
Le géant de l’agroalimentaire Danone a annoncé, ce jeudi 5 février 2026, une extension majeure de ses rappels de laits infantiles, dans un contexte marqué par de nombreuses hospitalisations et deux décès de nourrissons. En cause, une toxine bactérienne, la céréulide, et un abaissement des seuils de sécurité par les autorités européennes. Gallia, Blédina, Aptamil… de nombreuses références sont concernées en France et chez nos voisins européens. On fait le point.
Des bébés hospitalisés, deux nourrissons décédés… Depuis hier soir, Danone, l’un des piliers de la nutrition infantile, élargit ses rappels de produits à l’échelle européenne. L’affaire, qui avait débuté fin janvier avec quelques lots isolés, a pris une tout autre dimension.
Désormais, ce sont des centaines de lots qui sont visés dans six pays : la France, bien sûr, mais aussi la Pologne, l’Autriche, l’Allemagne, la Hongrie et la Roumanie. Mais que se passe-t-il vraiment dans nos boîtes de lait ?
Rappel massif : un incident lié à la chaîne d’approvisionnement en lipides
L’origine de cette alerte remonte à l’utilisation d’un ingrédient spécifique indispensable à la croissance des nourrissons. Il s’agit de l’huile riche en acide arachidonique, un acide gras de la famille des oméga-6 essentiel au développement neurologique. Les analyses de traçabilité indiquent que cet intrant provient d’un fournisseur industriel situé en Chine, la société Cabio Biotech.
Une contamination par la bactérie Bacillus cereus a été identifiée dans cette matière première. Ce micro-organisme est particulièrement surveillé en sécurité alimentaire car il possède la capacité de générer une toxine thermostable appelée céréulide.
Contrairement à de nombreuses bactéries détruites lors des processus de séchage ou de pasteurisation, cette toxine résiste aux hautes températures et conserve ses propriétés pathogènes même après le traitement industriel du lait en poudre.
Après le décès suspect de deux nourrissons, l’EFSA serre la vis
Si le rappel prend une telle ampleur aujourd’hui, c’est aussi parce que les règles du jeu ont changé. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a récemment revu à la baisse le seuil de tolérance pour la céréulide dans les produits destinés aux nourrissons, après le décès de deux bébés à Angers et Pessac, près de Bordeaux. Les nourrissons avaient consommé les lots Gallia Calisma Relais 1er âge (boîte de 830 g) et Blédilait 1er âge (boîte de 400 g).
Deux enquêtes pour homicide involontaire ont été ouvertes par les parquets d’Angers et de Bordeaux afin de déterminer si un lien de causalité direct existe entre l’ingestion de la toxine et les deux décès de nourrissons signalés fin janvier.
“Par application du principe de précaution, nous procédons au rappel de lots dont la teneur en céréulide pourrait amener à un dépassement du seuil d’exposition”, explique ainsi le groupe Danone dans les motifs officiels publiés sur la plateforme gouvernementale Rappel Conso. Tous les produits ne sont donc pas nécessairement “toxiques”, mais une partie des lots ne répond plus aux nouvelles normes ultra-strictes de protection des tout-petits.
Rappels de produits laitiers : quelles sont les marques concernées ?
En France, ce sont pas moins de 19 références qui ont été ajoutées à la liste ce jeudi 5 février. Les parents habitués aux rayons des pharmacies et des supermarchés reconnaîtront des noms familiers :
- Gallia : notamment les gammes Calisma Relais (1er et 2ème âge) et Bébé Expert AR Caroube.
- Blédilait : les versions classiques 1er âge ainsi que les formules AR (Anti-Régurgitation).
Chez nos voisins allemands et autrichiens, l’alerte concerne principalement les marques Aptamil et Milumil, avec plus de 120 lots rappelés, selon l’agence autrichienne de sécurité alimentaire.
Que risquent les bébés s’ils ont bu un biberon issu d’un lot concerné ?
Pour la céréulide, les symptômes sont classiques mais désagréables. Des nausées, des vomissements et parfois des diarrhées, surviennent généralement quelques heures après l’ingestion.
Dans la grande majorité des cas, ces troubles sont passagers et sans gravité durable. Cependant, chez un nourrisson, le risque principal reste la déshydratation. Si votre enfant semble léthargique ou si les vomissements persistent, consultez sans attendre.
Danone, de son côté, se veut rassurant. Le groupe a déclaré jeudi soir : “Nos formules infantiles sont sûres […] elles font l’objet de contrôles rigoureux avant de quitter nos usines”. L’élargissement du rappel serait donc une mesure de transparence totale face à la nouvelle réglementation européenne.
Le réflexe à adopter : vérifiez vos numéros de lots
Pas de panique, mais de la méthode. Si vous avez une boîte entamée ou en stock, ne la jetez pas tout de suite sans vérifier.
- Munissez-vous de votre boîte.
- Rendez-vous sur le site officiel Rappel Conso.
- Cherchez la référence exacte et comparez le numéro de lot et la date de durabilité minimale (DDM).
Si votre boîte fait partie de la liste, ne l’utilisez plus. Vous pouvez généralement la rapporter en point de vente pour un remboursement. Et pour la suite, pas d’inquiétude ! Pour l’approvisionnement, les références non concernées restent disponibles et les industriels s’organisent pour remplacer les stocks au plus vite.
À SAVOIR
En complément du rappel industriel, la Direction générale de la Santé (DGS) a activé une cellule de vigilance renforcée pour coordonner le suivi avec les centres antipoison. Cette mesure vise à centraliser tout signalement de toxi-infection alimentaire collective (TIAC) lié à la céréulide.







