Une femme qui s’apprête à réaliser une injection d’acide hyaluronique illégale.
Selon les estimations relayées par le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique, près de 40 % des actes seraient aujourd’hui réalisés hors cadre médical. © Freepik

Le 20 mars 2026, à Villeurbanne (Rhône), une femme est décédée quelques heures après avoir reçu une injection d’acide hyaluronique réalisée illégalement par une influenceuse, dans un appartement loué via une plateforme. Mise en examen pour homicide involontaire, la praticienne présumée a été incarcérée. Mais pourquoi, malgré les alertes répétées des professionnels de santé, ces injections clandestines continuent-elles de se développer ?

Le 20 mars 2026, à Villeurbanne, près de Lyon, une femme reçoit une injection d’acide hyaluronique. L’intervention portait sur les fesses, avec un mélange d’acide hyaluronique et de lidocaïne. L’acte est réalisé dans un appartement loué pour l’occasion, loin de tout cabinet, loin aussi des standards de sécurité attendus pour ce type de pratique.

Quelques instants après l’injection, la patiente se plaint de douleurs thoraciques. Son état se dégrade rapidement et elle fait un arrêt cardiaque. Malgré l’intervention des secours, elle décède.

Une personne, présentée comme une influenceuse active sur les réseaux sociaux, est mise en examen et placée en détention provisoire. Au total, trois personnes sont poursuivies, notamment pour homicide involontaire.

Selon les premiers éléments médicaux, la piste principale évoque une embolie liée à l’injection. Le produit aurait obstrué un vaisseau sanguin et provoquer une complication aiguë fatale. Pour les professionnels du Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique, « le décès d’une patiente à Villeurbanne, après une injection illégale d’acide hyaluronique réalisée par une influenceuse, met en lumière  […] l’essor des pratiques clandestines de médecine esthétique, en dehors de tout cadre médical. »

Pour le CBPME, qui regroupe plus de 200 médecins, « ce drame n’est pas un cas isolé. Il révèle un problème structurel ». Le collectif pointe « un vide réglementaire qui laisse prospérer des pratiques illégales, au détriment de la sécurité des patients ».

Les injections d’acide hyaluronique ne sont pas de simples soins esthétiques. Elles impliquent une connaissance fine de l’anatomie, notamment de la vascularisation. Une mauvaise injection peut entraîner :

  • une embolie (obstruction d’un vaisseau),
  • une nécrose des tissus,
  • une infection sévère,
  • voire, dans de rares cas, un arrêt cardiaque.

En milieu médical, ces risques sont connus, anticipés, et encadrés. Les praticiens disposent notamment de produits comme la hyaluronidase, capable de dissoudre l’acide hyaluronique en cas d’urgence, ainsi que de protocoles stricts.

Hors cadre médical, ces garde-fous disparaissent.

Depuis plusieurs années, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme face à la progression des pratiques illégales en médecine esthétique.

Sur les réseaux sociaux, des intervenants, souvent très actifs, proposent des injections à des prix attractifs, parfois deux à trois fois inférieurs à ceux pratiqués en cabinet médical.

Dans la pratique, ces actes sont réalisés dans des lieux temporaires, comme des appartements loués, des chambres d’hôtel, des espaces improvisés, loin de tout cadre sanitaire. Dans le même temps, les produits utilisés sont généralement achetés en ligne, sans garantie d’origine ni de traçabilité.

Selon les estimations relayées par le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique, « près de 40 % des actes seraient aujourd’hui réalisés hors cadre médical ».

« Ce type de situation est la conséquence directe d’un vide réglementaire qui laisse prospérer des pratiques illégales, au détriment de la sécurité des patients », alerte le Cercle.

Le problème ne tient pas seulement à l’existence de pratiques illégales, mais à leur capacité à se développer sans être suffisamment freinées. Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique.

D’abord, une demande croissante. La médecine esthétique s’est largement démocratisée ces dernières années. Les injections sont devenues plus visibles, plus accessibles, parfois banalisées.

Ensuite, un facteur économique. Le coût reste un frein pour certains patients, qui peuvent être tentés par des offres moins chères, sans toujours mesurer les risques, faute de prévention.

Enfin, un cadre réglementaire jugé insuffisamment lisible et appliqué. Si les injections sont réservées aux médecins, dans les faits, les contrôles restent complexes, notamment face à des pratiques mobiles et organisées via les réseaux sociaux.

Pour les professionnels, les signaux d’alerte ne manquent pas. Mais sur le terrain, les réponses peinent encore à suivre.

Depuis plusieurs mois, les médecins observent une hausse des complications liées à des actes réalisés hors cadre médical. Et les conséquences peuvent être lourdes comme des nécroses (destruction des tissus), des infections profondes ou encore des atteintes neurologiques.

Ces complications nécessitent souvent des prises en charge complexes, parfois en urgence, pouvant aller jusqu’à une hospitalisation. « L’enjeu n’est plus de constater les dérives, mais d’y répondre concrètement » alerte le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique.

Un constat d’autant plus préoccupant que ces situations sont, pour la plupart, connues et largement évitables lorsqu’elles sont prises en charge dans un cadre médical sécurisé. Pourtant, elles continuent de se multiplier.

Pour le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique,  « le sujet n’est plus de savoir s’il faut encadrer la médecine esthétique, mais comment structurer un secteur aujourd’hui insuffisamment régulé. »

Car si le principe est posé, leur encadrement reste, dans les faits, encore trop flou et inégalement appliqué.

Face à cette situation, le collectif avance plusieurs leviers concrets :

  • la diffusion de standards médicaux clairs et exigeants,
  • la création de labels de qualité fondés sur des critères de sécurité,
  • une meilleure information du public,
  • et un renforcement des contrôles.

En toile de fond, l’objectif est de rendre l’offre médicale légale plus lisible, plus identifiable et plus sécurisante pour les patients. Et, dans le même temps, réduire l’attractivité des pratiques clandestines, qui prospèrent aujourd’hui sur le manque de cadre et de repères.

À SAVOIR

Après une injection d’acide hyaluronique, certains signes doivent alerter immédiatement. Selon l’ANSM, une douleur intense, un changement de couleur de la peau (blanchiment ou aspect violacé), des troubles de la vision ou un malaise nécessitent une prise en charge urgente.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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