
Face à la progression continue du surpoids et de l’obésité chez les jeunes, la députée Olivia Grégoire a déposé une proposition de loi pour instaurer une véritable éducation à l’alimentation à l’école. L’objectif est de faire de la prévention un rempart contre une crise sanitaire qui s’installe durablement. Mais l’école peut-elle inverser une tendance qui menace la santé de toute une génération ?
En France, environ un enfant sur cinq présente un excès de poids, dont 3 à 4 % en situation d’obésité, selon les dernières données de Santé publique France. En trente ans, le nombre de jeunes concernés a fortement progressé, et la députée de Paris Olivia Grégoire, ancienne ministre et porte-parle du gouvernement, évoque une multiplication par quatre des cas d’obésité chez les jeunes.
Un enfant en situation d’obésité a un risque accru de le rester à l’âge adulte, avec à la clé une exposition précoce au diabète de type 2, aux maladies cardiovasculaires ou à l’hypertension. Autre réalité, l’obésité infantile touche davantage les enfants issus de milieux socialement défavorisés, soulignant une inégalité marquée face à la santé.
Dans un entretien accordé à Franceinfo le 15 février 2026, Olivia Grégoire parle d’une « pandémie » et alerte : « C’est la santé de toute une génération qui est en jeu. »
Face à cette progression préoccupante, la députée a déposé une proposition de loi visant à instaurer une éducation structurée à l’alimentation dès l’école primaire. L’objectif est d’intervenir tôt pour tenter d’inverser une trajectoire qui commence de plus en plus jeune.
Obésité infantile : une proposition de loi centrée sur l’école
Le texte, déposé à l’Assemblée nationale fin 2025, vise à instaurer un enseignement structuré d’éducation à l’alimentation tout au long de la scolarité. L’idée est d’intervenir tôt, avant que les habitudes ne soient ancrées. Et l’école, parce qu’elle touche tous les enfants, quels que soient leur milieu social ou leur territoire, apparaît comme un levier évident.
Dans son interview à TF1 Info, Olivia Grégoire explique vouloir inscrire dans les programmes scolaires des séances régulières d’éducation alimentaire. Le texte prévoit notamment :
- Au moins trois séances annuelles à l’école primaire, intégrées aux enseignements existants.
- Des actions obligatoires au collège dans le cadre du parcours éducatif de santé.
- Des modules expérimentaux au lycée.
Il ne s’agirait pas d’ajouter une matière supplémentaire, mais d’inscrire ces contenus dans des disciplines déjà existantes : sciences, éducation morale et civique, ou encore activités liées à la découverte du monde.
Obésité infantile : concrètement, en quoi consiste l’éducation alimentaire ?
Éducation à l’alimentation : réapprendre à manger
L’éducation à l’alimentation ne se résumerait pas à une accumulation de recommandations. Les contenus évoqués incluent :
- La compréhension des groupes d’aliments et des nutriments.
- La saisonnalité des produits.
- La lecture des étiquettes.
- La sensibilisation au gaspillage alimentaire.
- Des ateliers pratiques ou sensoriels.
L’objectif est de rendre l’apprentissage concret, presque tangible. Manger n’est pas qu’un acte biologique, c’est un geste culturel, social, quotidien.
La députée insiste sur l’importance de relier ces enseignements à la restauration scolaire. La cantine deviendrait un terrain d’application où les enfants peuvent comprendre ce qu’il y a dans leur assiette, identifier l’équilibre d’un repas, découvrir de nouveaux produits.
L’expérimentation avant la généralisation
Le texte prévoit une phase d’expérimentation de trois ans dans des académies et collectivités volontaires. Cette étape est stratégique et permettrait d’évaluer :
- L’acceptabilité du dispositif par les enseignants.
- Son efficacité pédagogique.
- Son impact sur les comportements alimentaires.
Car la question demeure : trois séances par an suffisent-elles à modifier durablement les habitudes ? L’enjeu n’est pas uniquement informatif. Beaucoup d’enfants savent déjà que les fruits et légumes sont « bons pour la santé ». Le défi réside dans la mise en pratique quotidienne.
Une réponse aux inégalités sociales de santé
L’un des points les plus sensibles du dossier concerne les inégalités sociales. L’obésité touche davantage les enfants issus de milieux modestes. L’accès aux produits frais, la disponibilité du temps pour cuisiner, l’environnement alimentaire (offre de fast-food, produits ultra-transformés bon marché) jouent un rôle déterminant.
Olivia Grégoire souligne que l’école est parfois le seul lieu où tous les enfants partagent un repas équilibré. En ce sens, la proposition de loi se veut un outil d’égalité. Elle prévoit également la création d’un fonds dédié à l’éducation à l’alimentation, destiné à financer la formation des personnels et les actions pédagogiques.
Prévention versus réparation : un changement de paradigme
Faut-il continuer à réparer les conséquences de l’obésité, ou investir davantage pour empêcher qu’elle ne s’installe ? En France, la prise en charge des maladies chroniques liées au surpoids (diabète de type 2, pathologies cardiovasculaires, hypertension) mobilise des traitements au long cours, des consultations spécialisées et un suivi médical régulier. Autant de coûts humains et financiers qui pèsent durablement sur le système de soins.
Intervenir dès l’enfance, c’est tenter d’agir en amont, avant l’apparition des premières complications métaboliques. Un enfant en situation d’obésité a un risque accru de le rester à l’âge adulte. Autrement dit, la trajectoire se construit tôt.
Cette approche n’est pas inédite. Les politiques de lutte contre le tabagisme ou les campagnes en faveur de l’activité physique ont, elles aussi, investi le champ scolaire pour modifier les comportements avant qu’ils ne deviennent ancrés. Le pari est donc similaire : transformer durablement les habitudes, non par la contrainte, mais par la compréhension et l’apprentissage.
Éducation alimentaire : les angles morts de la réforme
L’école peut-elle tout faire ?
Les enseignants sont déjà confrontés à des programmes chargés, à des exigences pédagogiques multiples et à des priorités qui s’accumulent d’année en année. Ajouter de nouvelles missions, même intégrées aux enseignements existants, pose concrètement la question du temps disponible, des arbitrages dans les contenus et des moyens alloués. Une politique de prévention ne peut reposer uniquement sur l’intention, elle suppose des outils pédagogiques adaptés, un cadre clair et une formation solide.
Former les enseignants à la nutrition sera indispensable pour éviter une approche approximative, normative ou culpabilisante. Car parler d’alimentation à l’école ne consiste pas seulement à rappeler qu’il faut « manger cinq fruits et légumes par jour ». Cela implique d’aborder des sujets sensibles : le poids, l’image corporelle, la diversité des morphologies, mais aussi les troubles du comportement alimentaire. Sans préparation spécifique, le risque est réel de simplifier un phénomène complexe ou de réduire la question à une responsabilité individuelle.
Le risque de stigmatisation
La prévention ne doit pas devenir un espace de culpabilisation. Les spécialistes rappellent régulièrement que l’obésité est une maladie multifactorielle, influencée par des déterminants génétiques, environnementaux, sociaux et économiques. L’alimentation ne dépend pas uniquement d’un choix personnel, elle est conditionnée par l’offre disponible, le niveau de revenus, le temps, l’environnement familial et culturel.
Il ne s’agit donc pas de désigner des « mauvais comportements » ou de pointer du doigt certains enfants, mais d’accompagner l’ensemble des élèves vers une meilleure compréhension de leur santé. L’objectif est d’outiller, pas de juger.
L’alimentation, une bataille culturelle
Au-delà de la santé publique, la proposition de loi touche à un élément profondément ancré dans l’identité française : le « bien manger ». Le repas gastronomique des Français est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco depuis 2010, symbole d’un attachement aux produits, aux saisons et au partage.
Pourtant, les habitudes évoluent. La consommation de produits ultra-transformés s’est installée dans le quotidien, notamment pour des raisons de coût, de praticité et de disponibilité. Cette évolution modifie les repères alimentaires des plus jeunes, parfois plus familiers des produits emballés que des aliments bruts.
Dans ce contexte, l’éducation à l’alimentation pourrait aussi viser une reconquête culturelle pour apprendre à reconnaître un produit de saison, comprendre l’origine des aliments, retisser un lien avec l’agriculture locale. Au-delà des recommandations nutritionnelles, c’est une certaine vision de la transmission alimentaire qui se joue.
À SAVOIR
D’après le ministère de l’Agriculture, la cantine représente un levier majeur d’action publique, notamment depuis la loi Egalim (2018), qui impose l’introduction d’au moins 50 % de produits durables ou de qualité, dont 20 % issus de l’agriculture biologique, dans la restauration collective publique.







