivement, il reste encore suffisamment important pour expliquer pourquoi les femmes représentent l’immense majorité des centenaires actuels.

Espérance de vie : existe-t-il une limite biologique à la durée de vie humaine ?

Certains estiment que l’être humain possède une limite biologique difficile à dépasser, tandis que d’autres considèrent qu’il n’existe pas de plafond clairement identifié. Une étude publiée en 2024 par des chercheurs de l’INED montre que le nombre de supercentenaires continue d’augmenter dans plusieurs pays, sans démontrer pour autant que la durée de vie maximale de l’espèce humaine progresse. Le record officiellement validé reste celui de la Française Jeanne Calment, décédée en 1997 à l’âge de 122 ans et 164 jours, un âge jamais dépassé à ce jour.

Pour les scientifiques, la véritable question n’est d’ailleurs plus seulement de vivre plus longtemps, mais surtout de vivre plus longtemps en bonne santé. Les recherches portent désormais autant sur la prévention de la perte d’autonomie, des maladies neurodégénératives ou de la fragilité que sur l’allongement de la durée de vie elle-même. En définitive, l’augmentation du nombre de centenaires ne traduit pas l’existence d’une “recette miracle” pour vivre jusqu’à 100 ans. Elle reflète surtout les profondes transformations sanitaires, médicales, sociales et démographiques qui ont marqué la France depuis plus d’un siècle. Si les progrès se poursuivent, les centenaires devraient devenir de plus en plus nombreux dans les décennies à venir. En revanche, les supercentenaires, eux, continueront probablement de faire figure d’exception.

À SAVOIR 

Selon les travaux de l’Insee et de l’INED, certaines régions, notamment la Corse, affichent depuis plusieurs années une concentration de centenaires parmi les plus élevées du pays. Les chercheurs l’expliquent par une combinaison de facteurs : une alimentation traditionnellement de type méditerranéen, des liens sociaux plus étroits, un environnement moins urbanisé et, possiblement, certaines prédispositions génétiques.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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