
Alors que plusieurs nourrissons sont décédés en France après avoir consommé des laits infantiles visés par une vaste vague de rappels pour suspicion de contamination, les autorités sanitaires appellent à la prudence : les investigations en cours pourraient ne pas permettre d’établir avec certitude un lien direct entre les produits et les décès signalés.
Depuis plusieurs semaines, des laits infantiles font l’objet de rappels en France et dans d’autres pays européens en raison d’un risque de contamination par la céréulide, une toxine produite par certaines souches de la bactérie Bacillus cereus. Dans le même temps, plusieurs décès de nourrissons ont été signalés.
Sophie Belichon, cheffe de la mission des urgences sanitaires à la direction générale de l’Alimentation du ministère en charge de l’agriculture, souligne toutefois qu’« établir un lien de cause à effet risque d’être compliqué ». Aucun lien formel n’est, à ce stade, scientifiquement établi.
Trois décès signalés, une cinquantaine d’alertes
« Aujourd’hui, nous avons trois signalements de décès de nourrissons dans un contexte de consommation de laits infantiles contaminés. Aucun caractère d’imputabilité n’est confirmé, mais l’enquête judiciaire est toujours en cours », indique Marie Bâville, cheffe du Centre de crises sanitaires à la Direction générale de la Santé.
Au total, une cinquantaine de signalements ont été enregistrés. Parmi eux, 18 hospitalisations ont été recensées. Dans le détail :
- 11 cas correspondent à des hospitalisations pour gastro-entérite aiguë associée à la consommation de lait contaminé ;
- 7 hospitalisations ne présentent pas de lien avec ces produits.
Sur les 11 enfants concernés, 10 sont désormais rentrés à domicile, tout en restant suivis par les autorités sanitaires.
Le contexte épidémique complique l’analyse. « Beaucoup de cas de gastro-entérite circulent actuellement. Il faut déterminer lesquels relèvent d’une dynamique épidémique classique et lesquels pourraient être liés à la consommation des laits contaminés », précise Marie Bâville. Les symptômes (vomissements, diarrhées, altération de l’état général) sont jugés« trop peu spécifiques » pour être automatiquement attribués au produit.
Une responsabilité qui incombe d’abord aux exploitants
Du côté du ministère de l’Agriculture, la responsabilité des opérateurs est rappelée sans ambiguïté. « Les exploitants sont responsables. Ils ont l’obligation de déterminer les produits à risque et ceux à retirer », souligne Sophie Belichon, cheffe de la mission des urgences sanitaires à la Direction générale de l’Alimentation.
La surveillance sanitaire repose sur un service dédié, mais ce sont les industriels qui disposent des outils clés : connaissance fine des produits, système de traçabilité, échantillothèque. « Ce sont les professionnels qui connaissent leurs produits, leurs échantillons et leur système de traçabilité. La responsabilité leur revient », insiste-t-elle.
Lait infantile contaminé : les prélèvements sont partis pour analyse en Belgique
Dans le cadre de cette alerte, tout lot faisant l’objet de deux signalements distincts est automatiquement soumis à des investigations approfondies. Des prélèvements ont ainsi été adressés à un laboratoire spécialisé en Belgique afin de réaliser des analyses. « Les taux recherchés sont extrêmement faibles. Les capacités françaises sont plus limitées pour ce type d’analyses, c’est pourquoi nous nous tournons vers un laboratoire capable de le faire », explique Sophie Belichon.
Elle précise qu’il n’existait jusqu’ici « pas de besoin majeur » justifiant l’agrément de laboratoires spécialisés pour Bacillus cereus à ce niveau de détection.
Elle ajoute qu’un laboratoire national de référence (LNR) n’est pas indispensable pour réaliser ces analyses : « nous avons l’Anses, qui apporte une expertise de haut niveau sur la connaissance du germe et des toxines et qui réalise des analyses de routine toute l’année. »
Laits infantiles contaminés : d’autres rappels à prévoir ?
À ce stade, « on ne peut pas certifier qu’il y aura d’autres rappels, mais on ne peut pas non plus l’exclure », indique Sophie Belichon.
Les autorités sanitaires assurent que la situation reste sous surveillance étroite. Les investigations toxicologiques, les analyses de lots et l’enquête judiciaire doivent permettre de clarifier les responsabilités et, le cas échéant, d’adapter les mesures de retrait.
Pour l’heure, aucun lien formel n’est établi entre les laits rappelés et les trois décès signalés. Dans un contexte de circulation active des gastro-entérites saisonnières, la démonstration d’un lien de cause à effet reste un exercice scientifique délicat… et toujours en cours.
À SAVOIR
En France, les alertes et rappels de produits alimentaires sont centralisés sur le site officiel RappelConso (rappel.conso.gouv.fr), mis en place par le gouvernement en 2021. Ce portail permet à chacun de vérifier rapidement si un produit est concerné par un retrait, comme ici le lait infantile, en consultant les marques, numéros de lots et consignes à suivre.







