Une femme qui découpe de la charcuterie contaminée par la bactérie Listeria, responsable de la listériose.
Les produits de charcuterie cuite figurent régulièrement parmi les aliments surveillés pour la listériose. © Freepik

Douze cas de listériose ont été recensés en France depuis l’automne 2025, dont deux mortels. En cause, des produits de charcuterie cuite fabriqués par une entreprise de la Drôme. Les autorités sanitaires ont ordonné un rappel national et la fermeture du site de production. Mais certains produits pourraient encore se trouver dans les réfrigérateurs des consommateurs. Décryptage.

Fièvre, de fatigue intense, parfois de troubles neurologiques… Rien d’exceptionnel à première vue. Mais au fil des semaines, les épidémiologistes, interpellés par la multiplication des cas, commencent à remarquer un point commun.

Selon Santé publique France, douze cas de listériose ont été identifiés entre septembre 2025 et janvier 2026 sur le territoire français. Parmi eux, deux décès ont été enregistrés, concernant des personnes âgées et fragilisées.

La maladie est provoquée par la bactérie Listeria monocytogenes, un micro-organisme présent dans l’environnement et parfois dans les aliments. Dans la majorité des cas, l’infection passe inaperçue. Mais chez certaines personnes, notamment les personnes âgées, immunodéprimées ou les femmes enceintes, elle peut provoquer des formes graves.

Une enquête microbiologique qui remonte la piste

Pour identifier l’origine de ces contaminations, plusieurs institutions sanitaires ont été mobilisées, notamment Santé publique France, la Direction générale de l’alimentation (DGAL) et le Centre national de référence des Listeria de l’Institut Pasteur.

Leur enquête s’appuie sur le séquençage génomique des bactéries. Cette technique consiste à analyser l’ADN des micro-organismes afin de comparer avec précision les souches retrouvées chez les patients à celles détectées dans les aliments.

Résultat, les malades ont été infectés par une même souche de Listeria monocytogenes. Or, cette souche a également été identifiée dans des produits de charcuterie fabriqués par l’entreprise Drôme Ardèche Tradition, implantée à Bourg-de-Péage (Drôme), indique le Centre national de référence des Listeria de l’Institut Pasteur.

Pour les autorités sanitaires, la concordance génétique entre les bactéries retrouvées chez les patients et celles présentes dans ces produits constitue un indice fort reliant les cas humains à cette source alimentaire.

Rappel national et arrêt de la production

Face à cette confirmation, les autorités sanitaires ont agi rapidement. Selon le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, un arrêté préfectoral a ordonné la suspension de l’activité du site de production. Dans le même temps, un rappel national de produits a été lancé via le dispositif officiel Rappel Conso.

Les produits concernés sont principalement des charcuteries prêtes à consommer, notamment :

  • des rôtis de porc cuits
  • des jambons
  • des ballotines aux olives
  • des pâtés en croûte
  • des caillettes
  • des têtes roulées

Ces produits ont été commercialisés dans toute la France, dans différents réseaux de distribution. Selon Rappel Conso, ils ont été vendus entre le 17 janvier et le 28 février 2026, avec des dates limites de consommation pouvant aller jusqu’au 31 mars 2026.

Certains de ces produits pourraient encore être conservés dans les réfrigérateurs des consommateurs.

Pourquoi la charcuterie est parfois impliquée

Les produits de charcuterie cuite figurent régulièrement parmi les aliments surveillés pour la listériose. La raison est simple, la bactérie supporte très bien le froid.

Contrairement à de nombreux micro-organismes, Listeria monocytogenes peut continuer à se multiplier à température de réfrigération, explique l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses).

Les aliments prêts à consommer, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas réchauffés avant ingestion, représentent donc un terrain favorable. Parmi les produits régulièrement surveillés :

  • charcuteries tranchées
  • poissons fumés
  • fromages au lait cru
  • salades préparées.

La contamination peut survenir pendant la production, la transformation ou le conditionnement.

La listériose, une maladie rare mais redoutée

La listériose reste une maladie relativement rare, mais elle est particulièrement surveillée par les autorités sanitaires.

Selon Santé publique France, la France enregistre entre 300 et 400 cas de listériose chaque année. Cela peut sembler peu. Mais la maladie présente une particularité inquiétante : sa mortalité est élevée, pouvant atteindre 20 à 30 % dans les formes graves.

La raison tient à la capacité de la bactérie à franchir certaines barrières biologiques.

Listeria monocytogenes peut traverser la barrière intestinale, puis atteindre le système nerveux ou le placenta, sleon l’Institut Pasteur. Les complications possibles incluent :

  • des infections du système nerveux (méningites, encéphalites)
  • des septicémies
  • des complications graves pendant la grossesse.

Une incubation particulièrement longue

La maladie peut apparaître longtemps après la consommation d’un aliment contaminé. Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), la période d’incubation peut atteindre huit semaines.

Ce délai complique considérablement les enquêtes sanitaires. Les patients ont souvent du mal à se souvenir précisément des aliments consommés plusieurs semaines auparavant. C’est pourquoi les autorités s’appuient aujourd’hui davantage sur les analyses génétiques des bactéries pour identifier les sources de contamination.

Listériose : les personnes les plus vulnérables

Tout le monde peut théoriquement être infecté par Listeria. Mais certaines catégories de population sont plus exposées aux formes graves. Selon Santé publique France, les personnes à risque sont principalement :

  • les femmes enceintes
  • les personnes âgées
  • les personnes immunodéprimées
  • les patients atteints de maladies chroniques sévères.

Chez la femme enceinte, l’infection peut provoquer des complications graves pour le fœtus, notamment des fausses couches ou des infections néonatales.

Les signes de la listériose sont parfois discrets au début. Selon l’Anses, les symptômes les plus fréquents sont :

Dans les formes plus graves peuvent apparaître :

  • des troubles neurologiques
  • une confusion
  • une raideur de la nuque.

Les autorités sanitaires recommandent de consulter un médecin en cas de fièvre ou de symptômes inhabituels après avoir consommé un produit rappelé.

Les autorités sanitaires invitent les consommateurs à rester vigilants. Selon Rappel Conso, les produits concernés ne doivent en aucun cas être consommés.

Il est recommandé :

  • de jeter les produits concernés, ou
  • de les rapporter au point de vente pour remboursement.

En cas de consommation récente et de symptômes, il est conseillé de consulter un médecin en mentionnant l’exposition possible à un produit contaminé.

Si cette alerte sanitaire rappelle la dangerosité de la bactérie, elle illustre aussi l’efficacité des systèmes de surveillance. Depuis plusieurs années, la France dispose d’un dispositif de détection particulièrement performant.

Selon Santé publique France, la surveillance repose sur :

  • la déclaration obligatoire des cas de listériose
  • les analyses microbiologiques hospitalières
  • le séquençage génétique des bactéries.

Ces outils permettent aujourd’hui de détecter plus rapidement les sources de contamination alimentaire.

À SAVOIR 

La listériose fait partie des maladies à déclaration obligatoire en France. Cela signifie que tout cas diagnostiqué doit être signalé aux autorités sanitaires afin de permettre une surveillance épidémiologique rapide et la détection d’éventuelles sources alimentaires communes.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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