Une femme qui s'apprête à pratiquer une fellation sur son conjoint.
En 2023, seulement 75 % utilisaient un préservatif lors du premier rapport sexuel, contre plus de 80 % en 2019. © Adobe Stock

C’est l’été, la saison des flirts et des corps dénudés. Mais au moment d’un rapport oral (cunnilingus, fellation ou anulingus) rares sont celles et ceux qui pensent à se protéger. Pourtant, si le risque de transmission du VIH est quasiment nul, celui d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) est bien réel. Alors, pourquoi cette pratique reste-t-elle si largement dénuée de prévention ? Et comment mieux concilier plaisir et protection ? Éléments de réponse, Dr Anya Bakha, médecin infectiologue au CeGIDD du CHU de Saint-Étienne.

Selon une enquête de Santé publique France, moins de 5 % des Français déclarent avoir déjà utilisé une digue dentaire ou un préservatif pour le sexe oral (SpF, 2023). La protection est devenue la norme pour les pénétrations vaginales et anales, mais le sexe oral reste un « angle mort » de la prévention.

Cette contradiction intrigue les médecins : pourquoi les mêmes personnes qui sortent systématiquement un préservatif avant une pénétration ne se posent jamais la question d’en utiliser un lors d’une fellation ?

Les IST sont encore trop souvent associées aux seuls rapports sexuels avec pénétration génito-génitale. Pourtant, fellation, cunnilingus ou anulingus ouvrent une porte largement sous-estimée aux infections sexuellement transmissibles. Et d’autant que les pratiques de sexe oro-génitales (bouche/sexe), dans un contexte intime qui se modifie, sont en fortes augmentation.

Un risque de VIH quasi nul… mais pas d’autres IST

La réponse tient en partie à un chiffre rassurant : aucun cas documenté de transmission du VIH par fellation ou cunnilingus (OMS, CDC, AP-HP). Pour le VIH, comme pour l’hépatite B, on peut être rassuré, il n’y a pas de transmission orale démontrée. Mais attention : cela ne veut pas dire « zéro risque » pour le reste.

  • Gonorrhée : en 2023, plus de 19 000 cas ont été diagnostiqués en France, avec une augmentation de 30 % en trois ans (Santé publique France, 2024). En 2024, 25 800 cas ont été diagnostiqués.
  • Chlamydia : 61 100 infections dépistées en 2024, principalement chez les 15-24 ans.
  • Syphilis : 6500 nouveaux cas par an, majoritairement chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).
  • HPV : certains types transmis par sexe oral sont impliqués dans des cancers de la gorge (Institut national du cancer, 2024).

Et ces infections passent souvent inaperçues. Les chlamydias et les gonocoques peuvent rester asymptomatiques dans la gorge, ce qui favorise leur propagation. La syphilis également, sous forme de chancre (ulcère au point d’inoculation, classiquement indolore).

« Le plastique, ça coupe l’envie » : quand la prévention s’oppose au plaisir

Pourquoi ce rejet des protections ? La réponse tient à la fois au goût, à l’imaginaire érotique et aux habitudes culturelles.

  • Le goût du latex : le goût chimique ou la texture rebutent de nombreux utilisateurs.
  • L’effet anti-érotique de la digue dentaire : qui est excité à l’idée de lécher du plastique ? Cet accessoire, pourtant recommandé, reste inconnu du grand public et rarement disponible en pharmacie.
  • La pression sociale : beaucoup de jeunes boudent les préservatifs lors de la pénétration génoto-génitale, ce qui complique encore plus la prévention en cas de sexe oral.
  • La hiérarchie des peurs : beaucoup n’ont peur que du VIH et pensent que les autres se soignent vite et bien. 

Cette minimisation du risque explique pourquoi la prévention reste si peu appliquée.

Face à ce constat, les infectiologues rappellent quelques règles simples :

  1. Préservatif pour la fellation : idéalement non lubrifié et sans réservoir pour éviter les fuites. Il existe des préservatifs sans latex.
  2. Digue dentaire pour cunnilingus ou anulingus : un carré de latex ou polyuréthane à poser entre la bouche et la zone stimulée.
  3. Éviter le sexe oral en cas de lésions buccales : aphtes, saignements, soins dentaires récents.
  4. Dépistage régulier : gratuit, sans ordonnance et sans rendez-vous pour les moins de 26 ans depuis 2023, pris en charge par l’Assurance maladie et les mutuelles pour les plus de 26 ans.
  5. Vaccination : HPV pour les adolescents, hépatite B pour tous.

Les dépistages sont désormais très accessibles. Depuis janvier 2023, tous les jeunes de moins de 26 ans peuvent se faire dépister gratuitement et sans ordonnance en laboratoire. Pour les plus âgés, les tests sont remboursés par l’Assurance maladie et la mutuelle, ou réalisables dans les CeGIDD (Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic).

La vaccination HPV a été étendue à tous les collégiens de 11 à 14 ans, garçons compris, afin de mieux prévenir les cancers liés au virus. Et la vaccination contre l’hépatite B reste recommandée dès le plus jeune âge.

À SAVOIR

La vaccination HPV est encore trop faible. En 2023, seulement 1 jeune femme sur 3 de 15 à 19 ans était vaccinée, alors que ce virus peut aussi se transmettre par sexe oral et causer certains cancers de la gorge selon l’Inserm. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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